mercredi 31 octobre 2012

Être Femme ou être Humain ?

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous avez eu tout le loisir de constater que je refuse catégoriquement l’étiquette féministe alors que mes actes et mes paroles sont bien souvent perçus comme tels.

Et bien, je vais vous expliquer pourquoi cette dénomination m'insupporte : tout simplement parce que je la trouve éminemment, épouvantablement sexiste.

Pourquoi encore penser en termes d'homme et de femme quand la simple notion d'être humain pourrait – devrait ! – suffire ? N'est-ce pas un non-sens absolu que de réclamer une "égalité" en faveur de la seule condition féminine ? Pourquoi vouloir la favoriser ? N'est-il pas plus judicieux d'être humaniste à notre époque, dans nos contrées ?

Je trouve totalement rétrogrades les combats pour l'égalité des sexes alors qu'il reste aujourd'hui tant et tant à faire pour l'égalité des chances – sociales, professionnelles, éducatives – entre les individus. Les injustices persistent à tous les niveaux de notre société, et elles sont loin – très, très loin – de ne toucher que la gente féminine.

J'en veux pour preuve le mépris avec lequel est bien trop souvent accueillie la thématique des hommes battus et/ou ayant subi des violences sexuelles : au mieux, ça laisse incrédule ; au pire, ça fait rire. Mais ce n'est que trop rarement pris au sérieux, au point que les personnes investies dans l'aide aux victimes masculines d'abus (quel que soit le sexe de leur agresseur) passent pour des traître/sses aux yeux de bon nombre d'organisations féministes.
Or, si l'on se bat pour l'égalité des sexes, ce combat se doit d'aller dans les deux sens.
Je constate pourtant que ce n'est que rarement le cas.

En outre, certaines femmes sembleraient être plus "éligibles" à l'égalité des sexes que d'autres : les travailleuses du sexe sont victimisées à outrance, comme si elles n'étaient pas capables d'avoir fait ce choix en leur âme et conscience. Peu enclins à prendre le problème à la base (puisqu'il s'agit selon moi avant tout d'une problématique liée aux conditions de travail et à leur réglementation), certains mouvements féministes, réclament l'éradication pure et simple de la prostitution et de la pornographie sous prétexte de "marchandisation des corps".
En ce sens, on pourrait tout aussi bien bannir tout corps de métier réclamant un travail physique, quel qu'il soit, étant donné que la notion même de travail demande un investissement corporel : l'agriculteur, le technicien de surface, le kinésithérapeute, l'ouvrier en bâtiment, le danseur, l'ambulancier, le bûcheron, le déménageur, le sportif de haut niveau, et j'en passe – tous jouent de leur corps dans la pratique de leur profession (et vous m'excuserez si, par confort, je privilégie la forme masculine).

Je continue de croire que ce féminisme institutionnalisé, sur-médiatisé, omniscient et donneur de leçons fait énormément de mal à sa cause : l'absence de l'homme dans les débats, les discours selon lesquels la femme serait une éternelle victime (quand elle n'est pas présentée comme étant supérieure à l'homme, à défaut d'en être l'égale), de même que la mise à l'écart quasi-systématique des premier/es intéressé/es dès qu'il s'agit d'aborder les questions liées à la prostitution ou à la pornographie contribuent selon moi à discréditer en profondeur le bien fondé de certains mouvements hélas par trop visibles.

Et je laisserai à Catherine Robbe-Grillet le mot de la fin, tel qu'il apparaît dans le remarquable essai "Ex utero – Pour en finir avec le féminisme" de Peggy Sastre (La Musardine, 2008 – p. 147) : Je ne tolère pas qu'on puisse croire que l'on sait ce qui se passe dans la tête des gens, mieux que les gens directement concernés par ce qui se passe dans leurs têtes, qu'on se donne le droit de penser pour les autres. Ces femmes ne me représentent pas, elles m'énervent.

Conseil de lecture : David Courbet, "Féminismes et pornographie".

