mardi 4 novembre 2008

Substances et créativité

Ils m'énervent, ces gars (et ces filles aussi) qui soutiennent mordicus que la drogue, l'alcool et autres substances rendent créatif.
De qui se moque-t-on ?
Évidemment qu'ils sont persuadés du bien fondé de leurs propos, mais il y a une chose qui semble leur échapper : les "substances" (utilisons ce terme générique) désinhibent. Du coup, ils se croient plus créatifs quand ils sont pêtés, et ce n'est jamais qu'une impression. C'est juste qu'ils sont trop coincés tout le reste du temps pour faire tout ce qu'il font une fois défoncés, comme s'ils devenaient alors quelqu'un d'autre, quelqu'un de grand, de fort, d'intelligent et d'hyper-talentueux.
Et bien non, en fait : c'est toujours la même personne, sauf qu'elle laisse libre cours à son imagination.

Avant que vous ne me traitiez d'horrible réactionnaire et ne me citiez en exemple Jim Morrison et Jimi Hendrix, laissez-moi vous rappeler qu'ils sont morts (très !) jeunes et que nul ne sait ce qu'ils auraient fait sans la came. On pourrait spéculer ad vitam aeternam – on n'en sait rien !
Alors oui, peut-être que ma théorie ne tient pas la route puisque je ne suis pas dans la confidence des grands artistes et que je n'ai aucune preuve de ce que j'avance.
Soit. Tout ce que je sais, c'est que les substances agissent sur le corps et l'esprit, pouvant créer une illusion de liberté et de toute-puissance qui aura éventuellement des répercussions sur le processus créatif. Ceci dit, vous vous êtes déjà relu après avoir écrit sous l'effet de l'alcool ?

Et vous êtes-vous demandés combien de talents se sont perdus dans cette spirale infernale ? Allez, juste quelques noms tirés au hasard de la rubrique nécrologique : Billie Holiday (1915-1959), Jack Kerouac (1922-1969), Jimi Hendrix (1942-1970), Janis Joplin (1943-1970), Jim Morrison (1943-1971), Elvis Presley (1935-1977), Chet Baker (1929-1988), River Phoenix (1970-1993), Heath Ledger (1979-2008)... et je m'étonne que Shaun Ryder soit toujours en vie.
Quant aux abus de Pete Doherty et d'Amy Winehouse, on ne peut pas dire qu'ils leurs aient étés bénéfiques, si ce n'est pour faire la une de la presse.
Keith Richards ? Ne me faites pas rire : ça fait quarante ans qu'il fait la même chose !


Quand Matthew Herbert tient des discours tels que "Quand tu as passé la nuit à te défoncer, le lendemain, tu préfères faire la moule que te battre pour ta liberté" (in Trax Magazine n° 118), je me dis qu'il y a de l'espoir.
D'ailleurs, je ne sais pas si c'est un parti pris éditorial, mais les drogues sont rarement présentées sous leur jour le plus positif dans les interviews de Trax.

Cela dit, je ne me voile pas la face : depuis les champignons hallucinogènes des Mayas aux drogues synthétiques des raves, les substances ont toujours existé et seront toujours là, légales ou non. D'ailleurs, la recrudescence inquiétante de l'alcool chez les plus jeunes prouve bien que la mode n'est qu'un éternel recommencement, mais là n'est pas la question : que l'on use et abuse de substances dans un but récréatif et ponctuel est une chose ; que l'on s'en serve à des fin "créatrices", c'est une autre paire de manches, et personne ne me fera jamais croire que ça rend créatif.
Con, peut-être, mais créatif, jamais de la vie !

Fond sonore : Marilyn Manson, "I don't like the drugs (but the drugs like me)".

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Nous sommes bien d'accord! Le nombre de fois où je passais pour une ringarde pcq je ne suis pas pour l'utilisation de ces substances!!! Hallucinant! Je suis artiste aussi et la vie est ma seule drogue (et le chocolat...)

Mademoiselle Catherine a dit…

Ah oui, le chocolat : fameux moteur pour bon nombre d'artistes ;)

Cela dit, je ne suis pas "anti-drogues", car j'estime que c'est un choix personnel et que chacun fait ce qu'il veut de sa vie. Mais qu'on ne me prenne pas la tête avec des discours qui en font l'apologie !