mercredi 21 janvier 2009

Allô, t'es où ?

Après deux semaines d'abstinence (maudits virus !), je réintègre le monde merveilleux d'internet. C'est qu'on s'y habitue, à ces petites choses-là !
Néanmoins, je dois avouer que le sevrage fut bien moins douloureux que je ne le craignais, car depuis toujours, je me passe allègrement de la toile à domicile. D'ailleurs, je me passe sans problème d'un tas de choses puisque je n'ai ni voiture, ni machine à laver, ni téléphone portable...
Au risque de passer pour une luddite (du nom de Ned Ludd), j'ai beaucoup de mal à concevoir ce dernier comme une avancée technologique saine. Il me semble au contraire que le mobile soit devenu un excellent prétexte à toutes sortes de dérives du savoir-vivre.

Des exemples ?

Tout d'abord, le GSM est devenu une excuse pour être en retard : on attend tranquillement quelqu'un qui finit par se pointer une heure après le rendez-vous donné, et on se fait remonter les bretelles parce "C'est de ta faute, j'ai eu un empêchement et n'ai pas su te joindre"
Il me semble également que cet outil permet de contacter et/ou réveiller ses potes à n'importe quelle heure du jour et de la nuit pour poser des questions existentielles du type "Allô, t'es où ?". Si par malheur, le pote en question à l'audace de répondre qu'il est dans son lit et qu'il dort, il se voit gratifié d'un "Ben t'avais qu'à éteindre ton téléphone".
En outre, le brave quidam devient témoin à son insu de la vie privée de parfaits inconnus (scènes de ménage incluses) – au restaurant, dans la rue, les magasins, les transports en commun. Personnellement, je me moque pas mal de connaître les détails de la journée de machine qui hurle dans son combiné pour cause de mauvaise réception dans les trains de la SNCB. Et quand machine termine son interminable conversation par un "À tout à l'heure" tonitruant, je me demande ce qu'elle va bien pouvoir raconter à l'autre le moment venu. À moins, évidemment, qu'ils ne passent leur entrevue à envoyer des SMS à d'autres personnes, ce qui est somme toute assez drôle, car cela voudrait dire qu'ils ont toujours un train d'avance sur leurs rendez-vous : ils parlent à X quand ils sont avec Y, envoient des messages à Z en présence de X et contactent Y alors qu'ils sont en tête-à-tête avec Z. La boucle est bouclée.

C'est à se demander comment on faisait avant.
Et ne venez pas me dire qu'avant, on travaillait 12 heures par jour sans congés, que les enfants labouraient les champs, que les femmes n'avaient pas le droit de vote et que de cruelles épidémies ravageaient tout sur leur passage.
Je parle d'avant la démocratisation du téléphone portable, quand, il n'y a pas si longtemps, les gens s'envoyaient des lettres et s'appelaient à des heures décentes (de téléphone fixe à téléphone fixe) pour s'inviter mutuellement à manger ou boire un coup. Pour être ensemble, quoi. Vraiment ensemble, sans risquer d'être interrompus n'importe quand par un machin qui sonne au fond d'un sac ou vibre au fond d'une poche. "Tu permets ?". Ben voyons.

Je ne suis pas en train de dire que le GSM n'est pas commode et qu'il n'a pas facilité la pratique de certaines activités, professionnelles ou non. C'est juste que depuis que n'importe qui possède ce petit bidule, le monde entier – le monde occidental, tout du moins – semble être en proie à une téléphonite aiguë qui ne va pas en s'améliorant.
Quand je vois des mères de famille absorbées dans la contemplation de leur petit écran pendant que les mioches font un boucan d'enfer avec leur Nintendo DS et leur lecteur MP3 (quand ils n'ont pas, eux aussi, un mobile entre des doigts), je ne peux que secouer la tête, impuissante que je suis face aux dérives de l'éducation moderne.
Dans ces moments-là, j'ai une pensée émue pour Ariane qui, à cinq ans, chantait de sa voix d'enfant l'aria de La Reine de la Nuit sans fausser et pour Elliott qui, au même âge, décryptait, tel un scientifique, la liste des ingrédients sur son paquet de céréales avant d'insérer dans la chaîne stéréo de son père le CD de son groupe préféré, Grand Popo Football Club.

Ils ont aujourd'hui 7 et 10 ans. Comme quoi, il reste une lueur d'espoir !


