jeudi 26 février 2009

Les goûts et les couleurs

Est-ce moi ou l'évolution de notre société, mais j'ai l'impression que les gens supportent de moins en moins que l'on puisse ne pas être d'accord avec eux et développent une susceptibilité à fleur de peau dès qu'il s'agit de leurs goûts personnels (ou ce qu'ils croient être leurs goût personnels qui, bien souvent, leurs sont dictés par les médias, mais ça, c'est un autre débat...).
Deux exemples parmi d'autres : l'un me rétorqua que je ne devais pas être facile à vivre quand je lui dis que je n'aimais pas trop son "album de l'année" (pour être précise, lorsqu'il affirma d'un ton qui ne souffrait aucune contradiction que c'était "l'Album de l'année" – avec un grand A –, je lui répondis, avec ce que je pensais être de l'humour, que ses propos n'engagaient que lui), et un autre partit franchement fâché en me traîtant de pauvre conne après que je lui aie fait remarquer que, la plupart des temps, il détestait les films que j'aimais et vice versa (ce qui est pourtant vrai : je ne peux honnêtement pas prendre au sérieux quelqu'un qui me soutient mordicus que l'abominable remake de "The Wicker Man" est un chef d'œuvre !).

Certes, ce sont là des réactions extrêmes qui restent fort heureusement rares (deux années se sont écoulées entre ces deux anecdotes), émanant probablement de personnes peu sûres de leurs goûts et qui ont besoin d'être rassurées à ce sujet. Si les personnes dont il est question ici se sont senties profondément blessées du fait que je ne partageais pas leur enthousiasme, je leur présente toutes mes excuses. Mea culpa, j'ai été maladroite.
N'empêche, ce n'est pas une raison pour insulter les gens !

Personnellement, je serais bien malheureuse le jour où tout le monde sera d'accord sur les mêmes choses, car il n'y aura alors plus moyen de découvrir et de faire découvrir de petits trésors cachés... S'il m'arrive d'être un sujet d'amusement pour mon entourage en raison de mes phases de monomanie quasi-pathologique (souvenez-vous de Lindstrøm...), je pense néanmoins être assez ouverte d'esprit pour prêter une oreille attentive à beaucoup de choses différentes.
Ce qui est vrai en musique ne l'est pas moins pour les autres formes d'art, et il m'a souvent fallu beaucoup d'élan avant de me plonger corps et âme dans certaines œuvres : combien de fois me suis-je endormie devant "Les ailes du désir" avant d'en voir la fin ? Et combien de lectures avortées dans mon stock de livres en souffrance ?

En plus du plaisir de découvrir, il y a celui de changer d'avis et de se dire que, finalement, ce n'était pas si mal, ou pas si bien...
Car s'il y a bien une chose qui ne changera jamais, c'est que tout change tout le temps.

(mais personne ne me fera jamais croire que la récente version de "The Wicker Man" dépasse l'original ! Jamais !!!)


Fond sonore : Bob Dylan, "The times they are changing".

17 commentaires:

dianecairn a dit…

C'est comme moi avec les champignons, je détestais ça enfant et maintenant on me surnomme le petit hobbit ...
Je n'ai pas vu le nouveaux wicker man mais vu la tournure qu'a pris la carriere de Nicolas Cage ça doit pas être top effectivement. Ceci, quelque fois certains remake sont bons, la photo du ring américains et le traitement sont encore réussi, le army of the dead pas mal, le body snatcher des années 70 est meilleurs que celui des années 50, le the thing de carpenter surpasse de loin la version fifties, et j'en oublie.

