lundi 1 mars 2010

Égalité des sexes ou émancipation ?

J'ai découvert ma féminité sur le tard, au bout d'un quart de siècle environ. Jusqu'alors, j'étais plutôt du genre garçon manqué : je me rasais la tête et m'habillais n'importe comment (ce qui m'arrive encore à l'occasion – de m'habiller n'importe comment, pas de ma raser la tête !), m'éloignant le plus possible – et très volontairement – de l'image idéale de la Femme avec un grand "F".
Du coup, j'ai passé de nombreuses années à n'être que la bonne copine avec laquelle faire les 400 coups et en ai finalement beaucoup appris sur la gent masculine. Davantage, sans doute, que s'il y avait eu un quelconque lien amoureux.

Avec le recul, je crois que je faisais un peu peur à mes petits camarades : trop de liberté, trop d'humour, trop de caractère... Trop "masculine" en somme.
Et je pense que ça n'a pas beaucoup changé depuis. Je m'en rends compte quand je suis sur scène, ou plutôt lorsque j'en descends : si les femmes viennent me parler volontiers, les hommes restent généralement à l'écart. Sans doute que le minuscule pouvoir que me procure la musique les insécurise... D'ailleurs, il n'y a pas beaucoup de groupies masculins.

Je pense que le fait d'avoir un tout petit peu d'autorité à quel que niveau que ce soit donne aux hommes la désagréable impression que l'on pourrait leur faire de l'ombre : dans l'inconscient collectif, il semblerait que la femme soit encore une créature douce et docile, ce qui est somme toute logique puisque la libération sexuelle est encore toute jeune au vu des siècles et des siècles de domination masculine.
Et il faut du temps pour faire évoluer les mentalités.

Cela dit, pour avoir un certain nombre d'hommes dans mon entourage proche, je me rends compte que ceux-ci sont bien souvent dépassés par les événements.
Il faut dire que ces dernières années, les femmes se sont de plus en plus "masculinisées" : non seulement, elles travaillent et fument autant sinon plus que leurs collègues, mais elles ont également, pour certaines, intégré une sorte d'esprit de compétition qui ne leur fait décidément pas honneur. À force d'entendre parler d'égalité des sexes, certaines de mes consœurs semblent avoir oublié leurs propres particularités, et c'est bien dommage.
Car selon moi, l'idée d'égalité, plutôt que de nous pousser à faire comme les hommes, devrait nous servir d'inspiration afin de tirer profit des qualités des un/es et des autres, d'autant plus que bon nombre de femmes semblent encore puiser dans les schémas traditionnels quand ça les arrange (et uniquement quand ça les arrange), notamment quand il s'agit de pensions alimentaires ou de la garde des enfants en cas de séparation.

Alors, égalité des sexes ?
J'ai bien peur que non.
Et je crains que cette utopique égalité, plutôt que de nous rapprocher, ne nous éloigne davantage les uns des autres quand le militantisme se fait radical.

Pour ma part, j'aime à me considérer comme émancipée, car mon indépendance est une valeur à laquelle je tiens, et elle m'emplit de gratitude envers ces femmes merveilleuses qui ont rendues possible ma situation.
Depuis peu, je m'accorde même le droit à la féminité, celui de porter robes courtes et talons, de me maquiller quotidiennement ou presque et de confier mes cheveux fins et mous aux doigts agiles de ma coiffeuse (j'en arrive d'ailleurs à me demander si les coiffeurs ne sont pas les meilleurs thérapeutes).
Et très étrangement, c'est cette subtile mutation de "créature asexuée" à "femme" qui m'a rapprochée de mes contemporaines, sans doute parce que j'accepte enfin les particularités liées à mon genre. De très belles personnes ont croisé ma route au cours des dernières années, aussi ai-je envie de leur rendre hommage à travers un poème attribué à tort à Maya Angelou que m'a récemment envoyé l'une d'entre elles (l'auteure de cette liste est en fait Pamela Redmond Satran) :


UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
suffisamment d'argent à elle pour quitter la maison
et se louer un hébergement,
au cas où elle le souhaiterait ou en aurait besoin...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
quelque chose de parfait à se mettre sur le dos au cas où son employeur, ou l'homme de ses rêves
voudrait la rencontrer dans une heure...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
une jeunesse qu'elle est heureuse de laisser derrière elle...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
un passé suffisamment juteux pour avoir hâte de le raconter durant son grand âge...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
un tournevis, une perceuse sans fil, et... un soutien-gorge en dentelle noire...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
une amie qui la fait toujours rire et une autre qui la laisse pleurer...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
un beau meuble qui n'a pas déjà appartenu à une personne de sa famille...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
huit assiettes assorties, des verres à vin sur tige,
et une recette en vue d'un repas
qui donnera à ses invités le sentiment d'être honorés...

