lundi 25 juin 2012

L'art de rester humain


Laissez-moi vous parler de ma recherche d'emploi.
Oh, rassurez-vous : je ne compte pas m'épancher comme une pauvre petite malheureuse parce que je ne suis pas douée à ce jeu-là, mais si ce blog peut me servir d'exutoire pour verbaliser ce qui commence à ressembler à un raz le bol, j'accepte ce support avec gratitude. C'est sans doute ce qui me permet de ne pas péter les plombs...

Il me semble en effet que beaucoup de gens gardent une idée très arrêtée au sujet du chômage, car dans l'inconscient collectif, les demandeurs d'emploi sont encore trop souvent associés à des inadaptés sociaux qui passent leur vie à se gratter les couilles devant la télé. C'est oublier un peu vite que plus de 7% de la population active belge est au chômage* (et près de 20% dans le seul bassin liégeois).

Ces chiffres, non contents d'être de formidables outils de pression pour des employeurs peu enclins à augmenter les bas salaires, semblent en outre donner le droit à certains individus plus ou moins "haut placés" de flatter leur ego au cours de séances d'humiliation publique appelées entretiens d'embauche.
Si je n'ai certes eu l'occasion de croiser ce type de personnage qu'à une seule reprise, l'onde de choc fut telle qu'elle a profondément ébranlé ma motivation.
Et bien que j'en sois, d'une certaine façon, reconnaissante, car je sais désormais à quoi m'attendre, je ne peux m'empêcher de penser aux chômeurs de longue durée pour lesquels un entretien de ce type doit laisser de profondes blessures d'amour propre, et je peux comprendre que les plus fragiles se réfugient dans l'alcool ou dans la violence (bien que cela n'excuse rien).

Ce que je ne comprends pas, en revanche, c'est ce qui peut pousser des gens visiblement intelligents à humilier autrui de la sorte. Si c'est pour eux une façon de se sentir exister, je suis fort aise de ne pas avoir à travailler à leurs côtés parce que je me passe volontiers de ce genre de rapports de force.

Traitez-moi de naïve si ça vous chante, à mon sens, étant donné que l'on passe une partie non négligeable de son temps au travail, autant le passer dans de bonnes conditions. S'il n'est pas nécessaire pour cela de faire copain-copine avec l'ensemble du personnel, un minimum de courtoisie et de savoir-vivre sont néanmoins les bienvenus : quand bien même la personne en face de nous ne serait qu'un quelconque "sous-fifre", elle n'en est pas moins un être humain.
Un être humain avec ses défauts et ses qualités.
Un être humain dont nous avons certainement des choses à apprendre, qu'il soit technicien/ne de surface, concierge ou agent de sécurité.


Fond sonore : A Guy Called Gerald feat. Louise Rhodes, "Humanity".

*une petite précision s'impose au sujet de ce chiffre qui se situe en deçà de la moyenne européenne (environ 10%) : il convient de savoir que bon nombre de chômeurs ont été radiés des listes au cours des derniers mois pour faire baisser ces moyennes de façon totalement artificielle. Suite à leur expulsion du chômage, ces personnes grossissent aujourd'hui les chiffres des Centres publics d'action sociale.

15 commentaires:

Lazarus a dit…

Pour être violente et se réfugier dans l'alcool tu n'as pas attendu ta mésaventure avec la DRH en question.
Naïve.

lalydo a dit…

Bien dit!

Mademoiselle Catherine a dit…

@Lazarus: Je me réfugie dans l'alcool pour oublier que je fréquente des mecs comme toi...

@lalydo: N'hésite pas à faire tourner l'article s'il te parle :)

Maylala a dit…

25% chez moi... Et très majoritairement des jeunes, bien sûr :/


Le problème est à prendre aussi un peu dans le désordre, je crois.
C'est avant d'être sur le marché de l'emploi que ce mépris est vécu et blesse à l'amour-propre, sournoisement, et à mon avis, fait des chômeurs parés à tout encaisser sans plus protester. Comme si c'était mérité...

Heureusement qu'il en reste pour se rappeler que ce n'est pas normal, au moins.

Mademoiselle Catherine a dit…

Comme je le dis dans mon article, le chômage sert pour beaucoup à maintenir des salaires bas. En ce sens, c'est un outil de pression terrible, tant entre les mains des employeurs peu scrupuleux que des gouvernements dont on se demande s'ils cherchent réellement à changer la donne.
Et il convient d'éduquer les gens, qu'ils soient travailleurs ou chômeurs, pour leur permettre de ne pas se laisser marcher sur les pieds, mais qui a encore les épaules de faire de la résistance?

C'est sans doute facile de le faire dans ma position, mais une personne peu qualifiée qui a une famille à nourrir et des frais autrement plus élevés que les miens est hélas beaucoup plus malléable, et ça m'attriste d'autant plus que je me sens complètement impuissante face à la situation actuelle...