Mes autres notes autour du féminisme :
La Fée Ministe (19 mai 2008)
Ladies night (25 mai 2009)
¿Porno, por qué no? (22 octobre 2011)
Ma'moiselle ! (27 juillet 2012)
Crever le plafond de verre (12 janvier 2013)

19 commentaires:

nxd4n a dit…

Tu connais Brainwash the Norway Paradox http://www.youtube.com/watch?v=KQ2xrnyH2wQ ?

Mademoiselle Catherine a dit…

Très intéressant!
Je ne connaissais pas, merci :)

Bien que ce ne soit pas tout à fait le sujet de ma note, car ma réflexion porte davantage sur les inégalités sociales, je ne peux néanmoins que m'incliner devant les conclusions de Anne Campbell, car j'ai toujours soutenu la thèse selon laquelle hommes et femmes sont, biologiquement, différents.
D'ailleurs, la chanteuse/guitariste des Pretenders, Chrissie Hynde, l'avait élégamment tourné dans une très vieille interview pour le Rock&Folk, je crois, mais je n'ai malheureusement pas retrouvé la citation originale. En gros, elle s'était exclamée "Évidemment que les femmes ont plus de mal à jouer de la guitare: nous avons des nichons" [citation needed].

Ceci dit, socialement, je constate moins de différences entre moi et un homme qui aurait évolué dans un environnement similaire au mien qu'entre moi et une femme qui aurait grandi dans des conditions sociales et culturelles très différentes (à tout hasard une femme afghane ou nigérienne).... ou même une féministe abolitionniste tellement aveuglée par ses oeillères qu'elle en a perdu sa dernière once de bon sens ;)

lalydo a dit…

J'adore la dernière phrase, tellement vraie!

Anna E. a dit…

J'avais un truc super pertinent à dire et ... pfuit. Apu. Je repasserai si ça me revient (pfffff) !

Mademoiselle Catherine a dit…

@lalydo: "Ex utero" est vraiment un livre intéressant qui aborde (et, en quelque sorte, démonte) le féminisme de façon très originale.
Et l'intervention de Catherine Robbe-Grillet est superbe !

@Anna E.: Puissent tous mes lecteurs me laisser des commentaires aussi utiles et rafraîchissants... :D

Sylphe a dit…

C'est certain, en ce qui me concerne, que je ne pourrais jamais te prendre pour une féministe: ton discours est radicalement masculiniste, étant donné que tu établis une symétrie mensongere entre violences faites aux femmes et violences faites aux hommes, ce qui constitue un véritable déni des violences infligées par les hommes aux femmes du fait qu'elles sont des femmes. Quant aux femmes qui souhaitent la disparition du féminisme, elles sont aux femmes ce que les kapos sont aux juifs.

Frygoriste a dit…

Je suis parfaitement d'accord avec Anne.
(Jennifer Batten semble s'en sortir correctement malgré ses attributs volumineux)

Mademoiselle Catherine a dit…

@Sylphe: C'est ton avis, et je le respecte.

En revanche, où as-tu vu que je souhaite la disparition du féminisme? Le fait que je n'aime pas cette dénomination ne signifie en rien que je sois contre: je me suis investie pour la cause féminine à différentes reprises, tout comme j'ai pu m'investir dans d'autres choses qui me tiennent à coeur.

Je trouve néanmoins extrêmement dommage (et dommageable) que des barrières soient ainsi créées entre les individus.
C'est d'autant plus déplorable que bon nombre de femmes ne sont pas prises au sérieux par les abolitionnistes (je pense évidemment aux travailleuses du sexe: tu parles du déni des violences infligées par les hommes aux femmes - dont, quoi que tu en penses, je ne conteste en aucun cas l'existence - mais qu'en est-il du mépris affiché par certaines femmes qui voudraient, sous couvert de "protection", interdire à d'autres femmes la pratique d'une profession qu'elles assument pourtant pleinement?).

Et bravo pour le Point Godwin!

@Frygoriste: Tu parles de Anne Campbell dans le reportage vers lequel renvoie nxd4n dans le premier commentaire?

Quant aux guitaristes, je ne me remettrai JAMAIS du jeu racé et virtuose de Marissa Paternoster des Screaming Females!

