jeudi 28 janvier 2010

Cinéma mental

Parmi les nombreuses tares qui me pèsent et me font honte (non, vous n'en aurez pas la liste exhaustive !), il y a celle, particulièrement pénible, d'être méchamment prise de tête. Et quand je dis que c'est pénible, ça l'est autant pour moi que pour mon entourage.
C'est que j'ai un talent fou pour ce que j'appelle le cinéma mental : au départ d'un détail relativement anodin, je suis capable de remettre en question tout et n'importe quoi, ma paranoïa naturelle me poussant à croire en permanence qu'on me cache des choses.
Et du coup, à tout remettre en question !

Hormis le fait que ce soit extrêmement difficile à vivre, cela m'empêche régulièrement d'aller de l'avant et de passer outre certains faits et gestes de mes contemporains.
J'ai beau savoir que ces derniers, tout comme moi, peuvent être maladroits et qu'ils ne sont, dans leur très grande majorité, pas mal intentionnés, je ne peux m'empêcher de me sentir terriblement affectée par certains de leurs comportements. Si ma raison et mon bon sens me permettent bien souvent de dédramatiser, mes sentiments ne le voient généralement pas du même œil, et j'en arrive à me (et à leur) faire beaucoup de mal à force de me repasser certaines scènes en boucle et de les réinterprêter à ma guise, quand bien même je n'aurais aucune raison valable de le faire.
Avec, toujours, cette réaction très judéo-chrétienne : quel mal ai-je fait ?

Or, le mal, je me le fais à moi-même, et j'en ai douloureusement conscience.
Je sais bien qu'au bout d'un moment, il faudrait pouvoir passer à autre chose et laisser le passé derrière soi, avec tout ce que cela comporte de zones d'ombre et de non-dits. Et pourtant, je me surprends à ressasser certains événements dans le plus pur esprit d'escalier, me disant que j'aurais peut-être dû réagir différemment, alors qu'en fin de compte, j'ai toujours réagis comme je l'ai pu, et c'est déjà pas mal !
Ce ne sont d'ailleurs pas mes réactions à chaud que je regrette, mais les comportements adoptés par la suite, car ce qui me pèse réellement, c'est le fait de nourrir des pensées négatives bien après que les événements aient eu lieu et d'en arriver à reprocher des choses totalement absurdes à certaines personnes. Et ça me fait terriblement honte.
À force de repenser à certaines situations, j'en arrive à des associations d'idées complètement surréalistes qui, n'ayons pas peur des mots, me pourrissent la vie, car elles dressent un portrait d'ensemble finalement très éloigné de la réalité.

C'est que ma soif de vérité frôle parfois l'inconscience et, sans pour autant faire miennes les pratiques de la Stasi, j'en arrive (rarement, cela dit) à employer des méthodes peu orthodoxes qui, d'une part ne me ressemblent pas, et d'autre part ne font qu'augmenter mon sentiment de culpabilité pourtant déjà bien avancé, éducation judéo-chrétienne oblige.
À ce sujet, il me vient à l'esprit que pour chaque aphorisme biblique (Tu ne mentiras point), il existe un dicton populaire pour le contredire (toute vérité n'est pas bonne à dire parce qu'il n'y a que la vérité qui blesse).
Cela dit, je trouve que le mensonge et les cachotteries font souffrir davantage encore, car selon moi, la confiance va de paire avec l'honnêteté. Et quand bien même la vérité est parfois difficile à encaisser, elle m'aide néanmoins à avancer, car j'ai beau être complètement parano, je ne pense pas avoir la susceptibilité à fleur de peau.
C'est déjà ça de pris !

Conseil de lecture : Jane Austen, "Raison et sentiments".

15 commentaires:

NeuNeu a dit…

Fichtre...

Je crois que j'aurais pu écrire le même article me concernant, au mot près...

Mademoiselle Catherine a dit…

...au féminin???

NeuNeu a dit…

Eeuh...P'tet pas au féminin effectivement XD

Miss Sunalee a dit…

Oh ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
N'empêche, je dois dire que je fais souvent de même... mais ça passe en général assez vite...

Anonyme a dit…

Je dirais même plus: Je crois que j'aurais pu écrire le même article me concernant, au mot près...(si toutefois j'avais autant de talent d'écriture)

aaricia

Jérémy a dit…

J'ai bien ce côté semi-parano !

Jérémy a dit…

correction j'ai"me"

Nath a dit…

Bon article !
Et j'aime ton expression de cinéma mental

La Princesse a dit…

J'arrive à me raisonner au bout d'un petit moment en général, mais alors, je suis soulagée de voir que je ne suis pas la seule à me monter des films pas possibles à partir d'un détail parfois...

( et "Mais qu'est ce que j'ai bien pu faire ?" je connais aussi ! )

Les tests de Gridou a dit…

Moi je dis toujours que reconnaître ses particularités (on dit souvent défauts mais en est-ce réellement un ?), c'est une forme de maturité et d'évolution permanente...
Donc clap clap clap ;-)

Loreen a dit…

J'aurais pu l'écrire pour moi-même aussi si j'avais eu ce talent ! Avec le temps et du travail sur moi-même, les "films" durent moins longtemps... même s'ils sont encore bien souvent présents :)Bel article en tout cas.

Anonyme a dit…

Mon acupuncteur me pose des aiguilles "pour ralentir le cinéma de la vie"… et ça marche.

Mademoiselle Catherine a dit…

Miss Sunalee: Rien de bien grave, si ça peut te rassurer. Mais assez important cela dit pour me pousser à vouloir m'améliorer. Tout un programme!

aaricia: Comme je le dis toujours dans ces cas-là: ça me fait très plaisir - d'une part de me sentir moins seule, et d'autre part d'exprimer ce que ressentent d'autres personnes :)

Jérémy: Tu ne me côtoies pas au quotidien, grand bien te fasse ;)

Nath: Merci!
L'expression n'est pas de moi et la personne que j'ai entendue la prononcer restera anonyme pour diverses raisons, mais je pense qu'elle ne m'en tiendra pas rigueur...

Gridou: Bien sûr! Et le simple fait de les rendre publiques est déjà une avancée en soi: quelque part, ça me pousse davantage à aller à leur encontre.
Finalement, un blog, ça peut être un formidable outil thérapeutique!

Loreen: Cela fait de nombreuses années que je travaille sur moi, et j'avance, fort heureusement.
Il est vrai que le temps aide beaucoup. Cela demande néanmoins beaucoup de patience... et de "rechutes" ;)
Cela dit, je suis convaincue que les rechutes font partie de la thérapie si l'on sait en tirer les leçons.

Anonyme: Je n'ai jamais testé l'acupuncture... Peut-être une piste à creuser. Merci du conseil en tous cas :)

Anonyme a dit…

ben dis donc je tiendrais un peu de toi alors ??? ;-)
mais avec les années, je relativise de plus en plus et ça fait un bien fou !!!
et tant pis si je passe pour une vieille em...
bisou mon elfe et que tricot thé se passe bien cette fois
j'essayerai une fois d'être des vôtres

Mademoiselle Catherine a dit…

Ce doit être dans nos gênes ;)
Cela dit, il est vrai que le temps adoucit énormément les choses, et ça va déjà beaucoup, beaucoup mieux qu'avant!
Mais bon, que veux-tu: faut bien se plaindre de temps en temps ;) Encore que la catastrophe de la rue Léopold m'a méchamment remis les idées en place...