jeudi 4 octobre 2012

Fade to Grey

À quelques jours de la sortie francophone du déjà culte "Fifty Shades of Grey (Cinquante nuances de Grey)", permettez-moi, chères lectrices, chers lecteurs, de me mettre à genoux pour vous implorer de ne pas acheter cet étron ! En effet, la trilogie de E.L. James est aussi racoleuse que malhonnête parce que excessivement mal documentée (en plus d'être très mal écrite, mais passons... Que pouvait-on honnêtement attendre d'une fan fiction issue de "Twilight" ?).

La première chronique que j'avais lue au sujet de ce livre m'évoqua pourtant le superbe film "La Secrétaire", une des plus belles et originales histoires d'amour que nous ait offert le cinéma ces dix dernières années. Après un rapide coup d’œil à différents extraits et quelques critiques nettement moins positives (dont celles, très pertinentes, de la blogueuse Kali et d'une rédactrice du webzine Slate), je compris néanmoins très vite que lire ce livre, ne serait-ce que par simple curiosité, reviendrait à une épouvantable perte de temps doublée de masochisme latent – ce qui, somme toute, est justement le sujet de l'ouvrage.

Enfin... parait-il.

Parce que E.L. James semble avant tout prendre ses désirs de desperate housewife pour des réalités et n'est de toute évidence pas du tout au fait des us et coutumes extrêmement codifiés qui sont d'application dans les milieux sadomasochistes. Tout au plus Christian Grey caresse-t-il des rêves de domination sans pour autant se soucier des règles de sécurité – physique, morale – élémentaires, et je déplore profondément que cette série de livres contribue à véhiculer cette vieille croyance toujours trop répandue selon laquelle une relation BDSM serait forcément abusive ; en réalité, c'est exactement le contraire.
Digne d'un roman Harlequin, "Fifty Shades" multiplie les clichés et représente tout au plus les fantasmes d'une quinquagénaire possiblement frustrée, ce qui valut rapidement à la trilogie l'appellation très à propos de mommy porn (porno pour maman). Une appellation qui ne rendra pas cette série plus excitante pour autant, et ce malgré le fait que les MILF soient à la mode... Le peu que j'en ai lu m'a d'ailleurs à peu près autant émoustillée que la lecture d'une revue de chasse en me masturbant dans mon caca (vous me pardonnerez l'expression : j'ai revu "Seven" récemment *spoiler inside*).

Personnellement, la sortie en français de "50 Shades of Grey" me donne surtout envie de suivre les traces de ce révolutionnaire du dimanche et d'inviter les acheteurs potentiels à lire des obscénités de qualité :
D'une part parce que n'importe quel roman de gare est une alternative acceptable à "Fifty Shades" ; d'autre part parce que ce n'est pas la littérature de qualité qui manque.
Et comme je suis amour, bonté et obscénité, voici un petit tour d'horizon en douze titres lus et approuvés par votre humble serviteuse :

Leopold von Sacher-Masoch, "Venus im Pelz (La Vénus à la fourrure)" (1870)
"La Vénus à la fourrure" est la première œuvre marquante de la littérature qui s’attache à décrire la relation entre un homme et une femme où la représentation extrême de l’amour prend la forme d’un esclavage librement choisi et consenti.

Pauline Réage, "Histoire d'O" (1954)
O, une jeune femme libre et indépendante, est emmenée par son amant dans un château situé à Roissy. Elle y devient esclave de son plein gré. L'écriture froide et concise rend cette histoire d'autant plus fascinante qu'elle oscille en permanence entre désir et malaise.

Philip Roth, "Portnoy's Complaint (Portnoy et son complexe)" (1969)
Alexander Portnoy se confie à un psychanalyste : il raconte sa vie de fils d'immigré juif, le blues inhérent à cette catégorie sociale et, surtout, ses déviances sexuelles dans un style littéraire aussi désopilant que provocateur.

Erica Jong, "Fear of Flying (Le Complexe d'Icare)" (1973)
À certains égards, "Le Complexe d'Icare" est la contrepartie féminine de mon "Tropique du Cancer", en moins amer et en beaucoup plus drôle, fort heureusement.
(Henry Miller, dans la préface)

Anaïs Nin, "Delta of Venus (Vénus érotica)" (1977)
"Little Birds (Les Petits oiseaux)" (1979)
Avant Anaïs Nin, peu de femmes s'étaient lancées dans ce champ de la littérature. Confrontée dans les années 1940 à d'importants problèmes financiers, elle rédige pour un dollar la page les nouvelles scandaleusement explicites de ces recueils publiés post mortem.

