mardi 15 novembre 2011

Hors catégorie

Avez-vous déjà remarqué à quel point la société dans laquelle nous vivons aime les cases, castes et autres classifications ?
Je dirais même plus : elle ne les aime pas, elle les adore !

Outre la multiplication parfois obscure des (sous-)genres littéraires, cinématographiques et musicaux, l'être humain est lui-même volontiers catalogué – d'un point de vue professionnel (étudiant, salarié, chômeur...), sexuel (homo, hétéro, bi...), médical (cardiaque, allergique, diabétique...) ou autres.

Rien que notre style (ou non-style) vestimentaire contribue à nous classer dans l'une ou l'autre catégorie, d'où mon grand plaisir à brouiller les pistes dès que l'occasion se présente. La musique est un bon exemple : quand j'ai commencé à composer mes chansons douces-amères, comme mentionné précédemment, je ne connaissais rien du style qui allait devenir le mien. Mes principales "influences" étaient alors (et sont toujours) mes limites à la guitare, car mes connaissances extrêmement limitées de mon instrument ne me permettaient pas de faire autre chose. Du coup, on est venu me parler de musiciens pour la plupart totalement inconnus au bataillon, et c'est finalement ma propre musique qui m'a fait découvrir quelques uns des artistes qui font aujourd'hui partie de mes indispensables.
À l'inverse, beaucoup de personnes continuent d'être très étonnées par mes chansons quand elles les entendent pour la première fois, car, me connaissant, elle s'attendent généralement à quelque chose de beaucoup plus énergique de ma part.
Mais l'énergie et la douceur ne sont-elles pas les deux faces d'une même pièce ?
Et le fait d'avoir une pratique artistique régulière me permet d'harmoniser mes paradoxes.

Je dois d'ailleurs avouer que j'apprécie énormément ma position d'électron libre, car elle me permet de ne pas avoir à suivre les règles et codes tacites liés à l'un ou l'autre milieu et de papillonner ainsi au gré de mes envies d'une sphère à l'autre. Bien qu'appréciant cette liberté que je m'accorde, il m'arrive régulièrement de me sentir le cul entre deux chaises de part cette absence de "classification".
Ainsi, pas mal de personnes de mon entourage me qualifient aisément de "féministe" en raison de ma réflexion récurrente sur le sujet, tandis que certaines féministes radicales verront en moi une traîtresse qu'il convient de pendre par l'immense paire de couilles que j'ai, parait-il, dans la tête.
Pour ma part, et je l'ai dit assez souvent, je me perçois comme une femme émancipée pour laquelle l'égalité des chances sera toujours plus importante qu'une hypothétique égalité des sexes.

Je vois néanmoins d'un très mauvais œil l'ingérence de certaines organisations – gouvernementales ou non – dans la vie privée des gens, car j'estime que le fait que l'on soit marié, veuf ou célibataire ne regarde pas plus autrui que notre date de naissance.
Et pourtant, ces mêmes gens sont souvent les premiers à se mettre volontairement dans des cases, affichant fièrement leur statut marital et leur anniversaire sur leur profil facebook* ou autre – quand ils n'affichent pas carrément leurs préférences sexuelles.
Or, selon moi, nos opinions – qu'elles soient politiques, religieuses ou sexuelles – relèvent de l'intimité, et il m'est important de rester discrète à ce sujet, non pas pour préserver un quelconque mystère, mais tout simplement parce que ça ne regarde que moi et quelques proches.

De la même manière, je suis parfois choquée lorsque quelqu'un me parle de ses amis homosexuels alors que jamais il ne lui viendrait à l'esprit d'apporter la précision quand les dits amis sont hétéros. En quoi notre appartenance sexuelle, ethnique ou que-sais-je ferait-elle de nous quelqu'un de plus ou moins intéressant ?

Certains y verront de ma part comme une forme de politiquement correct exacerbé, à moins que ce ne soit perçu comme un certain snobisme, une façon de clamer haut et fort "Je suis unique", mais être unique, n'est-ce pas déjà être comme tout le monde ?

Alors autant l'être sans s'encombrer des conventions inhérentes à un groupe prédéfini...

Fond sonore : Wave Machines, "Punk Spirit".

*en parlant de facebook...
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17 commentaires:

Aurélie a dit…

J'adhère à 100%!!!

éric a dit…

Anarchy in the ukases !! :D

Mademoiselle Catherine a dit…

@Aurélie: Le compte est bon :)

@éric: ...ou "in the you-case" ;)

dragrubis a dit…

HAHA ça me fait rire, oui on catégorise tout c'est l'un des éléments essentiel à notre compréhension du monde, ainsi en catégorisant les gens et les choses de manière subjective (et oui c'est rarement objectif) ça nous permet de nous rassurer, et de comprendre notre propre vie. s'autoproclamer hors catégorie s'est déjà se positionner soi même hors de notre propre catégorisation.

