vendredi 30 juillet 2010

Le dire, c'est bien, le faire, c'est mieux

Est-ce la lecture des Bienveillantes, mais je me dis qu'en cas de prochain conflit mondial, on n'est pas dans la merde ! Ce n'est d'ailleurs pas tant l'éventualité (peu probable, certes) d'une nouvelle guerre en Occident que le possible comportement de mes contemporains qui me fait peur, car nous vivons à une époque ô combien contradictoire et que rien n'est plus facile que de clamer haut et fort son attachement à des valeurs telles que liberté, égalité et fraternité en temps de paix.

Personnellement, et en toute honnêteté, je ne sais pas quelle serait ma réaction en cas de conflit. S'il est hautement probable que je reste effectivement très attachée, du moins en théorie, aux dites valeurs, rien n'est moins sûr dans la pratique, aussi me garderai-je bien de toute considération quant à mon hypothétique appartenance à une quelconque résistance, collaboration ou majorité silencieuse. Pour paraphraser Jonathan Littell qui n'a décidément pas volé son Goncourt, vous ne pouvez jamais dire : Je ne tuerai point, c'est impossible, tout au plus pouvez-vous dire : J'espère ne point tuer.
Je suis d'ailleurs toujours surprise par l'assurance avec laquelle certains individus choisissent leur camp sans se demander au préalable si, le jour venu (et Dieu nous en garde), ils auront véritablement le choix, si ce n'est celui – fort inconfortable – entre la vie et la mort (le camp en question étant bien sûr celui des "gentils", est-il besoin de le préciser ?).
Pour avoir assisté à des flagrants délits d'hypocrisie dans des conditions bien moins extrêmes, permettez-moi de vous faire part de mes doutes, car la nature humaine est capricieuse, et je ne fais certainement pas exception à la règle.

N'oublions pas que l'Humain est un animal, et sans doute le plus dangereux de tous, même en temps de paix ; ne comptez donc pas sur moi pour vous rappeler de quoi il est capable en temps de guerre : n'importe quel livre d'Histoire vous en dressera un tableau bien plus complet que je ne saurais le faire.
Or, il se trouve que la grande majorité des personnes impliquées étaient des gens normaux. Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à vous, mais j'ai bien peur que ce ne soit pourtant le cas. Des gens qui faisaient leur travail, aussi abject soit-il ; des gens qui portent la responsabilités d'actes parfaitement inexcusables, et néanmoins des gens normaux pour la plupart qui, comme j'ose l'espérer, n'auraient jamais songé en arriver là, même dans leurs pires cauchemars. Moi, en tous les cas, j'espère bien ne jamais avoir à être dans leur situation.

Dans ma très grande innocence, je me dis que je n'y assisterai sans doute pas de mon vivant – pas plus que je ne le souhaite aux générations futures – car les moyens de communication ont décidément bien évolué ces dernières années, tant au niveau de l'information que des transports : tout va tellement vite que toute tentative de révolution – en Occident, tout du moins – est vite étouffée dans l'œuf, et je ne suis pas sûre que ce soit pour un mieux, car toute révolution n'est pas nécessairement mauvaise.
Prenez, non loin de nous, la Révolution des œillets qui permit à la junte militaire de faire basculer le régime de Salazar en 1974, libérant ainsi le peuple portugais de manière on ne peut plus civilisée, et vous saurez de quoi je parle (pour en savoir plus, Maria de Medeiros rendit hommage en 1999 à cette remarquable tranche d'Histoire dans son très beau Capitaines d'avril).

J'en viens d'ailleurs à me demander si une petite révolution ne pourrait pas nous faire du bien, ne serait-ce que pour remettre les pendules à l'heure et voir lequel d'entre nous aura réellement le courage de ses opinions.
Mais je pense que ce n'est pas près d'arriver...

Conseil de lecture : Jonathan Littell, "Les Bienveillantes".

16 commentaires:

Jean-Pierre Vandenabeele a dit…

Pas d'accord, sur la forme, avec le goncourt "vous ne pouvez jamais dire : Je ne tuerai point, c'est impossible, tout au plus pouvez-vous dire : J'espère ne point tuer", partant de l'aphorisme que j'ai fait mien "il ne faut j....s dire j....s". Par contre, sur le fond, nous somme sur la même longueur d'onde (Mr le goncourt et moi-même).