Benoîte Groult, "Les Vaisseaux du coeur" (1988)
Lui, un marin breton, elle, une intellectuelle parisienne. Ils ne se ressemblent guère, un monde d'usages ou de convenances aurait dû les rendre étrangers l'un à l'autre. Le destin va pourtant leur offrir une liaison improbable et souveraine.

Alina Reyes, "Le Boucher" (1988)
Une femme voit renaître ses désirs et ses fantasmes au contact d'un boucher dans sa curieuse boutique...

Françoise Rey, "La Femme de papier" (1989)
Après une liaison fulgurante et torride, une femme écrit à son amant et évoque leurs souvenirs et leurs folies. Une étonnante confession érotique.

Belle de Jour, "The Intimate Adventures of a London Call Girl (Journal d'une call-girl)" (2005), "The Further Adventures of a London Call Girl" (2007, pas de traduction française)
Tout a commencé par un blog sur lequel une inconnue racontait avec humour son expérience de call-girl de luxe, sans fausse pudeur ni vulgarité. Rapidement, son blog attira l'attention de la presse et des éditeurs. Le blog donna naissance à ces livres, qui inspirèrent la série télévisée "Secret Diary of a Call Girl (Journal intime d'une call girl)".

Kay Jaybee, "The Collector" (2008, pas de traduction française)
La narratrice est la femme assise à l'arrière de l'autobus, dans un coin tranquille de la bibliothèque, ou en face de vous dans un café. Elle surprend les conversations et note minutieusement les escapades érotiques de ses interlocuteurs...

Conseil de lecture : tout ce que vous voulez, tant que vous évitez "Fifty Shades of Grey" !

24 commentaires:

Anonyme a dit…

Classique soft et parlant du shibari aussi: "Hotel Iris" de Yôko Ogawa

Mademoiselle Catherine a dit…

Chouette, je vais pouvoir agrandir mon stock de livres en attente :)
Merci !

Les tests de Gridou a dit…

Gag car lire sur un bouquin "ne le lisez pas c'est de la merde", m'inciterait plutôt à l'acheter pour me faire ma propre opinion pour un peu nourrir l'avocat du diable que je suis parfois... Ici, j'éviterai puisque ton avis est tout aussi virulent et que de toute manière, le sujet ne m'intéresse pas =)

Véro a dit…

Merci pour cette liste. Pour moi qui aime la littérature érotique c'est tip top ^_^

Pornoy et son complexe je le trouve plus psychologique qu'érotique mais c'est un régal. A lire.

"Venus érotica" je l'ai, en espagnol, dans mes étagères depuis un bail ; il est donc temps que je m'en occuppe ^_^

Quant à Françoise Rey, j'en ai lu trois autres :

- Le fabuleux "Des camions de tendresse" ou les aventures d'un drôle de trio formé d'une jeune femme un peu désabusée et de deux homos, conducteurs de poids lourds et super sympathiques. J'ai vraiment, vraiment beaucoup aimé.

- "La jouissance et l'extase" qui raconte justement la relation entre Henri Miller et Anaïs Nin. Pas ce qu'on fait de plus excitant mais absolument fascinant !

- Et puis "La peur du noir" qui est assez coton, et qui concerne une passion torride entre une femme mure et son beau-fils

Autrement, il y en a un autre que j'ai beaucoup aimé : "Eloge de la Nymphomanie" de Claude Seignolles, ou les aventures de sexie. On y trouve tout ce qu'il est possible d'écrire en termes de pornographie, mais avec un tel style et un tel humour...