Anonyme a dit…

ça me rappelle quelques missions d'intérim que j'ai effectué quand j'étais plus jeune et que je me "sous vendais" par manque de postes disponibles dans ma compétence.
On nous prenais pour da la M.... il fallait arrivé le matin avec nos propres outils (condition d'embauche bien sur seulement verbale ... ;-)) et j'étais affecté à des taches ingrates sous prétexte d'apprendre le métier (ça je l'ai bien appris ...;-) )
Pour contrecarrer tous ça il y a fallu que je passe un deal avec "l'exploiteur missionnaire" en lui faisant comprendre que comme j'avais plus de compétences que lui j'effectuai les taches délicates requièrant un savoir faire qu'il n'avait pas et en contre partie il me plaçait là ou le boulot était le moins dure
La guerre économique, c'est malheureusement une vrai guerre ...
bonne chasse au boulot Mlle
Niko (qui se gratte les couilles devant la télé mème avec un CDI ... ;-) )

Mademoiselle Catherine a dit…

Il est vrai que j'entends plus souvent parler de gens qui se grattent les couilles sur leur lieu de travail que de demandeurs d'emploi qui se grattent les couilles devant la télé...
Le monde est mal fait, parfois !

Merci pour tes encouragements :)

éric a dit…

Peut-être ouvrir un salon de massage avec une section "grattage de couilles" (et une réduction pour les chômeurs... une réduction du tarif, hein, pas des couilles !) ? :D

Océane a dit…

Je découvre ton billet (et ton blog) par Lalydo qui a eu la bonne idée de le partager. je te suis totalement dans tes propos, sur la pression, la manipulation, et le peu de moyens de réactions que peuvent les gens dans ta situation. ce qui m'énerve quand les gens disent que le code du travail encadre trop les "Patrons", comme si les employés étaient surprotégés, tu parles, la réalité sur le terrain est tout autre, et des règles de protection ont beau exister, quand on n' a pas le choix, on se tait. Bref, un billet très réaliste, merci !

Anonyme a dit…

ça c'est une idée Eric !!! la réduction de couilles (comme les tètes provenant d'océanie au 18/19eme siecle qui étaient vendues fort chère sous le manteau) à décliner en porte clef avec un jolie tatouage ethnique dessus fait à la main (féminine) bien sur ... :-D (ne pas forcer sur l'aiguille de l'instrument à tatouer sous réserve de "fuite" de bébé ... :-D)
Je m'en vais de ce pas faire ma carte de don d'organes ... :-DDDD
Niko (importateur officiel pour l'europe de couilles réduites)

Mademoiselle Catherine a dit…

@éric & Niko: Vous êtes biesses :D (et je peux vous mettre en contact avec un apprenti tatoueur de ma connaissance pour mettre en place votre projet, si vous le souhaitez...)

@Océane: Bienvenue et merci pour ton intervention. N'hésite pas à partager ce billet si tu lui trouves une quelconque utilité :)

Anonyme a dit…

Heuuuu .... gloups (c'est où qu'on clique pour le repentir?).... ;-D
Niko

Jeanne a dit…

Le pourcentage de personnes sans emploi est encore plus élevé chez les jeunes : belle façon de commencer la vie ! :-(

Je trouve honteux qu'on reporte sur les individus la responsabilité du chômage, qui est en réalité une nécessité du capitalisme. Ce que tu dis sur le chômage qui maintient les salaires bas est tellement vrai, quand on voit nos gouvernements néolibéraux qui veulent faire passer des lois pour "obliger les chômeurs à travailler" :

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/05/11/002-chomage-changements-front-commun.shtml

Wakajawaka a dit…

@Jeanne : il y aurait tant à dire à ce sujet.

Je regrette de devoir abonder à tes propos, car j'aimerai un monde bien moins cynique en ce domaine.

Il y a deux jours j'ai entendu sur France Inter un flash. Disant qu'une des données inquiétantes concernant le chômage actuel était la très forte augmentation de personnes de plus de 50 ans sans emploi depuis plus de trois ans.

Je me dois de rapprocher cette information des propos tenus à la représentante de Pôle Emploi par le représentant du MEDEF lors des dernières "Assises pour l'Emploi", qui fit injonction aux partenaires sociaux d'arrêter de leur adresser des personnes au chômage depuis plus de deux ans ayant passé la quarantaine.
Il conclut son injonction par ces mots : "nous n'en voulons plus".

Le chômage est un peu comme l'obsolescence programmé. Il est utile à une certaine vision du "marché" et peu importent les dégâts.

Du coup, les machines à exploiter cette détresse racolent à tout va (associations "intermédiaires", coachings, pseudo-formation de reconversion, stages en tout genres, etc. les sans-emplois sont une mânes pour ces sociétés).

Le message final est toujours le même : si les chômeurs le sont, c'est de leur faute.
Ils sont "inadaptés", "dépassés", "manquent de souplesse"... la liste des tares et des culpabilités qu'on leur fait porter est presque sans fin.

Le pire, c'est qu'à force de se l'entendre répéter, certains finissent par le croire.

Mademoiselle Catherine a dit…

@Jeanne & Wakajawaka: Le pire dans tout ça, c'est que la relève est d'ores et déjà assurée :(