Et puis il y a un moment aussi où l'on se lasse, le rock tourne un peu en rond je trouve, les hypes du moment sont souvent surestimées, mais bon c'est une question de culture, si l'on ne connaît que son petit monde on peut s'émerveiller alors qu'avec des connaissances plus larges on tempère plus, sans vouloir être élitiste. Allez hop une heure de gamelan javanais puis une de metal, pis un peu de folk, on se remet une dose de khoomei, on travaille au corps avec un peu d'electronicadance etc... varier les plaisirs et rééssayer de découvrir une oeuvre plus tard, l'on manque parfois de la maturité nécessaire pour comprendre et aimer certaines choses

Mademoiselle Catherine a dit…

Aujourd'hui, on parle du groupe de l'année de la semaine. Plus rien n'est durable et les arts sont devenus de simples produits de consommation, comme tout le reste.
Génération Kleenex: je prends, je jette.

Pour ce qui est de varier les plaisirs, ça m'est indispensable! Et je citerai Diamanda Galas (une fois n'est pas coutume): "It seems stupid when people limit themselves to one kind of music. It tells me they’re not using their ears". CQFD.

Par contre, loin de moi l'idée de cracher sur les remake - je parlais uniquement du nouveau "The Wicker Man" (que j'avoue n'avoir pas vu, mais rien que de savoir que le côté "comédie musicale" n'a pas été gardé m'emplit de désespoir...).

Miss Sunalee a dit…

Une anecdote vécue et vraie de vraie: en centre de prêt, un jour, un membre vient chez moi et me dit: "mais comment pouvez-vous supporter cette musique ? comment pouvez-vous travailler avec ça ? C'est horrible !" Et moi qui lui répond: "C'est moi qui ai mis le disque et j'adore ce genre de musique." Là il m'a regardé puis m'a quasi engueulé en disant que c'était insupportable et que ce n'était pas possible d'aimer ça. Je lui ai répondu que les goûts et les couleurs, ça ne se discutait pas... Il est parti fâché.

Je ne sais plus très bien de quel disque il s'agissait mais ça pourrait bien avoir été du gamelan.

Mademoiselle Catherine a dit…

J'ai aussi eu droit à ce type de réaction, mais je me dis généralement que ce sont des pauvres types qui ne doivent pas savoir eux-même ce qu'ils aiment...

madeleinemiranda a dit…

Je suis pour la tolérance et je pense être assez ouverte... On peut tout à fait exprimer ses opinions tout en étant respectueux des autres, surtout lorsqu'il s'agit de donner son avis sur ses préférences musicales ou cinématographiques!

Bises!

Elea a dit…

Perso j'ai coutume de dire que mes goûts sont les miens, et que je les partage avec moi-même ;)
Plus sérieusement, c'est une constante je crois aujourd'hui, que de se prétendre ouvert d'esprit et n'être pas plus évolué (et parfois même, moins évolué) que les charmantes personnes des siècles précédents, pour qui moralité, bon goût et tout et tout, consistaient en une complète et parfaite uniformité bien chiante.
Genre aujourd'hui, si tu connais pas toutes les positions du kamasutra, tu es coincée, si tu n'aimes pas la nouvelle star, tu es demeurée, et alors là, si tu oses émettre l'avis comme quoi Julien Doré c'est un peu un arnaqueur du dimanche, tu te fais lyncher.
Je crois qu'il serait bon que chacun se contente de se suivre soi-même, au lieu d'aller chicaner sur les queues de cerises du voisin. Je ne sais pas si tu es inscrite sur allociné, mais les empoignades concernant les films sont de rigueur, avec une volonté universelle d'être chacun le maître du bon goût absolu en matière de références cinématographiques.
Je revendique pour ma part mon droit à aimer de la merde, si je veux !
:)

Mademoiselle Catherine a dit…

Mademoiselle M.: J'ai envie de rebondir sur la notion de tolérance, car j'avoue me méfier comme de la peste de la tolérance autoproclamée. J'ai cru comprendre qu'elle n'était bien souvent qu'une excuse pour faire preuve de condescendance face aux cultures "populaires" (pour ma part, toutes les personnes se déclarant "très tolérantes" que j'ai croisé étaient en fait très, très sectaires, pour ne pas dire élitistes...)
Je n'aime pas qu'on me manque de respect et encore moins que l'on cherche à m'imposer ses goûts...

