mercredi 19 octobre 2011

Confessions d'une rancunière #2

Trois ans et demi de blog, ça a du bon. Notamment quand on peut relire ce qu'on affirmait quand on était jeune et jolie et se rendre compte à quel point on a mis de l'eau dans son vin depuis.

Bien que je ne pense pas avoir foncièrement changé, je me suis à la fois adoucie et renforcée avec le temps : si je reste une véritable tête de con à plus d'un titre, le fait de savoir désormais me tenir à l'écart de la plupart des emmerdeurs et autres bouffeurs d'énergie me confère une paix de l'esprit que je ne me connaissais pas il y a peu.Il se trouve que je suis devenue plus indulgente vis-à-vis de moi-même, car je me connais mieux, tout en l'étant beaucoup moins envers les autres parce qu'il me semble aujourd'hui – et ça n'a pas toujours été le cas – que, fondamentalement, les gens ne changent pas : si certains font preuve de capacités d'adaptation plus ou moins grandes en fonction de leurs traits de personnalité préexistants, il est excessivement rare que l'on assiste à des virages à 180°.
Ainsi, par exemple, ai-je dû me rendre à l'évidence que je passerai sans doute ma vie à avoir la rancune tenace, et il m'a fallu l'accepter.
Et, accessoirement, faire en sorte que cela ne me pourrisse plus la vie (ni celle des autres).


Je précise néanmoins que je ne suis rancunière que lorsque j'ai la désagréable impression que l'on se moque de moi (et, dans la très grande majorité des cas, après voir accordé un certain nombre de chances au "contrevenant", selon l'adage parfaitement stupide "Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l'autre"), mais au bout d'un moment, il faudrait arrêter de jouer tant avec mes pieds qu'avec ma patience (qui, tout comme ma capacité à relativiser, frôle parfois l'inconscience – ici aussi, j'ai fait du chemin, ayant appris au fil des ans à définir certaines limites).


Plutôt que de fomenter des scenarii de vengeance aussi improbables qu'irréalistes, j'en suis aujourd'hui arrivée à la conclusion que la plus belle des revanches est de prendre sa vie en main, tout simplement, et d'entretenir les liens dans lesquels nous nous sentons respectés et reconnus à notre juste valeur. Cela ne nous empêche nullement de traverser les différentes étapes du deuil, mais je suis convaincue que ce dernier se fait de manière plus douce quand on a des choses positives auxquelles s'accrocher.


Et plutôt que de me laisser ulcérer par des pensées vindicatives ou des espoirs insensés, je me rends compte aujourd'hui plus que jamais que, à défaut de pardon, rien ne vaut une saine indifférence...


Fond sonore : Ben Folds Five, "One Angry Dwarf And 200 Solemn Faces".

14 commentaires:

éric a dit…

J'aurais pu en écrire une partie... sauf que je ne suis pas rancunier, donc je gagne du temps ! :D
En cas de besoin, je coupe les ponts et basta ! Pas de préavis, pas de remords, pas de stress, droit devant.

Et entièrement d'accord avec le fait que les gens ne changent pas de caractère. Pas la peine de s'user la santé.

Si ça colle, on profite, si ça colle pas ou plus, suivant(e)s !
Et c'est valable pour les (ex-)amis, le boulot, les commerçants, les chats errants, les villes, les idées, les projets et même les bars ! C'est dire... :)

Mademoiselle Catherine a dit…

J'ai le deuil assez violent, j'avoue ;)

Anna E. a dit…

Nan, tu vois, l'indifférence, c'est le véritable apanage des véritables paresseux (genre moi) : ça fatigue trop de se venger, même de réfléchir à une vengeance. Je préfère m'asseoir au bord d'une rivière et attendre de voir les cadavres passer :)

Les tests de Gridou a dit…

Bravoooow ! Clap clap ! Yip yip Hurray !!!
Je ne suis pas rancunière pour un sou et j'ai le don de pardonner si vite qu'on me dit souvent que je suis bien bonne ! Et pourtant, je suis bien d'accord avec toi...
Et puis il reste les meilleurs, c'est ce que je me dis =)

Mademoiselle Catherine a dit…

@Anna E.: Je te renvoie ni une ni deux au fond sonore qui accompagne cette note:
"September '75 I was 47 inches high
Mom said by Christmas I would have
A badass mother G.I. Joe
For your little minds to blow
I still got beat up after class
Yeah, now I'm big and important
One angry dwarf and 200 solemn faces are you
If you really want to see me check the papers and the TV
Look who's telling who what to do
Kiss my ass goodbye
Don't give me that bullshit, you know who I am
I'm your nightmare little man
Vic, you stole my lunch money, made me cry
Jane, remember second grade?
Said you couldn't stand my face
Rather than kiss me you said you'd rather die
Now I'm big and important
One angry dwarf and 200 solemn faces are you
If you really want to see me check the papers and the TV
Look who's telling who what to do
Kiss my ass goodbye
You'll be sorry one day
Yes you will, yes you will
You shouldn't push me around
'cause I will, yes I will
You will be sorry when I'm big
Yes you will, yes you will
You will be sorry
Now I'm big and important
One angry dwarf and 200 solemn faces are you
If you really want to see me check the papers and the TV
Look who's telling who what to do
Kiss my ass
Kiss my ass
Goodbye" :D