UNE FEMME DEVRAIT AVOIR...
le sentiment de maîtriser sa destinée...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
comment tomber en amour sans se perdre elle-même...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
comment quitter un emploi,
rompre avec un amant,
et confronter une amie
sans gâcher l'amitié...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
quand il faut faire des efforts...
et QUAND IL VAUT MIEUX PARTIR...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
qu'elle ne peut pas changer la longueur de ses jambes,
la largeur de ses hanches, ou la nature de ses parents...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
que son enfance n'a peut-être pas été parfaite, mais qu'elle est terminée...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
ce qu'elle est prête à faire ou non... pour l'amour ou autre chose...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
comment vivre seule... même si ça ne lui plaît pas...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
en qui elle peut avoir confiance
ou non,
et pourquoi elle ne devrait pas s'en tenir responsable...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
où aller...
que ce soit à la table de la cuisine de sa meilleure amie...
ou dans une charmante auberge au fond des bois....
quand son âme a besoin de paix...

TOUTE FEMME DEVRAIT SAVOIR...
ce qu'elle peut accomplir ou non dans une journée...
dans un mois... et dans une année...

Conseil de lecture : Elisabeth Badinter, "Fausse route"
(les effets pervers du féminisme contemporain).

16 commentaires:

kim a dit…

Splendide le poweeeem! Mais bon, ça reste un idéal, dur de coller à tout.
Pour ce que tu dis, je suis d'accord avec toi. L'égalité des sexes a sans doute amené des débordements liés à une sorte d'extrêmisme. Cependant, j'ai un peu la sensation que les hommes prennent trop facilement cet argument afin d'excuser leur comportement souvent infect. Enfin, ça reste un avis personnel mais je t'avoue que j'en ai tellement eu marre d'être ballotée de Connard en Connard, de ne plus savoir sur quel pied danser, que tu sais bien maintenant que je suis coincée malgré moi dans une espèce de célibat sans risque. C'est la seule solution que j'ai trouvé et je trouve ça lamentable lol.

La Princesse a dit…

Je crois que j’ai toujours été très indépendante, et je me suis jamais vu dans le rôle de la douce petite chose ;p. D’ailleurs, je me suis transformée en fille sur le tard ( pas avant 20 ans je pense), avant, c’était jeans/docs/ tshirt/cheveux rouges. Avant j’aurais regardé d’un petit air entendu la fille qui préférait une paire de chaussures à un accessoire de geek, maintenant j’embarque les deux sans réfléchir.

Néanmoins, même maintenant, malgré l’extérieur très féminin, l’intérieur n’a pas changé, et le contraste surprend encore xD. Non, messieurs, cheveux longs et vernis à ongles ne nous transforment pas en douces agnelles prêtes à croire vos conneries, ou passer sur vos faiblesses sans protester.

Ma p’tite sœur pourrait vous en raconter des tonnes, si elle passait encore sur les blogs : les femmes très sûres d’elles, compétentes, et indépendantes, je vous garantis qu’elles font presque peur aux garçons. ( non mais sérieux messieurs, qu’est ce qui vous fait si peur ? )

(et je recommande aussi la lecture d’E. Badinter. )

Mademoiselle Catherine a dit…

kim: Ayant toujours eu de très bon amis hommes, j'ai toujours eu de l'indulgence pour la gent masculine. De plus en plus d'ailleurs... Mais faut dire que mes amis sont des gens bien aussi!
Et finalement, il y a autant de cons que de connes. Je pense qu'à ce niveau-là, au moins, la parité est bien respectée ;)

Princesse: L'un n'empêche pas l'autre, et c'est bien le contraste que je trouve intéressant! Et je me suis faite à l'idée que cela peut faire peur. Ou en tous cas insécuriser.
Cela dit, ma féminité relativement récente ne m'a toujours pas poussée à m'intéresser au vernis à ongles (j'aime pas du tout la sensation!) et autres "trucs de filles" (genre mode, shopping etc.)... Je pense qu'à ce niveau-là, c'est bel et bien trop tard ;)

kim a dit…

Bah, la mode, le shopping... Finalement, ça reste un exutoire comme un autre, c'est juste une question de choix. Et pour moi, la féminité ne passe pas dans ce que l'on porte (à la mode, vernis, talons, etc.) bien que ça aide énormément, mais plutôt dans l'attitude. J'ai déjà vu des filles habillées très féminines mais qui hurlaient comme des fermiers. Bien moins féminines et attirantes que la fille un peu timide, cachée sous un pantalon ample et le regard rempli d'innocence. (Le souci, c'est que l'Homme découvre ensuite que cette fille a un cerveau mais ça, c'est une autre histoire hihihihi)
P.S.: Oui, c'est vrai qu'objectivement, j'ai pas mal de potes qui sont des connards en puissance ahem.