éric a dit…

Guitare ou tout autre instrument, la musique n'a pas de sexe... ou plutôt, pas de genre ! ;)

C'est peut-être ce qui la rend si indispensable ?

Mademoiselle Catherine a dit…

Je suis d'accord avec toi, éric, et précise que la citation de Chrissie Hynde était davantage un trait d'humour qui m'avait fait sourire à l'époque ;)

françois Guern a dit…

Bonjour,

je découvre ton blog à l'instant et je suis très agréablement surpris. Voilà un sujet dont je rabats les oreilles de mes amis et amiEs depuis des lustres : pourquoi tenter de remplacer une domination illégitime par une autre ? Et à quand l'humanisme au lieu des -ismes de genres ?!

Encore hier j'entendais des féministes critiquer la totalité du monde : un combat permanent contre les hommes qui oppressent toutes ces femmes. Mais est-ce réellement les hommes le problème ou la bêtise humaine ? Pourquoi, comme tu le dis, se victimiser sans cesse ? Je suis éternellement choqué par le récit féminin qui s'est développé : celui de la victime à qui l'on impose tout ; alors que tout est imposé à chacun et pas qu'un femme...

Enfin bref, merci de défendre cette idée !
f.

Wakajawaka a dit…

Et bien encore bravo !

Je viens de couper les ponts définitivement avec la cellule régionale d'OLF, qui s'est révélée ne pas être en lutte pour les droits des femmes, mais bien en croisade contre les hommes.

Ces nouvelles croisées sont toutes autant pétries de certitudes que si elles avaient été frappé de révélation.
Ce n'était plus de la conviction et ce n'est même plus de l'idéologie.
C'est un jihad qu'elles mènent, et malheur aux femmes qui ne suivent pas leur voies, ou émettent des doutes.

Quand aux hommes...
Ce n'est même pas la peine d'en parler : ils n'ont pas droit au chapitre.

Mais ça fait mal de voir que ce sont ce genre de personnes qui sont, ici, les interlocutrices privilégiées du gouvernement pour ce qui est du droit des femmes.

Surtout quand on voit le nombre de femmes auxquelles elles dénient tout droit à la parole.

Wakajawaka a dit…

Et comme je n'avais pas encore lu les commentaires (je m'abstiendrai de répondre aux plus aigres, car ils sont l'illustration parfaite de ce que tu avances dans ton billet), je dépose un lien vers un article paru sur rue 89 au sujet de l'inégalité au travail et des différences fonctionnelles entre hommes et femmes.

http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/06/10/nous-jugeons-la-carriere-dune-femme-laune-du-modele-masculin-232878

La défense des droits des prostitués a toujours été une de mes batailles et je suis content de savoir que nous sommes tous deux en lutte sur ce front, contre vents et marées.

Je découvre ce paradoxe en mon pays que d'un côté on frappe les prostitués de prohibition, alors que de l'autre on se propose de créer un statut légal "d’auxiliaire sexuel en milieu hospitalier" pour les personnes handicapées.

Doit on rire, ou doit on pleurer devant le cynisme de la situation ?

Mademoiselle Catherine a dit…

@françois: Comme tu le soulignes pertinemment, le problème de fond, c'est hélas la bêtise humaine, et en ce qui me concerne, je me refuse à adopter des comportements que je condamne sous prétexte de "militantisme" (comme j'ai déjà pu le dire ici et ).
J'ai d'ailleurs beaucoup aimé cette petite liste qui a circulé sur les réseaux sociaux et résume en neuf lignes ce que je me tue à vouloir expliquer depuis des années...

@Wakajawaka: Selon moi, l'adoption d'un discours n'a de sens que si elle est réfléchie en toute conscience. Malheureusement, les extrémistes, quel/les qu'ils/elles soient, aiment à débiter des "vérités" étudiées par cœur, fermant ainsi la porte à toute discussion constructive.
Si l'on a l'audace de ne pas être d'accord s'ensuivent les sempiternels rapports de force par le biais desquels notre vis-à-vis, sur la défensive, se positionnera, au choix, en victime ("Nous sommes oppressé/es"), en sauveur ("Nous sommes là pour vous aider") ou en bourreau ("Nous allons faire payer à celles et ceux qui ne sont pas d'accord").