Pas tout-à-fait d'accord avec toi: une bonne petite guerre ou une bonne petite révolution ..?
Pour ce qui est des gens normaux, je ne sais pas ce que ça signifie. Et ceux qui choisissent leur camps, j'ai le plus grand respect pour ceux dont c'est vraiment le cas (sélection en connaissance de cause), mais c'est très rare.
Le peuple est majoritairement peuplé de masses récupérées par l'un ou l'autre camps et d'indécis. Les réfractaires passifs, quant à eux sont rares (les réfractaires actifs étant comptés dans un camps par choix ou récupération). Moi, je fais partie des indécis (pas réfractaire) non récupérables (qui ne veut pas être récupéré) et je n'en tire aucune fierté. Évidemment il ne faut pas compter sur moi pour fomenter une révolution. Mais comme "il ne faut j....s dire j....s", tout au plus consentirai-je à y participer activement dans le feu de l'action.
Pour en revenir à la masse, je pense que le problème est la non-responsabilité et la non-responsabilisation à tous niveaux. Décisions collectives et pseudo-consultations populaires. Le particulier est pris en charge en permanence, le leader décisionnel n'ose prendre aucune décision qui pourrait se retourner contre lui.
Indécision et irresponsabilité collective, une spécialité belge, depuis longtemps déjà.
Une anecdote pour moi aussi alors. Il semblerait que l'indécision administrative en Belgique (ou chèvre-choutisme) a parfois eu des effets heureux. Contrairement aux autres pays occupés (Sourve à vérifier dirait wikipedia) la Belgique, en tant que structure administrative, n'aurait pas contribué officiellement, activement et d'initiative à la chasse aux Juifs durant la seconde guerre mondiale (je ne parle pas des actes rendus obligatoires par les Allemands ou des actes individuels de certaines personnes, y compris des officiels).
Quand je peste quotidiennement contre la non-décision en Belgique, cette anecdote à laquelle je veux bien croire, me réconcilie quelque peu avec ma société (non, peut-être?)
Par contre un bon enseignement intégrant la socio-responsabilisation ça quand ferait plus de bien qu'une bonne guerre à nos masses toujours aussi cocoonisées. A moins que tu aies sous-entendu qu'une bonne grosse crise aurait le même effet (moi, je n'en crois rien).

Pierre a dit…

Monsieur Jean-Pierre,

Hélas, trois milliards de fois hélas, vous avez tort...

http://www.cegesoma.be/cms/rech_encours_fr.php?article=344&pagnbr=13&pagofs=8

Les tests de Gridou a dit…

AUCUNE violence, quelle qu'elle soit, ne peut faire du bien... Jamais... On n'a même pas idée de ce qu'est un bruit d'avion de chasse, rien que le 21 juillet, je déteste... Une amie georgienne m'explique parfois ce qu'est la guerre et bon dieu, quelle chance on a ?!
Par contre, je suis plutôt pour le service militaire je t'avoue ;-)
Pour le reste, ça mérite un peu plus de réflexion, chose que j'aurai quand sera terminé ma putain de clôture mensuelle ;-)

Les tests de Gridou a dit…

Monsieur Jean-Pierre ? L'indispensable ? Woh je ne vais pas m'en remettre =D
Si c'est vous, juste dire que j'adore vos humeurs, vraiment...

Bleu Cerise a dit…

Naaaaan, spa vrai, dis-moi que tu as fait exprès de publier ça juste avant que je reparte en mission ^^

Je me suis aussi souvent demandé si, au besoin, j'irais jusqu'au bout de mon engagement, et si on me proposait de rester tranquillement chez moi, quel serait mon choix ... Ben, je n'en sais toujours rien. Je partirais sans doute faire ce pour quoi j'ai signé ... mais on a signé pour quoi, réellement ? Ceux que je connais et qui se sont trouvés en situation de guerre réelle l'ont été ailleurs que sur le territoire français.
Alors bon, ma grande gueule et moi serions capables de partir faire pan-pan avec les méchants, ça oui, mais si je me retrouvais dans la même situation qu'en 1940-1945, là ... Est-ce que le devoir de servir son gouvernement et le pouvoir en place l'emporterait sur la conscience l'idée que je me fais de la France ? Mystère ...

Jean-Pierre Vandenabeele a dit…

@Pierre: merci de rectifier le tir.
Trop belle histoire que j'avais lue dans un histoire (vraie/romancée ?). Peut-être l'auteure faisait-elle plutôt référence aux autorités bruxelloises que belges. ...
Je rectifie donc : "anecdote à laquelle j'aurais bien voulu croire".

@Ingrid: étant un indécis, j'ais très peu d'humeurs, juste un peu d'humour. Je ne suis sans doute pas "l'indispensable" Jean-Pierre

Mademoiselle Catherine a dit…

@Jean-Pierre: Quand je parle de bonne petite révolution, il fallait évidemment y voir une sorte de pirouette finale dont le but était d'abréger cet article, ou j'aurais pu continuer ad vitam aeternam.
Bien entendu que le peuple, et aujourd'hui plus que jamais, adore qu'on lui dise ce qu'il a à faire, et c'est bien cela qui me désole dans notre société de consommation. C'est pourquoi je me suis posée la question des comportements d'autrui en cas de conflit, menant au constat évoqué: si jamais il devait y avoir conflit mondial, mes amis, on n'est pas dans la merde, car les gens sont contradictoires, et moi la première.
Je suis tout à fait d'accord en ce qui concerne le rôle de l'éducation, ne serait-ce que pour permettre aux gens (terme générique) de se forger une opinion propre, car nous vivons dans un monde de Moutons de Panurge où chacun a tendance à lorgner sur le voisin, que ce soit avec envie ou pitié (quand ce n'est pas avec mépris), et c'est bien dommage.

