lundi 6 avril 2009

Odorama

Il arrive parfois, lorsque je sers un plat de mon cru, que mes convives le trouvent fade et noient ce repas fait avec amour sous une importante couche de sel ou de Tabasco. En plus de faire saigner mon cœur de cuisinière, ils contribuent à atrophier leurs papilles gustatives pourtant déjà lourdement malmenées par les saveurs fortes et impersonnelles de l'industrie agroalimentaire.
À force de nous goinfrer de crasses saturées d'exhausteurs de goût et de humer des parfums artificiels, nous en avons oublié le vrai goût d'une tomate ou le parfum originel de la lavande. Il suffit, pour se rendre compte de la triste réalité, d'observer les nez qui se froncent chez Lush, dont les produits sentent certes incroyablement fort mais incoyablement vrai puisqu'ils sont élaborés à base de fruits et légumes frais, de décoctions de fleurs et d'authentiques huiles essentielles.

Car la nature, bien souvent, sent plus fort qu'on ne voudrait bien le croire étant donné que ses parfums sont généralement étouffés par ceux de la vie urbaine, à commencer par les gaz d'échappements. Une petite promenade estivale à la tombée de la nuit entre les tilleuls en fleurs à de quoi vous enivrer...
Et je dois vous avouer que l'odeur de certaines cocottes me donne des hauts le coeur, surtout quand elle me prend à la gorge dès le matin. Je préfère de loin le mélange café-clopes (breakfast of champions !)...

Pourquoi chercher coûte que coûte à masquer ses odeurs corporelles ? Pas que je sois friande des effluves de pieds et de transpiration rance, mais il me semble qu'aujourd'hui, les habitudes de consommation dépassent très largement les règles d'hygiène les plus élementaires. C'est qu'on nous vend des neutralisateurs d'odeurs pour tout – les dessous de bras (indispensable), les pieds (parfois nécessaire...), la bouche (prenez un chewing gum, Émile !), les parties intimes (en plus de pratiques dépilatoires que je qualifierais d'apocalyptiques)... – et l'on ajoute par dessus tout ça un gros pshîîît d'arômes artificiels, histoire de s'amputer complètement de toute odeur de base.
Autant se promener avec un flacon d'Airwick...

Comment voulez-vous, dans ces conditions, que les phéromones fassent leur travail ?
Parce que, merde à la fin, nous sommes quand même des animaux ! Comment savoir si l'on peut "sentir" quelqu'un s'il est noyé sous plusieurs couches de déodorants, désodorisants, lotions et parfums plus ou moins bon marchés ?
D'ailleurs, si j'étais présidente du monde (rien que ça), j'interdirais immédiatement et systématiquement la vente et le port de relents bon marchés (c'est très subjectif, je sais, mais c'est pour votre bien : c'est plein d'allergènes, ces trucs-là !). Et j'en profiterais au passage pour inscrire certaines règles d'hygiène à la Constitution.

À force, notre odorat n'est plus ce qu'il était... Cela m'attriste, car il me semble que beaucoup de gens font des efforts surhumains pour aller à l'encontre de leurs cinq sens et donc de leur nature propre (à bien des niveaux).

Et n'allez pas me prendre pour une pouilleuse : je lave mon corps et mes vêtements, j'aime sentir bon, mais en fin de journée, j'appécie que mon odeur naturelle reprenne le dessus, car elle aussi, j'en ai l'intime conviction, elle sent bon...

Conseil de lecture : Patrick Süskind, "Le parfum".

9 commentaires:

Miss Sunalee a dit…

Tu m'ôtes les mots de la bouche...

Mademoiselle Catherine a dit…

Et encore, je me suis retenue: je n'ai pas parlé des cheveux luisants de gras ni des jeans qui tiennent debout tout seuls à force de crasse...

zaza a dit…

Apart du deo et de quoi me laver, je ne mets pas de parfum, j'aime sentir l'odeur naturelle des gens!

Donc je suis tout à fait d'accord avec toi!

Ce qui me rend dingue(version je grogne des dents) c'est les litres de parfums que certaines se mettent, dans les transports c'est limites ignobles de sentir 5 odeurs bien fortes!L'odeur de tranpiration des gens tu te caches le nez et c'est bon tu sents plus rien mais les doses de parfums ca traverse tout!

Anonyme a dit…

Bonjour ma belle,
Ainsi tu es de retour! Tu as l'air d'aller mieux en effet. Coool ;-)
J'ai bien rigolé avec le jeans qui tient tout seul par la crasse hihi.
Je ne répliquerai pas par un lien vers youtube où visionner un passage de "La Grande Bouffe" mais ton texte de repas et odeurs bon je ne pouvais qu'y penser!
Bien à toi ma très chère amie!
Clymence

diane cairn a dit…

J'approuve et désapprouve. J'ai le nez particulièrement sensible quoique mal éduqué et j'ai bcp de mal dans les transorts en commun surtout avec tous les parfums vanilles/coco et genre dune ou le vétiver. Il me faut parfois m'arrêter pour laisser le sillage odorant de certain(e)s se dissipper. Et puis cela dépend des gens, d'aucun transpirent des pieds, d'autres de la tête, d'autres encore suent toutes les larmes de leur corp, certains sentent l'oignon, d'autre le rance, d'autre le choco sec et périmé, bref tout y est. J'ai quand même un collègue qui sent le choux rance, l'ail la clope et le café tout les jours, il est très propre sur lui mais rien n'y fait, c'est une torture nasale. Bref vaste sujet. Et tous ne sont pas logés à la même enseigne question sensibilité.

Que qualifie tu d'apocalyptique exactement?

tchusss

ps, aurait besoin de tes services de traductions

Mademoiselle Catherine a dit…

Zaza: en effet, le plaisir des transports en commun... Au cinéma, c'est toujours plaisir aussi d'être assis entre un gros crado et une petite cocotte - le choc des cultures!

Clym': Il faut bien que quelqu'un se sacrifie pour remonter le moral des blogueuses en pleine déprime post-hivernale!
Quant au lien vers "La grande Bouffe"... euh... merci d'y avoir pensé... et merci de ne pas l'avoir mis ;)
Je t'embrasse, ma belle*

diane: C'est vrai que ça dépend pour beaucoup des sensibilité. Mais bon, trop, c'est trop - que ce soit le sillage parfumé ou la crasse!
"Apocalyptique" comme dans "Brazilian Waxing", "Ticket de métro" ou "Rasage intégral".
Et envoie-moi un mail pour les traductions - maintenant que j'ai de nouveau un peu de temps...

Anonyme a dit…

ta référence de livre est parfaite... jamais livre ne m'a développé l'odorat comme celui là. J'ai adoré !
bisous ma belle elfe continue à publier j'aime trop te lire !!!
une fée dit-elle...

Mademoiselle Catherine a dit…

Oh! Ma marraine la fée :)
J'aurais pu aussi bien conseiller le film de John Waters en odorama (avec des cartes à gratter...), mais c'eût été de mauvais goût ;)

SCHNYL a dit…

J'adhère ! Parce que :
-premièrement, Lush c'est mon dada.
-deuxièmement, café-clope c'est ce qui fait mon p'tit déj'.
-troisièmement, je ne mets jamais de parfum, pas mon truc toutes ces effluves qui me passent sous le nez à longueur de journée.
-quatrièmement, vives les légumes frais et pleins de saveurs, du potager à papa s'il vous plaît !
-et cinquièmement, à cette période de l'année, je peux rester des heures assise sur l'escalier à humer les odeurs de la nature *j'ai la forêt juste à côté, et je dis, vivement la fenaison !*