lundi 19 mai 2008

La Fée Ministe

Comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, quel ne fut pas mon bonheur lorsque, il y a de cela deux ou trois ans, je revis mon opinion sur le féminisme. Jusque là, ses représentantes m'apparaissaient comme
1 – des bourges entre deux âges qui s'encanaillent en taguant des affiches publicitaires dans le métro parisien,
2 – des pauvres filles qui feraient bien de prendre soin de leur corps et de se raser les poils des jambes (et du visage).
Le féminisme médiatisé (je pense notamment à celui des Chiennes de Garde) me semblait être une vaste blague par rapport aux luttes pourtant récentes de ces femmes grâce auxquelles j'ai le droit de voter, d'étudier, de travailler, d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation d'un homme (père ou mari), de disposer librement de mon argent, de mon temps et de mon corps. Bref : si j'éprouve de la gratitude envers ces femmes-là, il n'en va pas de même vis-à-vis de ces féministes autoproclamées qui se demandent le plus sérieusement du monde s'il convient de dire Auteure au lieu d'Auteur et d'éradiquer la formule Mademoiselle au profit de Madame (pour des raisons évidentes, vous comprendrez que je suis contre !). J'avais certes de la sympathie pour des mouvements comme Ni putes Ni soumises (avant que Fadela Amara ne s'acoquine avec Nicolas Sarkozy), mais ces mouvements-là refusaient, eux, l'étiquette féministe.

C'est alors que je lus Porno Manifesto d'Ovidie : une révélation !
Sans être d'accord avec tout, je trouvais néanmoins couillu qu'une travailleuse du sexe puisse se revendiquer d'un féminisme encore à imaginer. De plus, étant de la même génération, il m'était bien plus facile de m'identifier à elle qu'à Isabelle Alonso.
Bien sûr, certaines féministes pures et dures trouveront ses propos trop radicaux. Il n'empèche qu'elle aura permis à beaucoup de jeunes femmes de découvrir le féminisme sous un angle neuf et original, un féminisme qui ne crache ni sur les hommes ni sur le sexe. Et si je n'avais pas lu Porno Manifesto, je n'aurais sans doute jamais lu Elisabeth Badinter. Je n'aurais pas assisté à une conférence de Benoîte Groult. Je n'aurais pas écrit ni chanté des chansons au contenu ouvertement sexuel. Je n'aurai probablement pas arrêté de prendre la pilule.

Car, selon Ovidie, et j'avoue être assez d'accord avec elle, laisser à la seule femme le choix de la contraception revient à déresponsabiliser l'homme : "Ne t'inquiètes pas, je m'occupe de tout !". Et il se trouve que la sexualité est une chose à vivre à deux.
En ce qui me concerne, j'ai tenté une expérience il y a peu de temps : après 15 années quasi-ininterrompues de bons et loyaux services, j'ai cessé de prendre la pilule contraceptive. Pas spécialement par désir d'enfant, mais parce que le simple fait d'avaler un cachet tous les soirs me devenait tout simplement insupportable. De plus, la lecture de Porno Manifesto m'avait fait comprendre qu'il est possible d'avoir une activité hétérosexuelle régulière et sans frustration sans le fameux comprimé, car s'il y a bien une personne qui sait de quoi elle parle, ce doit être Ovidie ! Aussi, je pris la décision de suspendre la prise, avec la bénédiction de mon homme puisque ça le regarde autant que moi.
Très rapidement, de petits miracles se produisirent : du jour au lendemain, je n'eus plus d'acné (à 30 ans, ça commençait à bien faire), mes crampes nocturnes disparurent, et je me sentis beaucoup plus légère et détendue. Mes règles devinrent plus espacées et plus courtes, sans douleur, et notre vie sexuelle fut adaptée en fonction de ce choix.
Afin d'aller au bout de l'expérience, je repris la pilule au bout de deux cycles d'arrêt. Mauvaise idée : aussi subitement qu'elle avait disparu, mon acné d'adulte revint à la charge, de même que mes sautes d'humeur. En cinq jours de prise seulement.

Renseignements pris auprès de ma généraliste (qui, accessoirement, est aussi ma gynécologue), il ne s'agissait pas là de simples impressions. Elle a confirmé le fait que la pilule agit plus ou moins fort sur le corps et l'esprit, selon les individus. J'avais beau le savoir, le fait de l'avoir vécu avec une telle violence m'en a définitivement convaincue. Car la liste des effets secondaires est franchement alarmante : dérèglement du système hormonal, modification de la libido, dépression, maux de tête, vertiges, nervosité, surdité (!), augmentation de la tension artérielle, nausées, vomissements, insomnies, acné, prise de poids. Et tout ceci se retrouve dans la posologie d'une pilule faiblement dosée.

