lundi 25 juillet 2011

Méditation alternative

Il y a deux semaines de cela, j'ai participé à un atelier de yoga & shibari organisé par Charleroi/Danses et animé par Dasniya Sommer et Frances d'Ath.
C'est IsaB qui avait trouvé l'information au lendemain d'une conversation au sujet de leurs étranges chorégraphies en suspension. Une semaine plus tard, nous foulions le vertigineux escalier de La Raffinerie à Bruxelles pour ma première leçon de yoga depuis près de 20 ans...J'avoue ne pas y être allée sans quelque appréhension, car ma pratique du yoga se résumait alors à quelques postures ennuyeuses à mourir m'ayant vite fait décréter que ce sport n'était définitivement pas fait pour moi. C'était sans compter l'admiration que je porte à Dasniya Sommer dont l'approche du yoga m'a complètement réconcilée avec cette pratique : en tant que danseuses (et, accessoirement, yogis confirmées), elle et Frances d'Ath privilégient l'extension, le relâchement et l'équilibre du corps – trois aspects qui me font cruellement défaut dans la vie de tous les jours. Aussi ai-je été agréablement surprise par leur enseignement à la fois sportif et ludique, malgré quelques problèmes articulaires m'empêchant l'accès à certains enchaînements (de niveau avancé, il faut bien l'avouer).

Après 90 minutes de yoga quotidien (le stage durait cinq jours), nos hôtesses nous invitaient chaque après-midi à apprendre les bases du shibari qui est l'art d'immobiliser un corps à l'aide de cordes. Si la connotation sexuelle est hélas omniprésente dans notre société friande de détails croustillants, il s'agissait avant tout pour la grande majorité des participant/es d'arriver à lâcher prise en toute sécurité dans un environnement propice. Nous avons d'ailleurs eu plusieurs conversations en groupe pour définir les motivations et appréhensions de chacun/e, nos animatrices de charme ne manquant pas d'intégrer des jeux faisant la part belle au toucher.
Moi qui suis quelqu'un d'extrêmement réservé, il m'a fallu dépasser ma pudeur pour aller à la rencontre des autres membres du groupe parmi lesquels se trouvaient de nombreux danseurs habitués, eux, aux manipulations du corps dans un cadre autre que le cadre intime.

Car cela demande une certaine abnégation de se laisser toucher par quelqu'un que l'on ne connait pas : les codes sociaux occidentaux sont tels que le toucher est notre sens le moins sollicité au quotidien, et j'avoue que ça m'a fait énormément de bien de pouvoir expérimenter certaines choses dans un cadre sécurisé. J'avais certes déjà posé pour une amie de longue date qui manie la corde avec brio, jamais je n'aurais songé à me laisser suspendre face contre terre par un inconnu, ce qui fut pourtant le cas dès mon premier jour de stage – une expérience que je ne regrette absolument pas, car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, on est loin d'être passif en position "soumise" : l'attacheur se doit d'être extrêmement attentif aux réactions de l'attaché qui, lui, doit pouvoir faire comprendre ses limites de façon claire et précise puisqu'il en va de sa propre sécurité, tant physique que morale.
Ainsi, la communication non verbale est partie prenante de ce jeu où la moindre mimique revêt une importance capitale.Selon l'illustrateur Axterdam, on peut comparer l'art du ligotage à la cérémonie du thé. Leur pratique relève de la pensée méditative, autant que spirituelle et esthétique, teintée de senteurs, de sonorités et de goûts (in Osez le bondage, p.30. Éditions La Musardine, 2005), et c'est en effet son côté rituel qui me séduit dans le shibari : entravé, on devient plus réceptif aux gestes, aux bruits, aux odeurs – pour peu, bien entendu, que l'action se déroule entre adultes consentants, aussi est-il primordial de bien choisir son partenaire, qu'il soit "actif" ou "passif" – et il m'est important d'entretenir cette hypersensibilité (notamment tactile) que je me suis découverte au cours du stage.

En outre, cette semaine m'a amenée à réfléchir au sujet de ma perception du corps, de l'intimité, de la confiance et des interactions avec autrui, et je vous avoue ne pas avoir fini d'y cogiter...