Bonne lecture à tous... et merci encore ^_^

Mademoiselle Catherine a dit…

@Gridou: Oui, l'esprit de contradiction, tout ça...
Tout le mal que j'en ai lu/entendu m'avait effectivement donné envie d'en lire plusieurs pages pour me faire mon opinion, et le bouquin m'est tombé des mains (faut dire qu'en plus, c'est une fameuse brique): c'est mal écrit (vraiment, mais alors vraiment niveau Harlequin!) et les scènes se voulant torrides sont juste à pleurer de part le vocabulaire emprunté (E.L. James semble avoir de grosses difficultés à appeler un/e chat/te un/e chat/te, ce qui, pour ce genre littéraire, est un peu embêtant, tu en conviendras). A éviter, vraiment! Mais nous pourrons en parler de vive voix ce week-end :)

@Véro: Françoise Rey est sans conteste l'une des plus belles plumes érotiques contemporaines, aux côtés d'Alina Reyes.

Sinon, au rayon des curiosités, les recueils de nouvelles les plus étranges que j'aie jamais lus dans le genre sont "Frog Toes and Tentacles" et "Tales from the Woeful Platypus" de Caitlín R. Kiernan que, pour une raison qui m'échappe, mon hôte londonien avait laissés sur mon oreiller au cours d'une de mes visites.

Véro a dit…

Oui, j'aime beaucoup Françoise Rey, en même temps ce n'est pas ce qu'on fait de mieux en termes d'excitation. Elle n'a pas peur des mots -elle- ni des actes (dans "La peur du noir, la belle héroine fait connaître les joies du fist fucking à son jeune beau-fils) mais elle a un style, peut-être un peu trop... riche qui gêne, en quelque sorte, la stimulation sexuelle (pour moi). Si certaines personnes lisent de la littérature érotique uniquement pour ça, je comprends qu'ils puissent être déçus (je me demande si ce n'est pas le cas de Maïa qui dit tout le temps s'ennuyer avec la littérature érotique)

Personnellement, les conseils qu'on me donne, du genre "vraiment, vraiment il ne faut pas..." si en plus ils me paraissent sensés, je n'hésite pas à les suivre. Ainsi on m'a dit qu'il ne fallait pas fumer, ni boire ni se droguer... eh bien je ne fais rien de tout ça ! ^_^ Je vais donc suivre ton conseil et me désintéresser complètement de "50 shades of Grey"

PS : Ils sont tous comme ça Londres ?! ^_^

Clymence a dit…

**et je déplore profondément que cette série de livres contribue à véhiculer cette vieille croyance toujours trop répandue selon laquelle une relation BDSM serait abusive ; en réalité, c'est exactement le contraire.**

Pour être dans ce milieu depuis quelques temps déjà, je peux juste dire que les relations sadomasochistes ont (en principe) l'avantage de jouer cartes sur tables d'entrée de jeu (ou d'entrée de relation on pourrait dire) Exemple: les parties savent dans quel univers ils/elles évolueront, que le registre sexuel est à connotation "déviante" (stricto senso ou "hors-normes" si vous préférez), que la notion de fidélité est différente aussi (pas pour tout le monde) MAIS... Il y a autant d'abus dans certaines relations bdsm que dans d'autres...
Le milieu sadomasochiste n'échappe pas à certaines situation d'abus. Une femme "soumise" cependant est dans ce milieu "soumise" de sa propre volonté :-)
Le BDSM a aussi son cortège de gros lourds qui imaginent qu'une "soumise" est un trou mais un trou consentant
Il y aussi les "soumises" qui aiment des "Maîtres" et autres "Sir" pour leur porte-feuille... Bref la vie "normal" mais en cuir ou latex.
J'ai envie de dire que quelque part seules les pratiques changent. Au-delà, nous sommes dans une relation particulière mais en principe dites SSC = Saine / Safe / Consensual.
On pourrait en parler des heures.
Personnellement je tente d'engager des discussions sur la validité du consentement pour avoir été moi-même témoin de ce qui relève de l'abus... Ce à quoi on rétorquera que c'est justement le lieu où se "jouer" des limites et... du "sain"...

Mais je suis trop Hors Sujet pardon.

Un point niveau liste de lecture. Je ne connais pas beaucoup des ouvrages cités mais en littérature sm, j'ai très souvent trouvé les propos HORS réalité du milieu, ce y compris les ouvrages se présentant comme témoignage!

Pour l'IMAGERIE proche de certaines réalités => Histoire d'O et pour une partie du FOND => Venus in Furs.