Après cette expérience, j'en viens à me poser des questions sur la société actuelle qui favorise la prise d'un tel médicament, car même la documentation sur le sujet passe généralement sous silence les effets secondaires et contre-indications. Je suis également choquée de constater le manque de documentation concernant la sexualité sans pilule.
Cela dit, il y a de l'espoir : en décembre 2004, L'Agence nationale d'accréditation en santé (Anaes) a réuni en France un groupe de travail sur la contraception, notant l'intérêt de méthodes jusqu'alors sous-utilisées, entre autres le dispositif intra-utérin (DIU) ou stérilet. L'année suivante, le compte-rendu du 4e congrès de la société francophone de contraception visait à lever les doutes et préjugés dont souffre le DIU dans un désir d'offrir aux femmes une plus grande liberté de choix.
Même s'il s'agit là de réhabiliter une méthode de contraception uniquement féminine, des efforts sont néanmoins faits pour permettre des alternatives à la pilule, ouvrant ainsi un débat qui, je l'espère, permettra de responsabiliser davantage les hommes.

Il y a, bien sûr, le préservatif, mais il semble que celui-ci soit largement délaissé (au profit de la pilule ?) depuis quelques années. C'est, en tous cas, ce que confirment les derniers chiffres concernant les maladies sexuellement transmissibles en Belgique. Il y a quelques mois, le corps médical constatait avec effarement une augmentation sans précédent des dites maladies, comme le SIDA, l'herpès génital, la chlamydia, de même que la syphilis, qui tendait pourtant à disparaître. À ce jour, la capote anglaise reste l'unique protection efficace contre les infections sexuellement transmissibles, dépassant de loin son rôle de seul contraceptif. C'est d'ailleurs le problème : combien sont-ils/elles, lors d'un premier rapport, à ne pas mentionner le préservatif, sous prétexte qu'il/elle pourrait croire que... ? Remettons donc les choses à leur place : le préservatif (masculin ou féminin) est le seul moyen de contraception fiable "unisexe", à savoir que n'importe qui peut se le procurer à moindre frais, sans ordonnance et presque n'importe où.
Et en dehors du préservatif, il y a peu d'alternatives pour celles et ceux qui ont décidé de vivre leur sexualité sans contraception féminine.

Car il reste du chemin à faire, notamment en termes d'information : les sexualités "alternatives" ont mauvaise presse, d'autant plus que, comme le souligne Ovidie dans Porno Manifesto, « ce petit comprimé a aidé au maintien du modèle dominant d'une sexualité "papa/maman" classique, hétérosexuelle, basée sur la pénétration pénis-vagin, et parfaitement admise par notre morale »*. Il est donc nécessaire de faire évoluer les mentalités en ce qui concerne les pratiques manuelles, buccales et anales dans le cadre d'une relation hétérosexuelle. Et à celles et ceux que j'entends déjà crier au scandale, j'ajouterai ceci : la contaception est une question de choix ! Un choix à faire entre adultes consentants. Libre à chacun/e de décider ce qui lui convient. En ce qui me concerne, j'ai pris la décision, d'un commun accord avec mon partenaire, de faire autrement.

Cela ne s'inscrivait pas a priori dans une démarche féministe, mais dans une démarche de respect de moi, et je ne regrette pas mon choix, car il nous a permis d'ouvrir un dialogue au sein du couple.
De toutes façons, le féminisme n'existe pas. C'est au pluriel qu'il faut le vivre et en parler. Et ça regarde autant les hommes que les femmes.


Conseil de lecture : John Irving, "Le monde selon Garp".

* Ovidie, Porno Manifesto, p. 36 (Lectures Amoureuses, La Musardine, octobre 2004)

12 commentaires:

Anonyme a dit…

je peux te raconter mes nombreuses et longues histoires de pilule, qui se terminent pour le moment avec le soulagement total, non pas d'un arrêt comme toi, mais avec une pilule contraceptive à prendre en période d'allaitement. et je n'ai même pas de bébé !
a-s

Mademoiselle Catherine a dit…

Ce doit être un signe ;)

waldorf a dit…

je sais pas pq mais j'avais lu : "la fée miniss..." (avec l'accent wallon enrhumbé à couper l'beurre)

en tout cas, fameux pavé ;D (que je n'ai pas encore lu)

Mademoiselle Catherine a dit…

...c'est assez dire que (private joke) certains sujets inspirent + que d'autres. Et là, j'étais très inspirée (j'avoue l'avoir écrit en plusieurs fois, hein, quand même, j'suis pas - encore - une pisse-copie).