@Pierre: Mon Dieu... Moi aussi, j'avais envie d'y croire :(

@Gridou: Nous sommes d'accord sur le fait qu'aucune violence ne peut être bonne en quoi que ce soit. C'est sans doute pourquoi j'ai tant d'admiration pour celles et ceux qui ont mené la Révolution des œillets.
J'attends avec impatience la suite de tes réflexions.
(je vois en outre que Jean-Pierre t'a répondu, mais j'aurais pu te le dire: j'aurais sans aucun doute reconnu "notre" Jean-Pierre ^^)

@Bleu Cerise: Ben moi, à choisir entre partir au front ou rester tranquillement chez moi, c'est tout vu ;)

Aurélie a dit…

Je suis entièrement d'accord avec toi, il n'est pas facile de savoir ce que l'on fera dans ces conditions. J'ai toujours espoir que ce qui s'est produit ne se reproduira pas mais il faut bien que je cesse de rêver, l'Humain est égoïste par nature.
Comme toi, je pense qu'une révolution ferait le plus grand bien aux pays et à leurs gouvernements... 1789 n'a pas servit à rien, alors pourquoi pas? Mais là encore, vu à quel pojnt nous sommes fliqués, je doute que notre brave France, on puisse aller au bout des choses. Un rassemblement de 10 personnes étant pratiquement interdit désormais, je ne sais jusque quand nous aurons le droit de sortir de chez nous à 2 ou plus...
Sur ce, bon weekend!!! ;)

éric a dit…

Aurélie : «l'Humain est égoïste par nature.»

Je ne suis pas d'accord. Je crois qu'il devient égoïste par excès de sociabilité (pour ne pas étouffer) mais à la base, l'être humain est un animal grégaire et solidaire.

Comment, autrement, aurait-il pu évolué dans une nature hostile alors que ses enfants naissent "non finis" ?

Mademoiselle Catherine a dit…

@Aurélie: Ce sont justement les pays les plus fliqués qui offrent un terrain fertile aux révolutions.
J'ai quitté la France au tout début des changements, lorsque Sarkozy était Ministre de l'intérieur, et ne regrette absolument pas mon choix. cela dit, je ne sais pas comment je vivrais la situation actuelle dans l'Hexagone si, pour une raison ou une autre, j'y étais restée parce que nous sommes, malgré tout, attachés à notre petit confort.
Pas certaine qu'il s'agisse là d'égoïsme...
Bon week-end à toi*

@éric: C'est une charmante utopie que de redevenir ces animaux grégaires et solidaires dont tu parles :)

Anaïs a dit…

@Eric. Animal grégaire, oui... et puis c'est très vite la loi de la jungle !!!

@Mlle Catherine. Tu poses des questions qui font peur. Mais après la liste des articles achetés en solde c'est assez drôle^^

Bon, sur ce je me sauve au soleil -j'espère sinon je meurs !!!) 10 petits jours. Bises à tous.

Mademoiselle Catherine a dit…

Tant mieux si elles font peur: je me sens un peu moins seule, du coup ;)
Bonnes vacances Anaïs*

éric a dit…

La loi de la jungle ne s'applique qu'entre espèces diférentes (proie ou chasseur) pas au sein de la même espèce.

Bonnes vacances, Anaïs !

Que ta peau soit la proie du soleil pour que tu puisses chasser les Apollons de passage ! :)

Anaïs a dit…

La loi de la jungle dans le monde des hommes ne s'applique qu'à lui même qui est à la fois proie et chasseur ! A noter que dans le monde animal il y a pas pas mal d'espèces qui vivent en société avec des mâles dominants ^^

Je descends dans l'Hérault et en ce moment il y a de gros orages. Ca commence bien ! En tout cas merci beaucoup. Je boirai une caïpirinha en panssant à vous tous... (les appollons de passage je les attends de pied ferme ^^)

Sur ce j'éteins l'ordinateur... Clic !

Anaïs a dit…

Boirai une caïpirinha en PENSANT vous... Il y a des jours j'hallucine en découvrant les fautes que je fais. Je sais pourtant écrire non d'un petit bonhomme !!!

Mademoiselle Catherine a dit…

T'inquiète Anaïs: mon blog est bonté et tolérance ;)
Concernant la loi de la jungle (urbaine), je pense comme toi que l'Homme reste un loup pour l'Homme... et ça concerne aussi bien les femmes!

Tu feras la bise aux Apollons de passage*