Oups j'ai été longue
Clymence

Mademoiselle Catherine a dit…

@Véro: Pour moi, la littérature érotique & porno (tout comme le cinéma du même acabit) est une manière de m'évader avant d'être un éventuel support masturbatoire (l'un n'empêchant pas l'autre, bien entendu), et je veille énormément à la qualité dans le fond et la forme parce que la littérature reste associée aux belles-lettres dans mon esprit passablement vieux jeu, à savoir que l'esthétisme, le style, le ton et la manière d'agencer le texte entrent aussi en ligne de compte.

Je ne fais d'ailleurs pas de distinction entre littérature "traditionnelle" et littérature "érotique": dans les deux cas, je veux qu'on me raconte une histoire dans laquelle je pourrai me plonger, et j'attends pour cela un certain niveau de langage ;)

@Clymence: Bien sûr qu'il y a aussi des abus dans les relations BDSM, mais ces dernières ne se basent pas sur l'abus et la manipulation, comme pourrait le faire croire cette trilogie: comme dans tout autre type de relation, confiance et respect mutuels en sont les pierres angulaires et, comme tu le soulignes si bien, elle doit s'inscrire dans un rapport sane, safe & consensual.
Une sexualité "déviante", d'autant plus quand elle est assumée, n'a jamais exempté qui que ce soit de respecter ses partenaires et leurs limites.

Ce qui m'ennuie beaucoup dans "Fifty Shades", c'est que ces livres ont été écrits par quelqu'un qui ne s'est de toute évidence pas intéressé au fonctionnement d'une relation BDSM au delà des apparences et ressasse des poncifs à destination d'un lectorat tout aussi néophyte en la matière.

Bien que, dans le fond, je trouve cela plutôt réjouissant qu'un best-seller international mette l'accent sur une relation "hors normes", j'ai tout de même peur que beaucoup de lecteurs (qui sont majoritairement des lectrices) ne le prennent pour parole d’Évangile et se mettent en tête qu'une relation BDSM, c'est ça. Alors qu'on en est loin.

Le film "La Secrétaire", bien que très romancé, est à mon sens beaucoup plus proche d'une certaine réalité que cet abominable scribouillage.

Anonyme a dit…

"Les MILF sont à la mode" .. les FILF c'est pour quand ???
"des obscénités de qualité" ...;-) des bio pas trop poivrés ?? ;-)
Niko

Mademoiselle Catherine a dit…

Les FILF ont toujours eu le vent en poupe! De même que les tempes poivre & sel.

Anonyme a dit…

Opus Pistorum de Henry Miller reste sans doute le plus trash de tous les livres érotico-pornographiques parus. N'importe quelle page au hasard vous propulsera dans une sexualité déviante...

Mademoiselle Catherine a dit…

Merci: ne sachant pas lequel de ses titres choisir, j'avais justement fait l'impasse sur Miller.

éric a dit…

Bien que je ne lirais pas ce livre, je me demande si tu ne te trompes pas de cible (Don Quichotte inside ?)...

Ce livre semble aussi "érotique" qu'Harry Potter était "ésotérique".

Ce n'est ni plus ni moins que de la grosse artillerie éditoriale censée remplir les têtes de gondoles des supermarchés et conforter dans ses erreurs un public peu curieux de vérité.

Il n'y a qu'un nom sur la couverture mais je suis prêt à parier qu'il y a derrière toute une équipe de scénaristes (car vous n'échapperez pas non plus au film), de publicistes, de marketeurs et autres parasites de la culture dont le but est de faire un "coup" pas une oeuvre, et le "coup" semble réussi.

Ce livre va devenir l'iPhone du BDSM (le produit hype, cher et inutile) et tant mieux pour ses amateurs réels qui pourront vaquer à leur sane, safe et consensual occupation sans être dérangé par des hordes de "shaders" qui resteront entre eux, bien au chaud dans une "perversion" autorisée puisque commercialisée.

Parmi les futurs produits dérivés, on peut déjà imaginer les ateliers "bondage" et les soirées "cire chaude" dans les clubs de vacances.
Peut-être même que l'art de ligoter sa partenaire sera enseigné au collège ?

Car surtout, SURTOUT, (à mon avis, le combat contre ce livre devrait porter sur ce point), l'image principale diffusée par ce livre est que dans une relation dominant-dominé, devine qui DOIT être dominée ?

Ce livre, totalement insignifiant d'un point de vue littéraire, est une négation organisée des combats féministes qui ont mené à une certaine liberté sexuelle.