@Gridou: Maintenant, j'dis pas que c'est facile à mettre en pratique non plus, hein ;)

dragrubis a dit…

Marrant ce poste, tu montre que tu a changée avec le temps mais tu n'admets pas que les autres puissent faire de même (alors qu'en fait tout le monde relativise avec l'age)

Mademoiselle Catherine a dit…

A aucun moment je ne dis avoir changé en profondeur, mais que certains traits de mon caractère se sont renforcé tandis que d'autres se sont adoucis. Par exemple, je relativise beaucoup (mais vraiment beaucoup) moins que par le passé...

Le fond et la forme, cher dragrubis: si cette dernière, j'en conviens, évolue avec le temps, le premier, quant à lui, me semble bien souvent inébranlable.

Véro a dit…

Rancune = Ressentiment tenace. Ressentiment = souvenir d’une offense, avec éventuellement le désir de s’en venger.

Souvent la rancune va de paire avec l’amour propre, avec le sentiment qu’on a de notre propre valeur Plus on pense être dans son droit, d’avoir tenu le « bon rôle » face à une situation, plus on en veut à la personne avec la quelle on s’est retrouvé en conflit. Et plus la personne est proche, plus l’injustice paraît énorme et plus le ressentiment est grand.

J’avais une amie avec laquelle j’étais très proche jusqu’au jour où nous avons eu un conflit d’intérêt dans l’organisation d’un covoiturage. Je lui apportais une aide sans contre partie l’année précédente et lorsque je lui ai demandé un service à mon tour, je me suis retrouvée face à un mur ! J’ai beau chercher ce que j’ai à me reprocher, je ne vois pas et ça fait plus d’un an que je ressasse… Pourtant je ne suis pas spécialement rancunière, je pardonne facilement… Je pardonne d’autant plus facilement que en temps normal je suis capable de me remettre en question, de voir mes erreurs et de les corriger, ou bien parce que je mesure en face la fragilité humaine, les blessures, la détresse, etc . Il y a plusieurs types de rancunes, parfois on t’en veut non pas pour ce que tu fais, mais pour ce que tu es…

Il est évident que le monde est rempli de trous du cul, mais parfois, il arrive aussi que ces trous du cul n’aient pas les bonnes cartes en main… à savoir les bonnes explications –et non pas des excuses fallacieuses- qui leur permette de comprendre pourquoi quelque chose ne fonctionne pas. Sans parler du mutisme dont certains sont friands et qui font que les trous du culs risquent bien de rester des trous du culs !

@eric. « En cas de besoin, je coupe les ponts et basta ! Pas de préavis, pas de remords… »

J’ai 100 fois plus de respect pour quelqu’un qui tire sa révérence après une bonne explication que le mec qui se barre sans un mot, hop du jour au lendemain y a plus personne. On se demande après pourquoi les gens deviennent parano… eh bien c’est parce que la plus part du temps, confrontés au silence, ils imaginent le pire !

J’ai eu par le passé une explication désagréable avec une internaute que j’apprécie beaucoup. J’ai trouvé qu’elle avait été injuste dans la mesure où elle me prêtait une attitude erronée, de mon point de vue bien sûr. Si j’avais compris dès le départ son besoin réel, et qui n’avait rien à voir avec les explications qu’elle me fournissait au départ, j’aurais incontestablement adapté ma manière d’agir, alors qu’à défaut de comprendre, je m’enfonçais dans la merde. Malheureusement, les motivations réelles sont parfois... inavouables, même envers soi, car elles ne collent pas avec le sentiment qu’on a de sa propre valeur… le fameux amour-propre. Et nous en sommes tous là… amour propre contre amour propre, certains évoluent, d’autres restent des trous du cul !

J’ai récemment pris des résolutions : celles d’arrêter de vouloir comprendre le comportement des gens (dans le genre pourquoi tartanpion du jour au lendemain ne me parle plus !) et de m’adapter. Style : Conduis-toi avec les autres comme ils se conduisent avec toi -dans les limites de la correction et de la morale-. Mais bon, j’avoue que j’ai du mal… je trouve qu’il y a quelque chose de m’en-foutiste là-dedans. Je ne suis pas irréprochable (dans le genre brut de décoffrage, je tiens aussi ma place, sans parler de tous mes autres défauts, aïe, aïe…) et si je suis blessante – ou trou du cul- de par mon attitude j’aime autant le savoir et corriger le tir autant que possible !

