samedi 3 janvier 2009

De deux choses l'une

Pour cette année toute neuve, je rêve d'un monde dans lequel nous cesserions d'avoir à nous justifier de ce que nous sommes ou semblons être, car les discours politiquement corrects de l'anti-tout primaire commencent à sérieusement m'agacer (et je pèse mes mots).

Prenons un cas concret, le mien, si vous le voulez bien (et si vous ne voulez pas, c'est le même prix) : je mesure 1 mètre 58 pour 48 kilos, ce qui me fait, en toute logique, une taille de confection 34 et un indice de masse corporelle considéré comme étant normal.
Et bien figurez-vous qu'il n'est pas aisé aujourd'hui de trouver des vêtements portables pour une grande fille de mon âge en taille 34. Excluons donc les rayons "Enfants" et autres chaînes de prêt-à-porter pour pré-ados et fluokids.
Au rayon "Dames", le moindre pantalon nécessite un ourlet d'au moins dix centimètres (ce qui explique mon amour des jupes), et la lingerie, n'en parlons pas : peu de choses affriollantes à l'horizon pour les tout petits gabarits (à moins que ce ne soit hors de prix), et même les plus petites tailles des boutiques spécialisées demandent à être rembourrées de partout si d'aventure me venait l'idée de les enfiler.
Régulièrement fuse la question "Tu n'aurais pas maigri ?", et je commence à être fatiguée d'avoir à me justifier de mon poids plume.
Déjà à l'école, on me surnommait "L'Éthiopienne", et les dix kilos pris à la puberté se sont envolés sans demander leur reste quelques années plus tard.

Si les troubles alimentaires restent un problème sérieux et inquiétant, je trouve dommage de ne stigmatiser que les seul/es "anorexiques" (qui, la plupart du temps, ne le sont même pas), alors que les obèses prolifèrent un peu partout. Seulement, il n'est pas politiquement correct de s'en prendre à ces derniers puisque, si l'on en croit un mantra véhiculé à tire-larigaud, "c'est comme ça".
Et si les maigres n'y pouvaient rien, eux non plus ?
Parce que, sans déconner, je ne suis vraiment pas un modèle à suivre : je suis tout le contraire d'une grande sportive, et mon coup de fourchette en a déjà étonné plus d'un. Pour cette nouvelle année entamée par la traditionnelle choucroute-saucisse-purée, je me suis même concoctée un plan spécial grignotage, car j'aurais bien cinq kilos à prendre (et à garder, si possible).
Malgré tout ça, je ne peux m'empêcher de culpabiliser à cause de cette silhouette qui est la mienne et contre laquelle l'ensemble des médias se déchaîne depuis des années... tout en étalant, bien entendu, des régimes amaigrissants et des photos de mannequins bien moins épais que moi à longueur de pages. Hypocrite ? Nooooon !
Quand, dans son livre "Un corps parfait", Eve Ensler traîne dans la boue les salopes anorexiques (sic), je ne peux que me sentir visée. C'est d'ailleurs extrêmement paradoxal puisque le but avoué de cet ouvrage est d'aider les femmes à aimer leur corps tel qu'il est. Il faut croire que l'on ne peut légitimement revendiquer ce droit que si l'on a des kilos en trop et pas en moins...

Du coup, je repense à cette phrase d'un collègue qui, avec toute la clairvoyance qui le caractérise, affirma un jour : "Si tu arrêtes de fumer, tu en prendras, du poids". Et de faire, par la même occasion, d'une pierre deux coups. Or, les statistiques indiquent que les personnes qui quittent une addiction pour de "bonnes raisons" sont celles qui rechutent le plus facilement. Car la raison seule ne suffit pas.
Les bonnes raisons, ce n'est pas ça qui manque : on sait que la cigarette, c'est tout mauvais ! Je pourrais trouver un million de raisons d'arrêter de fumer, ça ne ferait pas de moi une non-fumeuse pour autant. Tout au plus une fumeuse "éclairée".

Être dirigé par sa seule raison lors d'une prise de décision mène souvent droit à l'échec. C'est avec ses tripes qu'il faut ressentir la chose. Alors, pensez-vous, la cigarette, j'ai beau savoir que ma santé en pâtit, que ça pue, que ça coûte cher et que ça peut gêner mon entourage, ça me fait une belle jambe (et quand j'en aurai deux, je me mettrais en short, tiens).
Je ne me sens pas prête, tout simplement. J'attends le jour où je roulerai une dernière cigarette que je n'aurai pas envie de fumer. Elle restera dans ma main, puis sur la table et finira dans la poubelle sans même avoir été allumée. L'envie me sera passée. C'est peut-être pour aujourd'hui, peut-être pour demain... peut-être pas.
Advienne que pourra.

Fond sonore : Siouxsie and The Banshees, "Nicotine Stain".

8 commentaires:

./diane a dit…

Tu peus essayer un régime...











grossissant !

Popup t'apportera un bouquin avec des conseils.

Ceci dit j'étais plus ou moins dans ton cas jusqu'à 28 ans je ne pesais que 55 kilos pour 1m70 ce qui pour un homme est peu, et même maintenant je n'en suis qu'à 60.
Je me suis fait une raison et je m'habille au rayon féminin dans 90% des cas, si ce n'est les chaussures et encore.

