jeudi 9 octobre 2008

Sentiment d'imposture

Depuis quelques jours, une phrase d'Elvis Costello déjà citée ici résonne cruellement à mes oreilles : Writing about music is like dancing about architecture – it's a really stupid thing to want to do.
J'ai conscience qu'en lui donnant raison (ou, du moins, pas tout à fait tort), je scie la branche sur laquelle je suis assise et me mets dans une situation aussi paradoxale qu'indélicate puisqu'il se trouve que c'est justement mon métier. Un métier que je pratique modestement et avec les moyens du bord, car je n'ai aucune formation qui légitimerait ma position et me sens souvent inculte face à des personnes qui ont plus de choses à dire que moi de part leur niveau d'études ou leurs facultés d'analyse.
Ce sentiment d'imposture est exacerbé par le fait que je fasse moi-même de la musique puisque, c'est bien connu, les musiciens qui font dans la critique musicale sont tous des frustrés.

Plus sérieusement, ce qui me frustre, c'est le fait d'avoir douloureusement conscience de mes limites, à savoir celles de mon affectif : lorsqu'il s'agit d'art et de culture, il m'est extrêmement difficile de m'étaler sur une chose que je n'apprécie pas, même quand je lui reconnait de réelles qualités artistiques. Je n'arrive pas à m'effacer complètement derrière un texte ; la première personne est rarement absente, et je m'efforce généralement de donner mon humble avis sur la question.
Cet avis, bien souvent, ne dépasse guère les frontières du j'aime/j'aime pas. Alors plutôt que de dire du mal d'une chose qui me touche peu (et dont je ne saurais que dire), j'aime autant faire preuve de savoir-vivre et jeter des fleurs à celles et ceux qui font vibrer ma corde sensible.
Bien sûr, il arrive que ce qui me laisse de marbre aujourd'hui me réjouisse le lendemain, et ça aussi, ça fait partie du plaisir. Par contre, j'ai beaucoup de mal à m'intéresser au discours qui accompagne un média – en tous cas, je sais d'expérience que les rares fois où je me suis laissée emberlificoter par le blabla d'un créateur, j'ai été méchamment déçue. De même que la déception me guète quand toute la presse en parle, et pour être tout à fait honnête, je n'aurais sas doute pas à ce point apprécié Le fabuleux destin d'Amélie Poulain si je ne l'avais pas vu avant que tout le monde en parle.

C'est que je me sens, souvent, influençable parce que, justement, je n'ai pas les outils en main pour analyser une œuvre.
J'ai besoin de garder face aux arts une certaine naïveté, car c'est elle, je crois, qui me protège de l'indifférence. Croyez-moi : il est difficile de garder son enthousiasme intact lorsqu'on a accès à une mine de talents inépuisable !
Heureusement, les petits et grands coups de cœur restent nombreux, les conseils des collègues et amis sont souvent de bon augure (ils me connaissent bien !), et j'espère avoir encore quelques belles années devant moi avant d'être complètement blasée.

Picasso disait : "Je ne cherche pas, je trouve". Il y a de cela.

Conseil de lecture : Belinda Cannone, "Le sentiment d'imposture".

3 commentaires:

waldorf a dit…

j'ai lu je sais plus que c'était th monk qui avait dit ça...

Mademoiselle Catherine a dit…

(je comprends pas tout à ta phrase... :( )

Ce qui est sûr, c'est que Thelonious Monk a dit "Everyone is influenced by everybody but you bring it down home the way you feel it".
Ca va dans le même sens...

waldorf a dit…

évidement il manque "où"...
Donc apparement Costello devait citer Monk...
mais qu'importe.