Mademoiselle Catherine a dit…

Tu as de mauvaises fréquentations, kim ;)

Et je suis d'accord sur la question d'attitude: la féminité passe bien plus par une présence et une gestuelle que par une tenue vestimentaire. C'est l'apparition générale qui fait qu'une fille est féminine ou pas, et qu'elle soit en pantalon baggy et écrases-merde ou en mini-jupe et talons aiguilles n'y changera pas grand chose (sauf que la combinaison mini-jupe/talons donne vite une allure vulgaire si on ne la porte pas avec un minimum de décontration).

Sinon, pour ce qui est des exutoires, je préfère de loin avoir une activité créative: ça me coûte moins cher tout en m'enrichissant davantage :)
Mais bon, chacun son truc, hein!

Eÿlina a dit…

Tout à fait d'accord avec ton article ^^

D'ailleurs en tant qu'ancienne chanteuse dans un groupe de rock local, c'est dur de se faire sa place dans ce milieu encore trop macho, l'égalité des sexes se fera par l'infiltration des femmes dans le milieu culturel (entre autres) ;)

Mademoiselle Catherine a dit…

Je pense effectivement que, si la politique permet de changer les lois (et personnellement, les lois sur la parité auraient plutôt tendance à me donner de l'urticaire...), la culture, elle, permet de changer les mentalités, et il est bon d'entamer le chantier main dans la main!

Les tests de Gridou a dit…

Toute femme devrait lire ce texte :D (Je peux te le piquer ?)

SCHNYL a dit…

J'adhère. A la fois sur ce billet, et le billet précédent.

Et ton petit aperçu de réaménagement me fait penser au complexe étagèresque qu'on a monté dans la salle à manger ; )

Mademoiselle Catherine a dit…

Gridou: Avec plaisir! C'est d'ailleurs un peu le but: faut que ça circule!

SCHNYL: ça fait plaisir de te revoir dans les parages :)

Mr Flash a dit…

Monsieur Flash la connaît cette femme; elle est toutes les femmes!

Mademoiselle Catherine a dit…

...et comment cette femme est-elle perçue par les hommes???

Anadema a dit…

J'avais entendu parler une femme ministre qui remarquait exactement la même chose : qu'à l'inverse total de ses collègues hommes, jamais elle n'avait été aussi peu draguée.

Si je puis apporter mon petit mot, tout cela touche à l'essence de la relation hommes/femmes. Dans les rapports de séduction, globalement (parce qu'il y a toujours des contre-exemples), il y a naturellement un rapport de domination des hommes envers les femmes désiré de part et d'autres. Les hommes exercent leur pouvoir, leur domination des éléments et cherchent à se sentir en situation de protéger une femme. Les femmes, elles, cherchent à se sentir rassurées, protégées par un homme. Les hommes sont plus enclins à la violence, à la conquête, à la compétition. Les femmes sont moins agressives, plus sensibles.

Il faut bien comprendre que tout cela est de l'ordre du symbolique. Ca ne signifie pas qu'un homme doit réellement dominer une femme mais qu'il doit au moins en avoir l'impression. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas en quoi une femme qui détient un certain pouvoir met symboliquement en péril la virilité d'un homme. Ce que "La Princesse" appelle de la peur. Cela n'a rien à voir avec le refus d'une égalité, d'un machisme. C'est juste un anesthésiant de la séduction.

Or, ton charisme sur scène et l'aura que tu en recueilles exerce justement un pouvoir de domination qui joue comme une castration symbolique. Il te suffit de te comparer à tes collègues hommes et tu verras que, eux, contrairement à toi, tendent à justement rencontrer un grand succès auprès des femmes pour les raisons inverses aux tiennes.

Mademoiselle Catherine a dit…

Anadema: Bienvenue et merci beaucoup pour cette subtile et intéressante analyse! Ce sont en effet des petites choses auxquelles je n'avais pas réfléchi en profondeur, et je vais sans doute y passer mon week-end grâce à toi :D

Ju a dit…

C'est là qu'à mon avis intervient la notion d'équité plutot que d'égalité.

Les femmes et les hommes ne seront jamais égaux, et heureusement !

Mademoiselle Catherine a dit…

Tout à fait d'accord, Ju!
Bienvenue par ici :)