Fond sonore : Siouxsie and the Banshees, "Playground Twist"
(Hanging from your daisy chains, swinging in the trees...).

(pour lire le compte-rendu d'IsaB, c'est par ici)

14 commentaires:

éric a dit…

Oups, ma claustrophobie se réveille...

Je me retire sur la pointe des pieds en tâchant de na pas tomber dans l'escaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhh ... lier !

Aïe.

:)

(p.s : marrant, j'ai un article en cours sur le lien, masi pas du tout du tout dans cette optique !)

Mademoiselle Catherine a dit…

Ahh, ton blog n'est donc pas en hibernation :)

(à ce sujet, est-il linguistiquement correct de parler d'hibernation en été?!)

éric a dit…

oui et non pour la remarque 1...

non et oui pour la remarque 2 !

:)

Aurélie a dit…

Je ne sais pas si j'arriverais à faire ce que tu as fais, ma pudeur et ma réserve en société étant maladives!

Mademoiselle Catherine a dit…

@Aurélie: Comme il s'agissait d'un petit groupe très bien encadré (et dont, a priori, tous les membres étaient là pour la même chose), la pudeur était ailleurs. De plus, ce stage étant organisé par le Centre chorégraphique de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, l'approche du shibari était radicalement différente de l'imagerie véhiculée par les clichés bondage/SM.
Je ne pense d'ailleurs pas que j'expérimenterais ce type de pratiques en public dans un cadre ouvertement sexuel...

Anna E. a dit…

Je pratique ce type d'activité toute l'année, mais surtout vers janvier et juillet (c'est tout ce que j'ai trouvé pour préserver ma CB :D).

♥♥♥

Pitming a dit…

Bon puisque personne n'a fait la remarque, je m'y colle...

Tu as payé pour te faire attacher ?
Mais je te fais ça gratuit moi !!!

ça, c'est fait.
Tant que je suis lancé: t'as pas des photos ?

voilà voilà... au plaisir de te lire...

Mademoiselle Catherine a dit…

@Anna E.: Si tu as besoin d'un coach pour les soldes d'hiver, je suis à ta disposition!

@Pitming: J'ai payé pour apprendre à le faire, nuance :p
Parce que les "maitres" autoproclamés, merci bien!

Quant aux photos: oui, j'en ai, et non, tu ne les auras pas (en te remerciant à l'avance de ne pas insister: j'ai peu d'humour quand il s'agit de ça, et d'autant moins quand d'autres personnes sont impliquées).

Pitming a dit…

Chère,

Inutiles de le préciser, tous les gentleman [putain comment on accorde se mot bordel de sac à foutre ?!?] savent que les femmes ont peu d'humour...

Mademoiselle Catherine a dit…

Gentlemen.

De rien.

Ness a dit…

Je trouve ça diablement intéressant, même si j'ai du mal à imaginer comment ça se passe concrètement. ça me remet dans la tête l'idée d'essayer le yoga...qui me laisse perplexe de l'extérieur mais vu que le mot d'ordre de mon entourage est "écoute ton corps mets ton cerveau en veilleuse", je pense que le premier pas serait de laisser la perplexité mentale au placard et de tester corporellement sans a priori... ce qui serait un énorme pas en avant en ce qui me concerne ... je pense que je vais commencer par ça :-)

Mademoiselle Catherine a dit…

Hélas, je pense que Dasniya Sommer n'est encore que la seule à proposer la formule yoga/shibari, et principalement au cours de stages (ceci dit, elle enseigne régulièrement le yoga à Berlin, si ça te tente :))...

Ce que j'ai trouvé très intéressant pour la personne la moins souple de l'univers que je suis, c'est l'usage des cordes au cours des exercices de yoga facilitant ainsi l'accès à certaines positions.

Et je suis persuadée, une fois que tu auras surmonté tes appréhensions, qu'il existe quelque part une forme de yoga pour toi :)

Les tests de Gridou a dit…

Dingue !
En tapant 'raffinerie' 'bruxelles' sur google images, en deuxième photo, je tombe sur toi !
Bises dis =)

Mademoiselle Catherine a dit…

WIN \o/

Après avoir constaté récemment qu'un de mes articles avait servi de base pour une fiche Wikipedia, je ne suis pas peu fière :)