Au moment où une grand partie du monde se radicalise dans sa vision d'une société de "bon père de famille" (les intégrismes religieux, les valeurs des partis de la droite occidentale, les crétineries du show-business), ce livre tombe à pic pour "enfoncer le clou" !

Gare à vous, femmes qui ne permettrez pas à votre époux de disposer de vous comme d'un punching-ball !

Je prédis le rétablissement du fouet en place publique !
L'organisation de stages de perfectionnement, l'ouverture de camps d'entraînement, la désignation d'experts internationaux et d'une commission ad hoc chargés de normaliser la tension des cordes et de définir les parties du corps aptes à les supporter, la création d'une police du noeud, la béatification immédiate des bébé morts-nés parce qu'étranglés par le cordon ombilical !

Et bien d'autres choses encore. Quand il s'agit d'être stupide, l'imagination humaine est sans limite...

(sorry pour le pavé)

Mademoiselle Catherine a dit…

Oufti, tu vas loin dans ton raisonnement :D
Et je ne pense pas me tromper de cible, car mes lecteurs ne font, je pense, pas du tout partie de celle que tu mentionnes ;)

Évidemment qu'il y a autour de ce livre un grand élan capitaliste (c'eut été étonnant que personne ne surfe sur la vague), mais concernant la représentation de la femme, encore faudrait-il que l'héroïne nunuche me paraisse en être une, ce qui est loin d'être le cas: c'est un cliché sur pattes, tout comme le héros beau, riche, au sourire Ultrabrite. Tous deux sont dignes d'une romance de Barbara Cartland, à savoir qu'ils n'ont rien avec quoi je puisse m'identifier.

Bref: je ne suis pas dans la cible!

Ce qui ne m'empêche pas d'être profondément dérangée par la façon totalement fantaisiste dont est décrite la relation soi disant s/m (je ne suis d'ailleurs pas la seule).

A vrai dire, je me moque pas mal que ce livre (se) nourrisse (de) l'idée conventionnelle de la femme "soumise": le lecteur de base de ce bouquin n'adhère-t-il pas déjà à cette idée, quoi qu'il en soit?
Il suffit de voir les réactions: d'une part, ce que j'appellerais très superficiellement les "intellectuels" qui voient ce livre avec du recul (mal écrit, mal documenté: poubelle!) et d'autre part, le simple quidam dont c'est probablement le tout premier contact avec une histoire de soumission et qui est passablement affolé par son contenu.

Là réside d'ailleurs selon moi le génie du plan de marketing: il a su cibler une catégorie jusqu'ici totalement ignorée par la littérature érotique - genre considéré par d'aucuns comme sale et vulgaire, et par d'autres comme trop ardu.
Ce livre associe la romance façon "conte de fées" à une sexualité débridée, tout comme Gérard de Villiers sut associer sexe et espionnage dans la série S.A.S.
En ne sens, on devrait se réjouir que les femmes aussi aient enfin leur propre lecture érotico-kitsch ;)

Il convient également de voir les histoires que dans leur contexte: s'il est vrai que les dominatrices sont largement sous-représentées dans la littérature et le cinéma, elles n'en sont pas moins nombreuses dans les milieux BDSM. C'est l'éternel grand écart entre la fiction et la réalité.
A ce moment-là, on pourrait montrer du doigt l'intégralité de la production culturelle, comme le démontre Anita Sarkeesian dans cette vidéo (et je vous invite chaleureusement à en regarder d'autres sur la chaîne YouTube Feminist Frequency qui se penche sur la représentation de la femme dans la pop culture).

Quant aux féministes casse-bonbons, n'oublions pas qu'elles trouveront de toute manière toujours quelque chose à redire sur tout :p

Les tests de Gridou a dit…

Vivement demain alors ! Même si je préfère largement parler de sujets qui nous intéressent l'une et/ou l'autre que de cette daube. Note que tant que c'est pas Marc Levy, tout devrait me convenir ahahah !

Véro a dit…

@Melle Catherine. Eh bien je vois que nous appréhendons la littérature érotique exactement de la même manière... ce n'est pas pour rien que j'ai lu trois romans -jusqu'ici- de Françoise Rey -bien que "Peur du noir" était un peu... spécial - J'avoue que j'aime particulièrement le genre lorsque c'est abordé avec humour... Raison pour laquelle je vais m'intéresser de près au "Le complexe d'Icare" (une version féminine et plus drôle d'Henri Miller ça doit être pas mal.)