Sur ce, je te prie de me pardonner pour ce commentaire envahissant (c’est un sujet qui me tient à cœur tant j’ai de rancuniers autour de moi, à commencer par ma propre sœur –et ça nous a pourri la vie-)

Amicalement
Véro

éric a dit…

Véro : « J’ai 100 fois plus de respect pour quelqu’un qui tire sa révérence après une bonne explication que le mec qui se barre sans un mot, hop du jour au lendemain y a plus personne. »

Entre ces deux extrêmes, il existe des tas de situations qui amènent à couper définitivement les ponts après ou pendant "l'explication"... voire avant.
C'est plus rare mais parfois nécessaire.

Il faut aussi que ladite explication soit rendue possible en autorisant les échanges... ;)

Bref, mon amour-propre se sent un peu visé par ta remarque qu'il trouve injustifiée.
Bon, au moins je me rends compte que j'ai encore un amour-propre.
Toujours ça de gagné, merci ! :D

Véro a dit…

@éric. OK, navrée/contente -au choix- pour ton amour propre !

Sorry, ce "je coupe les ponts et basta ! Pas de PREAVIS, pas de remords..." je le trouve un peu raide.

Autrement, ton message est reçu 5/5, ce qui prouve bien qu'il ya toujours moyen de les faire passer ! ^_^

Avec mes respects... (un peu solennel, non !)

PS : Le soucis avec l'amour propre c'est qu'il a intérêt à être bien dosé : trop ou trop peu et c'est le bordel !

Mademoiselle Catherine a dit…

@Véro: Nous sommes hélas très inégaux face à la communication.
Si je privilégie le face-à-face, il faut généralement être deux (ou davantage) pour que celui-ci puisse avoir lieu, et les couards qui font comme si de rien n'était alors qu'il y a conflit ne méritent, de fait, que mon indifférence (après une phase de mépris bien légitime).
Ça n'aide en rien à panser les blessures d'amour propre - et ce sont d'ailleurs celles-ci qui pavent le chemin de la rancune: à moins de se sentir profondément blessé, il n'y aucune raison d'en vouloir à quelqu'un, et il est parfois terriblement difficile de faire comprendre à autrui que l'on s'est senti rabaissé, humilié, vexé par ses comportements, car dans l'émotion, il est souvent délicat de trouver les mots justes, tout comme il n'est jamais simple de demander (sincèrement) pardon à quelqu'un.

Je pense que c'est bien souvent une question de timing: il faut que tous les protagonistes soient prêts, et ils ne le sont pas toujours en même temps ;)

Véro a dit…

"Les blessures d'amour propre pavent le chemin de la rancune: à moins de se sentir profondément blessé, il n'y aucune raison d'en vouloir à quelqu'un"

Je suis totalement d'accord avec toi... le tout est de savoir qu'est-ce qui nous blesse si facilement ? Qu'est-ce qui nous rend vulnérables ? Et donc la saine indifférence me paraît être le chemin de la facilité, ça ne résout pas grand chose, c'est un peu comme si on portait une armure qui ne protège que la face avant.

Selon moi, les blessures sont provoquées par un excès ou par un manque d'amour propre à différents degrés.

Ma soeur par exemple n'avait pas d'amour propre. L'opinion qu'elle avait d'elle même était si déplorable qu'elle en voulait à tout le monde du moindre coup qu'elle croyait recevoir. Moi je pêche par excès. J'admets difficilement ne pas être la personne admirable que je rêve d'être... ^_^ Et quand on me reproche une attitude qui me rabaisse au rang de personne ordinaire, vlan, je me sens blessée. J'en ai conscience et ce qui m'aide à éviter la rancune.

Bref, honnêtement Mademoiselle Catherine, je crois que ce qui peut nous armer le mieux pour vivre sainement avec notre entourage c'est de travailler notre ego : Plus on jette un regard réaliste sur la personne qu'on est moins on est vulnérable. Après, cela n'empêche pas qu'il y a des cas desespérés, des gens complètement hermétiques, avec lesquels il vaut mieux couper les ponts.

En tout cas j'en profite pour te demander pardon... sincèrement !

Mademoiselle Catherine a dit…

Je pèche sans doute par manque, c'est pourquoi, comme je le mentionne dans ma note, il m'est tellement important aujourd'hui de me concentrer sur les choses qui me tirent vers le haut plutôt que vers le bas (tant qu'à faire...), me permettant ainsi d'améliorer l'image que j'ai de moi.

Ceci étant dit, je n'attendais aucune excuse, tu sais: si j'ai été agacée à un moment, il y a bien longtemps que je n'y pensais plus!
Mais bon, tant qu'on y est: pardonne-moi si j'ai été désagréable avec toi - il se trouve que je me sens vite "envahie", aussi est-il certainement utile d'avoir des piqures de rappel de temps en temps pour mieux y remédier ;)

Véro a dit…

^_^