Alors oui j'ai des étiquettes pour tout ce (et ceux) que je croise, parce que c'est plus simple dans bien des cas mais la plupart des étiquettes ne sont pas exclusives ni définitives. Collègues, femmes, hommes, geeks, rôlistes, blogueur(se)s, chats, chiens, vêtements pas glop, coupe de merde, carpette tâchée, carpette à tâcher, films à conseiller pour tel état d'esprit, musique du matin/du soir/de la journée/de mauvaise humeur/d’ascenseur...

Mademoiselle Catherine a dit…

Je comprends que pour beaucoup de gens, ces grandes lignes dans lesquelles se classer soient rassurantes - or, quand on a, comme moi, tendance à s'intéresser à 1001 choses, les cases proposées sont souvent trop petites.

J'ai justement commencé à me comprendre moi-même quand j'ai cessé de chercher à me cataloguer, c'est-à-dire quand mon besoin d'appartenance a quitté le superficiel (les dites cases) pour atteindre une dimension selon moi plus profonde - quand je me suis accordée le droit, justement, de ne pas être là où l'on m'attend parce qu'il existe bien trop de choses d'intérêt dans toutes les cases - ou presque.

Comme tu le dis, les étiquettes que l'on (se) met un jour n'auront peut-être plus de raison d'être le lendemain. Raison de plus pour s'en émanciper autant que possible.

Véro a dit…

J'en suis arrivée à penser que les gens -pour la plus part- rentrent volontiers dans des cases simplement à cause d'un besoin irrépressible d'être aprouvés dans leur choix. Plus il y a du monde pour approuver, plus la case est grande et plus on y rentre volontiers. ça ne doit pas être évident d'être un electron libre nagigant entre les cases... Mais bon... c'est p'têt pas comme ça que ça fontionne !

Véro a dit…

naVigant... godfordum !

innerisland a dit…

comme le dit dragrubis, catégoriser rassure, mais à mon sens plutôt les autres que soi-même. penser qu'on comprend quelqu'un quand il se rattache à des petites cases confortables est sans doute plus facile que de prendre le temps de découvrir ce qu'on ne peut appréhender du premier coup. vous avez déjà remarqué que souvent, quand on rencontre quelqu'un, on lui demande ce qu'il fait dans la vie? et hop en 4 mots (parce que si on développe plus en détail, souvent on n'est pas écouté), on doit se définir aux yeux de l'autre. et on a plutôt intérêt à rentrer dans l'une ou l'autre de ces petites cases parce qu'on lit vite dans les yeux de son interlocuteur au mieux l'intérêt, au pire la pitié ;-)
les petites cases ne sont rien d'autres que des jugements déguisés...

Mademoiselle Catherine a dit…

Ahhh, le sacro-saint "Tu fais quoi dans la vie?" merveilleusement immortalisé par Bell Oeil...
Pour ma part, je réponds généralement par "Plein de choses", à moins que je ne sois d'humeur taquine, auquel cas "comptable" et "infirmière" remportent un certain succès - le premier pour se débarrasser des importuns, le second pour gagner l'intérêt de son vis-à-vis :D

Anna E. a dit…

Suffit de faire des cercles, comme Google +.

:D

Mademoiselle Catherine a dit…

Si je t'explique comment je "classe"(hum-hum) mes nombreux livres, disques et films (et Dieu m'est témoin que je retrouve toujours - et rapidement - ce que je cherche!), tu comprendras combien il m'est difficile de mettre les gens dans des cases (si ce n'est "les gens que j'aime bien" et "les gens auxquels je n'ai rien à dire").
A suivre, peut-être, dans un futur billet...

Les tests de Gridou a dit…

Ta réponse "plein de choses" correspond bien à ma réponse "un peu de tout" =)
J'ai toujours été hors case, mon instit' de première primaire l'avait d'ailleurs dit à mes parents. Je n'en souffre pas, je tente de me fiche des autres et de leur besoin de mettre les gens, les choses, les idées et mêmes les idéaux dans des cases.
Je ne les juge pas, s'ils ont besoin de cela pas de souci, mais qu'ils m'emmerdent pas non plus...

Captcha : moroutor. La mort ou le tort... Oh ben je prends le tort !

Mademoiselle Catherine a dit…

Je trouve tellement plus agréable de se définir en tant qu'être humain aux multiples centres d'intérêt plutôt que par sa profession (ou absence de profession) et n'ai jamais très bien compris en quoi notre statut professionnel pouvait en dire long sur notre personnalité (à moins d'exercer un métier auquel nous sacrifions notre vie ce qui, je dois bien l'avouer, est une idée qui ne me séduit absolument pas!).

En plus, ça me plait beaucoup de brouiller les pistes, ne serait-ce qu'en reprenant Justice ou Nine Inch Nails en concert :D

éric a dit…

Et quelle reprise !

T'as vraiment une putain de voix !!

(je sais, c'es pas le sujet, mais tu me donnes l'occasion de le dire, so... ;) )

Mademoiselle Catherine a dit…

Nan, mais n'en jetez pas trop: après, je vais avoir la tête aussi grosse que mes chevilles et ne rentrerai plus dans mes pulls ni dans mes chaussettes!

éric a dit…

un prochain concert à poil ? :)

Mademoiselle Catherine a dit…

Évidemment, si je tends le bâton pour me faire battre...