jeudi 7 août 2008

Le poids des mots

Il n'est pas rare, lorsqu'on vit à Liège, d'entendre des gens se plaindre de la criminalité. D'ailleurs, je m'étonne souvent du nombre de personnes qui clament haut et fort s'être fait "agresser".
Selon le Larousse, une agression est
1.
une attaque non provoquée et brutale.2. une atteinte à l'intégrité psychologique et physiologique des personnes, due à l'environnement visuel, sonore, etc., comme dans les agressions de la vie urbaine.
Or, quand je pousse plus loin mes investigations, il se trouve que les personnes en question se sont généralement faites voler leur portefeuille ou mettre une main aux fesses, événements certes déplaisants, mais que je ne qualifierais pas immédiatement d'agression.

Il me semble que l'inconscient collectif ne fasse plus qu'une mince distinction entre vol et agression, entre crime et délit.
Pour rester dans les définitions du Larousse, un délit est une "infraction punie d'une peine correctionnelle (par opposition à contravention et à crime)", tandis que le crime se traduit par "Meurtre, assassinat ; Infraction que la loi punit d'une peine afflictive et infamante ou simplement infamante (prison et/ou dégradation civique) ; Acte répréhensible, lourd de conséquences". Le Larousse évoque également les crimes de guerre et contre l'Humanité.
Quant à la contravention, il s'agit d'une "infraction qui relève des tribunaux de police et qui est sanctionnée par une amende".

Il y a donc une différence non négligeable entre se faire mettre une main aux fesses et se prendre un coup de poing dans la figure. De même qu'il y a un écart considérable entre se faire taguer sa façade et se faire séquestrer, battre, violer.
Je trouve même indécent que l'on puisse déplorer la perte de son véhicule ou sac à main en qualifiant cet acte d'agression. Il s'agit là d'un vol (et donc d'un délit) en bonne et due forme qui, à mon humble avis, ne porte pas atteinte à l'intégrité psychologique et physiologique des individus, même si la voiture peut faire office pour certains de prologation phallique. C'est l'orgueil qui est atteint, pas l'intégrité. C'est certainement très embêtant, mais pas traumatisant pour autant.
Et s'il arrive que crime et délit aillent de pair, je trouve que ce n'est pas une raison suffisante pour qu'une simple lecture de La Meuse plonge certains d'entre nous dans un état de paranoïa permanent. Car même La Meuse apporte son lot de bonnes nouvelles, et il serait sans doute bon d'en prendre conscience. Mais l'être humain est ainsi fait qu'il lui est plus facile de s'accrocher aux drames, comme pour confirmer ses doutes au sujet de la vie en général et de l'Humanité en particulier.

Je continue de croire que rien ni personne n'est en droit de pourrir la vie d'autrui par ses actes ou ses paroles et qu'il est de notre droit, peut-être même de notre devoir, lorsqu'une injustice (aussi odieuse soit-elle) se produit, de ne pas se laisser bouffer, de se relever et d'aller de l'avant. D'apprendre à faire avec, même et surtout si c'est douloureux.
Boris Cyrulnik parle de résilience. Je parlerais de bon sens.

Comme l'écrivait Marcel Pagnol dans Le Château de ma mère : "Telle est la vie des hommes. Quelques joies très vite effacées par d'inoubliables chagrins".Une phrase à méditer.

Fond sonore : Jean Leloup, "Le monde est à pleurer".

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