mardi 11 septembre 2012

Sexual nature

Au cours de mon dernier séjour à Londres, j'ai en diverses occasions été amenée à réfléchir au sujet de mon intérêt pour les questions relatives à la sexualité.
Le fait est que cela fut à une certaine époque une façon pour moi de me réapproprier la mienne, et la théorie m'offrait alors tout le confort et la sécurité dont j'avais besoin. Ainsi me suis-je penchée avec curiosité sur différents supports – écrits, filmés – au point que ma "bibliothèque rose", comme j'aime à l'appeler, est désormais bien fournie.
Et tant que cela n'empiète pas sur ma propre intimité, j'en parle volontiers, ouvertement et avec simplicité, car j'ai pu me rendre compte que la majorité des gens fait preuve d'une curiosité sincère quand le sujet est abordé avec délicatesse. Le tout est de savoir désamorcer le fond de culpabilité judéo-chrétienne qui nous colle à la peau.

Comme le supporter de football qui regarde religieusement les matches et s'intéresse à tout ce qui touche au ballon rond sans pour autant taper dedans, je me place davantage du côté des observateurs que des fervents pratiquants (encore que l'un n'empêche pas l'autre) : si la sexualité peut en effet être un formidable outil de communication entre partenaires, je veille pour ma part à ce que le secret d'alcôve demeure complet, et bien que je respecte les activistes qui mettent en scène leurs pratiques en public, j'avoue néanmoins avoir un peu de mal à les comprendre.
Question de pudeur, sans doute.

La pression sociale nous poussant à la performance plutôt qu'au plaisir n'a hélas rien fait pour arranger les choses, et j'ai bien peur que l'omniprésence de la sexualité dans les médias n'effraie davantage qu'elle ne libère. Comme le signale très pertinemment Ovidie dans le making-of "Histoires de sexe(s)", les hommes sont vachement plus inquiétés par la question de la performance (...). La nana (...) va être (...) plus pragmatique (Est-ce que je me suis éclatée ou pas ?), alors qu'un homme va [se demander] "Est-ce que j'ai assuré ou pas ?". Il n'y a pas la même angoisse.

Il est d'ailleurs peu étonnant que les mouvements pro-sexe aient à ce point le vent en poupe, cette branche du féminisme n'étant finalement qu'une suite logique de la révolution sexuelle des années 60 : après s'être réappropriées leur corps, les femmes (certaines d'entre elles, tout du moins) s'accordent aujourd'hui le droit d'en faire de l'art au cours de happenings largement sexués à la manière de ce que pouvait faire (avec nettement plus d'humour) Annie Sprinkle dans les années 80, et bien que je reste dubitative quant à la qualité des dites performances, je me demande si toute évolution ne nécessite pas un passage par une forme de radicalité.

Ceci expliquerait en partie les inquiétudes de nos contemporains de sexe masculin, car je pense que jamais la sexualité féminine n'a été présentée de manière aussi agressive, la meilleur défense restant l'attaque dans l'esprit de beaucoup de gens.

Pour ma part, ce n'est pas la manière dont je conçois ma propre sexualité, que je vivrais plutôt selon l'adage "pour vivre heureux, vivons cachés".
Et bien que je n'aie, dans le fond, rien à cacher, j'avoue n'avoir rien à montrer non plus...

Conseil de lecture : Naomi Wolf, "Vagina: A New Biography".

9 commentaires:

Les tests de Gridou a dit…

Cliquer sur le lien "secret d'alcôve", relire mes commentaires et constater que je pense toujours à peu près la même chose. Sauf que finalement ce n'est pas que je n'aime pas en parler, c'est que je n'ai rien à dire =)
J'applaudis par contre le "pour que les choses évoluent, il faut passer par une phase de radicalité" même si je me dis que cela nous arrange bien, nous deux, vu que nous sommes parfois radicales dans nos propos et nos évolutions de pensées. Mais qu'en est-il des gens plutôt modérés ? Peut-être que pour eux les choses doivent évoluer sans radicalité justement ?
Je te fais une bise =)

Les tests de Gridou a dit…

Radicales mais ouvertes, hein, bien entendu =)

Mademoiselle Catherine a dit…

Hé hé, je n'avais pas pensé à cet aspect-là :) Je pensais surtout aux activistes des mouvements pro-sexe qui se servent de leur sexualité comme d'un étendard, et j'avoue avoir du mal avec ça, car je ne comprends pas la démarche, bien que je respecte profondément leur engagement.

Ceci dit, on peut effectivement élargir la notion de radicalité à d'autres domaines de la vie, et comme tu le précises, une personne radicale n'est pas nécessairement extrémiste.
D'ailleurs, les happenings auxquels je fais référence ici ont bien souvent pignon sur rue, car le but est justement de toucher le plus grand nombre, et les participant/es sont généralement ouvert/es à la discussion.
Si la forme est parfois discutable, le fond, lui, est plutôt réjouissant.

Les tests de Gridou a dit…

Il faudra que tu m'explique de vive voix ce qu'est un happening, en quoi consistent ces mouvements pro-sexes parce qu'à te lire, j'ai vraiment l'impression que je suis à côté de la plaque par méconnaissance du sujet ;-D

Mademoiselle Catherine a dit…

"À la fin des années 1950, un happening était une performance (au sens anglais du mot : «représentation»), un événement ou une situation qui pouvait être considéré comme un art.
Utilisé pour la première fois dans la langue française en 1963, ce substantif est emprunté à l'anglais (participe présent du verbe to happen: arriver, se produire). Une traduction possible serait une «intervention artistique».
Le happening se distingue de la simple performance par son caractère spontané et le fait qu'il exige la participation active du public."
(source: Wikipedia)

Et j'ai ajouté un lien vers le féminisme pro-sexe dans mon article :)

Pour aller plus loin, le documentaire "Mutantes" de Virginie Despentes est très, très intéressant!

Anna E. a dit…

Mais où est passé mon commentaire d'hier ? :(

Mademoiselle Catherine a dit…

Rien vu passer comme commentaires autres que ceux de Gridou, moi... :/

Anna E. a dit…

"En général, le sexe c'est comme les révisions avant les partiels : ce sont ceux qui en parlent le plus qui en font le moins.

Sur ce, j'te laisse, j'ai du boulot pour la fac."

(Voilà voilà)

Mademoiselle Catherine a dit…

Pas pour rien que j'en parle autant :D