dimanche 15 juillet 2012

Refermer la boite de Pandore

Je n'en avais jamais parlé ici, par pudeur, et aussi par respect pour cet homme qui m'avait fait souffrir parce qu'il était lui-même en souffrance, mais je crois que le moment est venu de faire le point sur cette rupture qui date de plus de trois ans et qui, d'une certaine façon, pourrit encore ma vie sentimentale.
Je décide d'en parler parce qu'il faut que ça sorte autrement qu'en termes de regrets et que coucher les mots par écrit m'a toujours fait beaucoup de bien.
Et que ces trois années me semblent d'autant plus longues qu'il a entre temps refait sa vie de son côté sans même daigner m'adresser la parole – peut-être parce qu'il ne garde du temps que nous avons passé ensemble que des souvenirs confus alors que moi, je me souviens, sans doute un peu trop bien.

Dans le fond, les souvenirs, c'est ce qu'on en fait, et il suffit parfois d'un rien pour qu'on se les reprenne en pleine face avec une violence inouïe à un moment où l'on est persuadé (parce qu'on tente de s'en convaincre) que ça va pourtant mieux. Et c'est parfois cette même violence qui nous permet de boucler la boucle et de refermer la boite à souvenirs pour enfin passer à autre chose, faire le deuil et aller de l'avant.

Pardonner aussi. Pas à l'autre, non, car certains comportements sont impardonnables et qu'il ne faut pas excuser à tout prix, mais à soi-même. Se pardonner d'avoir tiré sur la corde déjà effilochée, d'avoir espéré envers et contre tout et de ne pas avoir su que faire de toute cette expérience emmagasinée trop vite, trop mal.
Se dire que l'on est probablement le moins à plaindre des deux parce qu'on a eu le courage de faire face plutôt que de chercher à faire table rase, même s'il nous semble profondément injuste d'y avoir passé autant de temps.

Dans mon cas, l'immense sentiment d'échec lié à cette rupture est allé de pair avec une douloureuse remise en question qui s'est poursuivie pendant trois ans. Trois ans durant lesquels j'ai continué de jouer le jeu des relations affectives sans vraiment y croire, bien que j'en aie réellement eu envie parfois. Trois ans de rencontres artistiques, amicales, sexuelles mais jamais vraiment amoureuses. Parce que, rancœurs et regrets étant encore trop présents, je ne me sentais pas prête et refusais obstinément – et très inconsciemment – de faire payer à d'autres ce que j'avais traversé.

Bien que j'aie décidé de n'en garder que les bons souvenirs (et ils sont nombreux), il m'est difficile de passer outre l'inquiétude, les humiliations, la violence auxquels j'ai été confrontée au cours de cette relation.
L'inquiétude de ne pas le voir rentrer.
Les humiliations en public.
La violence de ses mots et parfois de ses gestes.

J'ai su partir avant que ça ne dégénère, et je sais qu'il m'en a beaucoup voulu pour ça, tout comme son entourage qui me l'a fait intensément sentir alors que je ne faisais que sauver le peu d'amour propre qu'il me restait à l'époque...

Fond sonore : Sia, "Healing is difficult".

11 commentaires:

lalydo a dit…

Se noyer dans une relation n'est jamais bon mais en sortir est toujours difficile car on remet en question des bases sur lesquelles on s'appuyait.
C'est long 3 ans, mais cela ne pourra que t'être bénéfique, j'en suis certaine!

Mademoiselle Catherine a dit…

cela ne pourra que t'être bénéfique
C'est bien ainsi que je vois les choses, malgré le sentiment, parfois, d'avoir perdu beaucoup de temps.
Pourtant, ce temps "perdu" m'a servi à me recentrer sur moi-même et à m'entourer de personnes dont la présence a soigné les plaies et les bosses, bien que je garde des cicatrices. Mais je n'ai plus le nez dessus comme par le passé, sauf quand certains événement extérieurs réveillent la douleur...

Cécile a dit…

C'est du temps, du temps de vie, qui t'as fait souffrir mais aussi t'as permis comme tu l'écris, de te recentrer. C'est tellement difficile de se sortir d'une relation toxique, félicite toi de l'avoir fait. Plein de bises.

Lazarus a dit…

Free HUGS à toi !