Elea: Commentaire du mois!!! Merci :)

Anaïs a dit…

Ah bin merde, maintenant je comprends pourquoi tu m'aimes ^^

Je repassais par ici dans l'espoir de retrouver un peu de paix et voilà que tu relances le débat, grrrrrr...

"Récemment quelqu’un me disait que de nos jours quand tu n’es pas d’accord avec quelqu’un c’est tout de suite ressenti par celui-ci comme une agression." ça résume pas mal la chose, non ?!

Quant à moi, j'ai une pilule à avaler : ma bêtise ! A-t-on idée, à mon grand âge de continuer à mettre les gens sur un piedestal ?!!! éric me traite de vamp irréaliste. Erreur, C'est plutôt vamp idéaliste ! ^^

Aurélie a dit…

Les gens sont bizarrement plus agressifs dans toutes leurs réactions. On n'est pas soti de l'auberge!

Mademoiselle Catherine a dit…

@Anaïs: Faisons un club, veux-tu? :)
Et toutes mes excuses de remettre le sujet sur le tapis, mais les circonstances me semblaient appropriées (ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est justement la phrase que tu cites qui a rappelé cet article à mon bon souvenir).

@Aurélie: Les "gens" (terme générique) manquent de plus en plus de savoir-vivre, et je pense que le réel problème est là. Comme le rappelle Anaïs, ils se sentent agressés lorsqu'on s'offre le luxe de ne pas être d'accord avec eux, alors que c'est pourtant cela qui rend les possible les échanges et débats. Et donc intéressantes les interactions entre êtres humain.

Anaïs a dit…

Va pour le club ! ^^

NeuNeu a dit…

Ca ne va pas tellement s'arranger. On est de plus en plus habitué à avoir tout, tout de suite.

Donc dès que quelque chose ne va pas, que quelqu'un n'est pas d'accord, zou c'est le drame !

Anaïs a dit…

Ecoutez, chers amis, la voix de la sagesse ^^

Si la société continue à évoluer dans le même sens, nous finirons par vivre dans "Le meilleur des mondes" selon la vision d'Aldous Huxley : A baiser comme des lapins, avaler des petites pilules du bonheur et fabriquer et élever des enfants industriellement !

Mademoiselle Catherine a dit…

@NeuNeu: Je dois hélas te donner raison. Les gens bouffent la merde que les médias leurs donnent et croient avoir fait un choix conscient, alors qu'il se font avoir jusqu'à l'os. Quand je vois ces moutons de Panurge qui suivent l'adage "Je consomme, donc je suis", ça me donne envie d'en prendre un pour taper sur l'autre, alors que je suis non-violente (et que ma carrure ne me le permettrait d'ailleurs pas). Ils s'imaginent se libérer en achetant (et, bien souvent, en traitant leurs contemporains comme des consommables parmi d'autres) et ne se rendent même pas compte que ça les aliène davantage.
Triste monde!

@Anaïs: Baiser comme des lapins, avaler des petites pilules du bonheur et fabriquer et élever des enfants industriellement, c'est déjà un peu ce qui se passe.
Et ça ne fait que commencer, j'en ai bien peur!

Anaïs a dit…

D'où la justesse de son roman ^^

Anaïs a dit…

On ne fabrique pas encore les enfants industriellement, mais vu tous les cris féminins qui s'élèvent pour dénoncer ce rôle de mères qu'on leur attribue obligatoirement, il va bien falloir trouver un autre moyen de les mettre au monde. Je rigole ^^

Mademoiselle Catherine a dit…

En même temps, rien ne les oblige à faire des gosses... et quand j'en vois certaines, il vaut d'ailleurs mieux qu'elles s'abstiennent ;)