PS : Il est chaud éric ^_^ Perso je n'ai pas tant remarqué que ça qu'une grand partie du monde se radicalise dans sa vision d'une société de "bon père de famille" Moi, elle me donne d'avantage l'impression de partir dans tous les sens.

En parlant de livre qui associe la romance façon "conte de fées" à une sexualité débridée, justement c'est pas terrible. Il suffit d'écouter pour cela les témoignages que reçoit Brigitte Lahaie dans son émission de radio, tous ces gens qui s'essayent au libertinage, au BDSM, etc. et qui en resortent tourneboulés !

Mademoiselle Catherine a dit…

@Gridou: ...tant qu'on ne parle pas des futures élections, tout me va!

@Véro: Tu mets le doigt (sans mauvais jeu de mots ^-^) sur un sujet qui m'interpelle particulièrement, à savoir la façon dont le sexe est représenté par les médias (et je dis bien sexe, et non sexualité; la nuance me semble importante). Je l'évoquais d'ailleurs dans un article récent, profitant de l'occasion pour renvoyer vers une note plus ancienne et toujours tristement d'actualité.

Quant au "Complexe d'Icare", c'est un excellent livre: l'écriture est vivante, drôle et intelligente, les personnages touchants et l'ensemble reste résolument moderne malgré sa publication il y a près de 40 ans, au même titre que "Portnoy et son complexe" de Philip Roth ou "L'Attrape-cœurs" de Salinger, deux romans auxquels "Le Complexe d'Icare" est régulièrement comparé, à raison.

Véro a dit…

"La pression sociale nous poussant à la performance plutôt qu'au plaisir n'a hélas rien fait pour arranger les choses, et j'ai bien peur que l'omniprésence de la sexualité dans les médias n'effraie davantage qu'elle ne libère."

Je le pense aussi. En fait, parfois je me dis simplement que nous ne sommes pas prêts. Tout à coup tout est possible ; il n'y a plus de tabous. "Tout" le monde semble partant pour réaliser ses fantasmes... en réalité ceux des médias, tel qu'ils les montrent : la libération sexuelle version comte de fées ! et beaucoup s'y cassent le nez...

Je vais de ce pas commander le bouquin... ^_^

Mademoiselle Catherine a dit…

J'aurais plutôt tendance à penser que certains médias cherchent à nous faire croire qu'il n'y a plus de tabou.
Or, le propre du tabou est d'être personnel à tout un chacun. C'est d'ailleurs là que le bât blesse.

Bonne lecture :)

Véro a dit…

Oui, tu as sans doute raison.

Merci...

Sur ce, je vais m'inscrire à un stage de remise à niveau en orthographe... ! o_O

Anonyme a dit…

C'est vrai tous ça manque cruellement de poésie
A+Séba

Anonyme a dit…

Qu'elle crédibilité peut avoir une personne qui écrit tout un article à charge sur un roman dont elle reconnait elle même n'en avoir lu que quelques pages.




Mademoiselle Catherine a dit…

Qu'elle crédibilité peut avoir une personne qui écrit tout un article à charge sur un roman dont elle reconnait elle même n'en avoir lu que quelques pages.

Aucune, voyons!
Surtout quand cette personne écrit un blog avec de vrais morceaux de mauvaise foi dedans.

Ceci dit, ce fut surtout pour moi une occasion de mettre en valeur des écrits et des auteurs que j'admire.
Je précise également qu'il ne me semble pas nécessaire de lire un livre en entier pour s'en faire une opinion, et quand je parle du "peu que j'en ai lu", bien que ce ne soit qu'une infime fraction des 560 pages que comptabilise "Fifty Shades" (CINQ CENT SOIXANTE PAGES!), cela fut largement suffisant pour moi.

Mézigue a dit…

"cette vieille croyance toujours trop répandue selon laquelle une relation BDSM serait forcément abusive ; en réalité, c'est exactement le contraire."

Oui, tout à fait et il me semble que, parmi d'autres titres, "Le Sexe Fort" de Hieros et Mo paru en 2010 aux éditions Léo Scheer éclaire cette question