lundi 8 septembre 2008

Pov' con !

Le 23 octobre prochain, un Mayennais de 56 ans comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Laval pour "offense au chef de l'État". Son délit fut de brandir une pancarte sur laquelle était inscrite "Casse-toi pov' con" au passage de la voiture de Nicolas Sarkozy en visite à Laval le 28 août dernier.

Non sans ironie, l'homme a affirmé que cette inscription était destinée à qui se sentirait visé. Il faut croire que le message est passé comme une lettre à la poste.

Ce qui est dommage dans cette histoire, c'est qu'un chef d'État puisse adopter impunément ce type de vocabulaire, alors que le simple quidam n'en a pas le droit. Il est en effet interdit d'insulter un/e représentant/e du Pouvoir avec un grand "P" – législatif, exécutif ou judiciaire – alors que le contraire est tout à fait légal.

C'est à se demander à quoi sert l'Article Premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme qui stipule, je cite, que Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Insulter autrui, je vous l'accorde, n'entre peut-être pas exactement dans la définition de l'esprit de fraternité. Cela dit, ce fait-divers ne fait que me conforter dans l'idée que certains individus sont plus libres que d'autres dans l'exercice de leurs droits et de leurs devoirs, et que le degré de politesse de quelqu'un peut être inversement proportionnel à son statut social (qui, lui, est à mettre immédiatement en rapport avec l'état de son compte en banque et/ou son degré de pouvoir, réel ou fantasmé).


Un petit truc tout simple ? Observez donc la façon dont quelqu'un traîte les serveurs dans un bar ou dans un restaurant. Les caisses des supermarchés offrent également un beau terrain d'étude.


Maintenant, je ne suis pas en train de vous dire que toute personne née avec une cuiller en argent dans la bouche est forcément grossière, mais il me semble que l'argent donne davantage le droit de l'être publiquement pour peu que l'on y ait été habitué. Et là, c'est une question d'éducation.


Dans notre société d'enfants pourris gâtés où les apparences sont reines, où les désirs de certains sont des réalités pour d'autres, où une grosse voiture (ou poitrine, au choix) est plus importante que la culture générale, où des petits chefs (d'État) bling-bling s'affichent avec des mannequins qui les dépassent d'une tête, l'être humain devient un simple produit de consommation ; certains hommes n'ont toujours pas compris que leur femme ne leur appartient pas, et certaines femmes ignorent encore que ce n'est pas en étant "femme de" qu'elles feront quelque chose de leur vie.
À la moindre contrariété, il est plus simple d'éliminer les fauteurs de trouble de son carnet d'adresse que de chercher à arrondir les angles. D'ailleurs, ce ne sont pas les relations qui manquent : le répertoire du GSM est plein à craquer, et il est facile de remplacer une personne par une autre. Les amis sont interchangeables, de même que les époux, amants et maîtresses.

Parfois, ça pleure parce que madame s'en va avec l'ancien meilleur ami, que papa coupe les vivres et que les impôts s'en mêlent, mais ça sauve les apparences en se trouvant une autre femme plus grande, plus jeune, plus belle, d'autres "amis" plus puissants, plus prestigieux, et ça continue de patauger gaiement dans le monde merveilleux de la vacuité.


Pov' con !

Fond sonore : Prohom, "Ça oublie d'aimer".

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