Fond sonore : Stevie Wonder, "I just called to say I love you".

12 commentaires:

Miss Sunalee a dit…

sans parler du "sodcasting", çàd écouter de la musique sur son gsm sans les écouteurs, et donc faire chier tout le monde. En plus, c'est en général plutôt du rap ou de la tektonik ! ce ne sont en effet pas mes musiques préférées mais c'est surtout un manque de respect par rapport à l'entourage.

Mademoiselle Catherine a dit…

On en revient à l'éternelle question de respect d'autrui.
Finalement, tout découle de là.
Mais il faut croire que certains aiment à s'exhiber comme ils le font. Sans doute que c'est le seul moyen qu'ils ont trouvé pour se faire remarquer, puisqu'ils ne brillent pas par leur intelligence...

Ada a dit…

ah oui, c'est l'horreur le gsm. Mon homme me dit toujours que je ne pourrais m'en passer...pas tout à fait d'accord :). J'évite les graaandes conversations téléphoniques dans le train ou en public...mais aussi à la maison : j'ai un fixe (ca fait pas d'ondes, ca). Par contre, j'envoie bcp de sms. Mais moins qu'il y a qq années :-p.

Le "sodcasting", je ne savais pas que cela s'appelait comme ça mais c'est l'horreur...ce n'est jamais la musique que j'aime, en plus lol. Encore ce matin....argh !!! Total manque de respect (idem qd on entend qqun avec des écouteurs ...mais que cela fait profiter tout le wagon...comprends pas).

Mademoiselle Catherine a dit…

C'est pour ça que j'ai un grrrros casque maintenant: je ne dérange personne et ne suis pas dérangée, car j'aime écouter la musique au volume minimum - il me semble que les subtilités sautent davantage aux oreilles quand c'est moins fort, sans doute parce qu'on est plus concentré.

Par contre, il y a quelques jours, il y avait dans mon train une chanteuse d'opéra qui demandait des précisions linguistiques au sujet d'un libretto à l'une de ces collègues. J'aurais adoré qu'elle fasse ses petites vocalises un peu plus fort, tellement c'était doux et soyeux à mes oreilles...

zaza a dit…

Coucou!Contente que tu sois de retour!
Ahhh le portable j'aime pas exiber ma vie privée aux gens!Alors ceux qui le font ça me soule puis le rap a fond dans le RER pffffff quand y'en a marre y'a malabar!

Mademoiselle Catherine a dit…

Moi, j'exhibe ma vie privée sur mon blog, hahaha !!!








(ohhh, si peu, en fait !)

madeleinemiranda a dit…

Contente de voir que tu es de retour parmi nous!! Merci pour ton mail, je te réponds ce soir :)

Bises!

Melle Sam a dit…

moi j'ai un vieux téléphone qui fait téléphone. Je m'en sers en déplacement. Chez moi, je ne sais jamais où il est, et il a même pas de sonnerie, il est toujours en vibreur.
Mais c'est vrai quand dans le cas ou je vis avec un homme fantome... c'est pratique

Mademoiselle Catherine a dit…

J'ai eu un téléphone portable quand je n'avais pas de ligne fixe (ni de domicile fixe, d'ailleurs).

J'aime bien ton expression "un vieux téléphone qui fait téléphone", car ça n'existe plus, les mobiles qui ne font QUE téléphone: ils font aussi radio, réveil, lecteur MP3, appareil photo, enregistreur, agenda, PC portable, caméra, téléviseur, seche-cheveux, mixeur, machine à laver...
Par contre, la fonction vibreur peut servir à autre chose ;)

diane a dit…

mouais le vibreur est pas si terrible et l'ergonomie est rarement aurendez-vous mais .....
comme il font tous lecteur mp3 et autre on peut toujours y rajouter ces petits gadgets
http://www.lovehoney.co.uk/product.cfm?p=5294

Didi a dit…

J'adore aussi lorsque je sers une cliente et qu'elle se détourne au milieu d'une phrase pour répondre à son GSM.... ou encore, à la caisse, lorsqu'elle tend ses achats ou sa monnaie dans le vide, à 30 cm de ma main!!! Hééé oui!!! On ne les changera pas...

Mademoiselle Catherine a dit…

diane- M'en fous de ces gadgets: j'ai pas de téléphone portable ;)

Didi- Je compatis! Je ne sais que trop bien ce que c'est.