Allez bonne année,
ps: on fait des cuisses de canards confites dimanche avec une bonne bouteille, et il nous reste plein de bon gros fromages qui puent pour prendre du poids.

popupmonster a dit…

Pour les vêtements, j'ai eu le problème contraire pendant un moment: tout ce que j'essayais chez Zara ou certaines marques de streetwear était trop petit, même la taille 44 ! Or je fais du 38-42 selon les magasins.

lisica a dit…

Je comprends ton désarrois lors des essayages, pareil pour moi, à croire que mes jambes ne sont pas assez longues...mais j'ai arrêté de faire des ourlets, je mets des talons...

Mademoiselle Catherine a dit…

Enfin des personnes qui me comprennent, vous êtes vraiment des binamés :)

diane: le régime grossissant est en cours (je prends l'habitude d'avoir toujours des noix et fruits secs à portée de main pour grignoter) (j'aimerais bien des chips et du chocolat, mais ma peau n'est pas d'accord...).
Hier, c'était cake au gorgonzola.
Et ce soir, je me laisse surprendre par beau gosse.

popup: t'inquiètes, tu ne la fais pas, ta taille 44 ;)
Le problème, c'est que, en mode, les standards reposent sur des femmes qui n'ont rien d'humain. La "taille mannequin" étant la norme, il devient difficile pour 90% des femmes de s'habiller (et, si l'on en croit diane, des hommes aussi).

lisica: le seul pantalon qui n'ait pas nécessité d'ourlet est un... pantacourt! (authentique)

Après le tricot, la couture?

SCHNYL a dit…

Je viens rajouter mon grain de sel, puisque toi et moi, on est dans le même bateau : pour mes 1m68, j'oscille entre 48 et 50 kilos selon les périodes, et selon mon IMC, je suis "maigre". Comme toi, j'ai longtemps eu droit au qualificatif de "sac d'os".
Et dans la même veine, je fume *comme un sapeur, il faut le dire*, donc, je connais bien les reflexions genre "si tu arrêtes de fumer, blabla...". Mon papa peu corpulent a, lui, arrêté de fumer, croque des caramels à longueur de journée et n'a pas pris un gramme...
Dans mon boulot précédent, j'ai eu vent à plusieurs reprises des reflexions qui se fesaient derrière mon dos, je suis passée par tous les stades selon mes collègues, de l'anorexique à la boulimique, sauf que... je mange comme 4 et je n'ai jamais souffert de quelque trouble alimentaire que ce soit. Même la médecine du travail s'y est mise : "et euh... vous avez des soucis avec la nourriture ?" ... "Non madame, j'aime trop manger pour ça."
Enfin, je te rejoins dans la galère engendrée par la recherche de vêtements. Bizarement, y'a jamais rien en rayons pour les filles un peu potelées, mais encore moins pour les filles pas potelées pour un sou.

Mademoiselle Catherine a dit…

...et tout de suite, je me sens moins seule!

C'est quand même fou que si peu de personnes osent parler de leur poids plume alors que tant de gens se plaignent à longueur de journées de leur embonpoint. Comme si c'était indécent.
Sauf que les grandes tailles ont leurs boutiques spécialisées.
Les boutiques spécialisées en petites tailles font dans les vêtements pour enfants (ça me fait penser à un vendeur qui, à la question "Vous avez du 34?", me répondit le plus naturellement du monde: "Chez Pomme d'Api, madame!" - vous imaginez un vendeur répondre à un/e obèse "Essayez une toile de tente chez Décathlon"???).

Elea a dit…

Je ne me suis jamais permis de stigmatiser qui que ce soit sur son poids, ô grand jamais: ayant souffert de perte et de prise de poids pendant une bonne partie de ma vie, je sais combien un corps peut être complexant,source de problèmes...D'ailleurs j'ai plein de copines très minces, je ne les ai jamais enviées, on est comme on est, tant pis ou tant mieux.
Je fais du 42 dans un monde où c'est le début de l'obésité, je crois que c'est ça que les médias stigmatisent, pas forcément les maigres en soi, mais le culte de la minceur à tout prix ;)
Par contre j'ignorais que c'était à ce point une galère pour se fringuer, j'ai également fait du 34 il fut un temps, et je trouvais des trucs à ma taille (mais il faut dire que je m'habille un peu partout, des fois même dans les marchés -même pas honte, on y trouve des trucs sympas) mais ça a sans doute changé depuis.

Mademoiselle Catherine a dit…

Le problème, c'est que la taille 34 est aujourd'hui destinée aux ados et que je me vois mal m'habiller en sweat-shirt à capuche fluo...

Certes, j'exagère sans doute un peu: je n'en suis pas non plus à devoir me promener à poil.
Le gros problème, comme je le dis, ce sont vraiment les pantalons et la lingerie. D'ailleurs, ça me déprime de faire les boutiques.
Tant mieux pour moi: ça me fait gagner du temps et de l'argent ;)

Au marché, j'achète des bas et des chaussettes. Pour le reste, c'est soit "djeunz" ou "bobonne".
Par contre, je trouve toujours de bons basiques chez H&M, Hema et Naf-Naf.