Quant au titre, ben... euh... je trouvais ça drôle, en fait, comme jeu de mots à deux balles.

jb a dit…

'Le monde selon Garp'?
N'aurait-il été plus opportun en conseil lecture, de penser à 'l'oeuvre de Dieu, la part du Diable' du même et fameux John Irving?...
;-)

Mademoiselle Catherine a dit…

"Le monde selon Garp" me parait toujours approprié lorsqu'il s'agit de féminisme. De plus, je n'ai pas lu "L'oeuvre de Dieu...". C'est bien ? (si c'est John Irving, c'est forcément bien !)

Selon moi, John Irving est le meilleur représentant du féminisme moderne ;)

jb a dit…

Je préférais également "le monde selon Garp" (je garde cependant un souvenir assez flou car relativement distant temporellement) qui me laisse un empreinte plus caustique...
Toutefois, à défaut de le lire, une ("première") séance de rattrapage est possible: l'adaptation cinématographique de Lasse Hallström fut, je trouve, de bonne facture en ne trahissant pas trop le roman...

Mademoiselle Catherine a dit…

J'ai toujours du mal à voir un film inspiré d'un livre qui ma plu. La déception est souvent énorme. Mais si tu me dis que c'est bien...

Anonyme a dit…

Camarade paresseuse, bonjour!

c'est avec grand intérêt que j'ai découvert ton article sur l'arrêt de ta pillule...

j'ai pris la même initiative il y a bien 2 ans de cela et il est vrai que de nombreux désagréments ont rapidement cessés...

mais des problèmes de calendrier et de mauvaise (très voire trop mauvaise) personne ont eu des conséquences bien plus désagréables encore : trois semaines pour faire un choix plus que tortueux, plus encore pour s'en remettre enfin (si on s'en remet vraiment...)...

bref, après cela, plus le choix : mise en place d'un DIU en cuivre et même si ma libido reste au beau (très beau ?) fixe, même si je ne perds plus mes cheveux et ne fais plus d'allergie et d'eczéma... et bien les boutons, les douleurs et les hémorragies, eux, sont revenus au galop!!! et là, ca devient bien pesant...

du coup, aujourd'hui que je suis avec LA BONNE personne, même si ma situation pro n'est pas encore bien stable, je pense retirer ce fichu stérilet et laisser libre cours à tout ca...

en tout cas merci pour tes conseils de lecture, j'ai les mêmes appréhensions que toi face au féminisme, aussi, je cours acheter le bouquin d'Ovidie.

à bientot

melfe

Mademoiselle Catherine a dit…

Bonjour melfe, et bienvenue sur ce modeste blog!
J'imagine que tu as dû traverser une période difficile. Heureusement, je n'ai pas connu ce type de "désagrément".

Pour ma part, je poursuis ma vie sans contraception féminine et ne m'en porte pas plus mal.

Bonne lecture!

Bleu Cerise a dit…

Je réagis (très) en retard à ton article : je ne prends la pilule que depuis cinq mois environ : au départ, pour couper mes règles histoire de ne pas les avoir à l'armée ( les joies du bivouac en étant indisposée ... ), puis j'ai continué puisque j'ai entamé une relation sentimentale stable. Et si je la prends, et ai pour l'instant l'intention de continuer à la prendre, c'est juste parce que la prise de cette contraception m'incombe (logique ^^), et que je me fais pleinement confiance quand à la régularité des prises, etc. Je n'ai pas franchement d'effets secondaires.

Bref, tout ça pour dire qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, et d'une manière relativement égocentrique je suis la seule en qui j'ai pleinement confiance dans ce domaine :) ( après, pour les IST/MST, il faut certes faire confiance en partenaire, dans mon commentaire je prenais en compte quasi exclusivement les risques de grossesse. Ma psychose ^^ )

Mademoiselle Catherine a dit…

Il n'est jamais trop tard pour réagir à un article, chère Bleu Cerise :)

Comme je le dis dans mon texte, chacune réagit différemment à la contraception hormonale, et il a fallu que je décide par moi-même d'arrêter la pilule au bout de 15 ans de prise pour me rendre compte que ce traitement ne me convient pas du tout.
J'en veux d'ailleurs beaucoup à la gynéco qui, quand je lui ai demandé s'il était envisageable de me faire poser un D.I.U., m'a répondu (texto): "Non, votre pilule vous convient très bien!".
Je ne me suis sentie ni respectée ni prise au sérieux en tant que femme et en tant que patiente. Pire: je me suis sentie terriblement rabaissée.

Aujourd'hui, j'ai trouvé une généraliste et une gynéco absolument géniale en qui j'ai entière confiance parce que je me sens totalement respectée dans mes choix (et qu'elle me le laisse volontiers, le choix, notamment celui de ne plus jamais vouloir m'intoxiquer avec une contraception hormonale que mon corps, de toute évidence, ne tolère pas).