A noter aussi, ce "nous" généraliste que je trouve profondément insultant: non seulement ces femmes prônent l'égalité des sexes, mais aussi une égalité pure et parfaite entre toutes les femmes, à commencer par la pensée.
C'est oublier un peu vite que le propre de tout être humain est d'être unique, et ces partisanes des droits de LA femme (comme s'il n'y en avait qu'une) semblent n'être pas allées au delà de l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (puisque ce ne sont pas les droit de la femme) (cf. articles 19 et 20 au sujet de la liberté d'expression et de réunion, ainsi que l'article 23 qui stipule, entre autres, que "toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage".)

Et dans le fond, je pense que l'immense problème ici est que ces militantes voient leur implication comme une "lutte", un "combat", une "croisade". Trois mots que je m'efforce d'écarter de mon vocabulaire pour tout ce qu'ils représentent.

En outre, il me semble que certaines organisations féministes ne prônent que des "égalités" qui les arrangent, taisant volontiers des réalités pourtant avérées, telles que la violence des femmes. Or, reconnaitre celle-ci autrement qu'en termes de victimisation (quand bien même il y aurait derrière un message éminemment politique), c'est aussi un pas vers l'égalité, comme le stipulent les sociologues Coline Cardi et Geneviève Pruvost (je n'ai pas encore lu leur ouvrage, mais j'avoue que ça me titille).

Wakajawaka a dit…

Je crois qu'en un billet et quelques commentaires, tu as fait le tour du problème.

Finalement nous sommes féministes, de fait, parce qu'humanistes.

Peut-être même plus féministes que les "institutionnelles", parce que nous sommes encore idéalistes, alors qu'elles sont "idéologues".

Il serait grand temps que le "féminisme" se déshabille de ses dogmes.

J'avais entendu parler du livre de Coline Cardi & Geneviève Pruvost. Il me tenterai de le lire, itou.
je vais le faire commander par ma médiathèque préférée.

Mademoiselle Catherine a dit…

Je doute en avoir jamais fait le tour: quoi qu'on dise, il y aura toujours des gens pour ne pas être d'accord.
Mais n'est-ce pas ce qui rend le débat intéressant, justement? Pour peu qu'il y ait un véritable débat au cours duquel toutes les parties ont voix au chapitre, ce qui n'arrive hélas que trop rarement...

Véro a dit…

Rien à rajouter, je suis du même avis -ou ressenti- que toi Mlle Catherine.

En ce qui concerne l'utilisation du "nous", tout comme le "on", à une époque je les utilisais pas mal pour exprimer des idées, et bien sûr on a fini par me le reprocher pour des raisons que je comprenais bien. J'ai donc commencé à utiliser des "je pense", "je crois", "en ce qui me concerne", "personnellement" pour bien montrer que l'avis que j'émettais n'impliquait que moi et que je ne généralisais pas. Malheureusement tous ces je, je, je... ne sont pas terribles non plus ! ^_^

Véro a dit…

PS : Je dois être un robot ! Ces codes qu'il faut reproduire pour valider un commentaire... les chiffres sont souvent tellement flous et les lettres tellement collées que ça fait 4 fois que je recommence o_O

Mademoiselle Catherine a dit…

L'usage du "je" reste à mon sens le meilleur moyen d'émettre une opinion puisque "je" est incontestable (jusqu'à preuve du contraire, je suis la seule à savoir ce que je pense, tout comme tu es la seule à savoir ce que tu penses).
Pour peu que l'on évite le "Moi, je" à outrance (pour se mettre en avant, par exemple), parler en "je" plutôt qu'en "tu" ou en "on" n'a rien d'égocentrique: je pense au contraire que c'est la base de la communication non violente puisque que cela évite de tomber dans le reproche ("Tu as fait ceci ou cela"), la généralisation ("Les gens font ceci ou cela") et l'imprécision ("On dit que") :)