Mademoiselle Catherine a dit…

@Cécile: J'en ai conscience, et dans le fond, je ne regrette pas d'être passée par là parce que ça m'a fait grandir, d'une certaine manière.
Et je me sens bien plus solide aujourd'hui pour apporter mon soutien à mon entourage quand il en a besoin :)
Plein de bises à toi ♥

@Lazarus: Justement, on se faisait la réflexion à la vue d'une fille qui portait une pancarte "free hugs" aux Ardentes que l'année prochaine, on ferait bien ça avec des potes... Tu en es?! :D

éric a dit…

« Se pardonner d'avoir tiré sur la corde déjà effilochée... »

Wahou ! Je suis jaloux de cette phrase ! :)

Déjà, tu en parles, c'est bien.
De plus, tu sais mettre des mots sur des ressentis difficiles et surtout, petit à petit mais par la grande porte, tu t'extrais de cette histoire qui t'embourbait le coeur et l'esprit.

Go ahead !

Voilapapa a dit…

Le temps est sûrement ton meilleur allié, il est de ton côté :-) Ces 3 années prendront certainement leur sens plus tard, quand il sera l'heure de se retourner sur ces années que tu as courageusement décidé de gagner.

kim a dit…

De ma propre expérience (et pas seulement en relations amoureuses en fait), si j'ai bien dû constater quelque chose, c'est que ce sont les rares personnes qui savent se remettre en question qui souffrent le plus. L'intelligence de l'esprit est parfois un handicap, accepter de se regarder pour grandir n'est pas le chemin le plus facile... Mais c'est certainement le plus beau...

Mademoiselle Catherine a dit…

@éric: Je commence à percevoir le tunnel au bout duquel il y a la lumière et ne compte pas m'arrêter en si bon chemin!

@Voilapapa: Tout à fait. Dans le fond, je me dis que ce temps "perdu" me permettra d'en gagner beaucoup à l'avenir, tout simplement parce que mon instinct est devenu plus fiable.

@kim: L'intelligence de l'esprit, c'est aussi savoir, à un moment donné, vers où l'on va plutôt que de se laisser porter par les événements ou ce que la société attend de nous. Comme tu le dis, c'est un chemin difficile qui nous permet néanmoins de préserver notre individualité. Et je ne regrette pas d'avoir pris ce chemin-là.

Wakajawaka a dit…

Des échos.
Cette boîte de Pandore réveille plein d'échos que je passerai sous silence, de peur de les réveiller.

Car comme tu le dis "il suffit parfois d'un rien pour qu'on se les reprenne en pleine face avec une violence inouïe".

Le pardon ? Il faut du temps, et en effet, certaines choses ne peuvent se pardonner.
Les échecs, les déchirures, les violences, je crois que leur trace reste indélébile.
Reste l'acceptation qui "pose" ce passé passé à sa place : "dans le temps" avec toutes les douleurs qui lui appartiennent.

Les blessures à l'amour propre sont souvent les plus vives.
Celles qui nous font douter de notre valeur à nos propres yeux et se demander... trop de choses en fait.

Tu as su rompre.
Beaucoup n'ont pas la présence d'esprit de le faire avant qu'il soit trop tard.

Parfois, on tente de "se redonner une chance", de tirer un trait sur le mal passé, et d'essayer de reconstruire.
Ça ne marche que bien peu souvent. Car tout réside dans la capacité de l'autre à évoluer (et nous aussi bien sûr)mais les humains sont terriblement résilients, et les mauvaises habitudes de revenir...
Mais lors : on se crée une trappe bien plus périlleuse que le piège dont on venait de sortir, car nous en somme l'acteur principal.

(Après cet affligeant étalage de banalités je crois que je ferais mieux de me coucher. allez zou : au lit ! ).

Mademoiselle Catherine a dit…

A moins d'être amnésiques, nous portons tous la marque plus ou moins prononcée de notre passé, et chacun a sa façon de faire avec - certain/es ressentent le besoin de ressasser, inlassablement, les mêmes rengaines, tandis que d'autres la montreront de façon plus conceptuelle à travers une pratique artistique (on ne dira jamais assez de bien de la valeur cathartique de l'art). D'autres encore choisissent de camoufler tant bien que mal, soit en s'imposant un silence complet ou en ne partageant leurs fêlures qu'à quelques "happy few" (amis, famille, thérapeutes...).

Et bien que le passé soit, d'une certaine manière, toujours présent (you may be through with the past, the past ain't through with you), il faut être fou pour trébucher sur ce qui est derrière nous (proverbe yiddish).

L'essentiel, je pense, est toujours de savoir en tirer les leçons.