samedi 12 janvier 2013

Crever le plafond de verre

Inscrite au chômage depuis quatorze mois (avec cependant l'un ou l'autre micro-contrat dans l'intervalle), me voici en cette année toute neuve à faire le bilan des derniers mois.
Ni glorieux ni déprimant, c'est néanmoins un bilan légèrement en dents de scie et qui me pousse à mettre de l'eau dans mon vin, car après de nombreuses années de bons et loyaux services dans le monde merveilleux du socioculturel, il me faut bien me rendre à l'évidence : ce secteur a beau être celui dans lequel j'ai le plus de chances de retrouver un emploi, il n'en demeure pas moins un gage de précarité par les temps qui courent. Dans cet environnement, il n'est donc pas étonnant que je sois tentée de revoir mes attentes à la baisse, allant jusqu'à envisager un avenir professionnel largement en dessous de mes compétences.

Pourtant, la lecture de cet article à mon retour de Londres m'a fait prendre conscience à quel point je me fourre le doigt dans l’œil jusqu'au coude : en effet, cette absence totale d'ambition contribue largement à renforcer les préjugés selon lesquels "les femmes" n'auraient pas leur place au sein des postes à responsabilité. Or, ce que l'auteur appelle le Paula Principle (par opposition au Peter Principle) dénonce justement l'immobilisme des entreprises et de bon nombre de femmes actives dès qu'il s'agit de l'évolution professionnelle de ces dernières, les cinq facteurs compromettants étant le poids des traditions, la maternité*, le manque de confiance en soi, l'absence de contacts avec les hautes sphères de la hiérarchie et enfin le fait que beaucoup de femmes ont encore le bon sens de privilégier leur qualité de vie à une situation professionnelle génératrice de stress.

C'est très certainement dans ce dernier facteur que je me reconnais le plus, car, où que le demandeur d'emploi pose son regard, la sainte trinité "résistance au stress/mobilité/flexibilité" lui jaillit à la figure avec une régularité d'horloger. Des termes qui ne me disent rien qui vaille parce qu'ils sous-entendent à mes oreilles que l'employé se doit d'être corvéable à souhait et que, pour l'avoir déjà fait par le passé, je n'ai plus aucune envie de sacrifier ma vie à un travail, quel qu'il soit.

Aujourd'hui, je me dois néanmoins de réfléchir de façon réaliste à mes aptitudes professionnelles et extra-professionnelles, et j'avoue que ce n'est pas une mince affaire, car je manque de repères : si je n'ai aucun soucis à mettre le doigt sur mes lacunes (et suis d'ailleurs, je l'espère, en passe d'y remédier, tout du moins en partie), il m'est difficile de dresser un bilan objectif de mes capacités puisque, c'est bien connu, il est peu aisé d'être son propre juge. Et je doute qu'un sondage approfondi auprès de mon entourage ne donne beaucoup de résultats.

Si quelqu'un à des trucs et astuces pour faire avancer ma situation, je suis tout ouïe...

Conseil de lecture : Belinda Cannone, "Le sentiment d'imposture".

* Si la maternité ne pose pas de problème en soi, le manque d'infrastructures pour la garde des enfants et les coûts associés à celle-ci représente encore un frein à l'évolution professionnelle de beaucoup de femmes.

11 commentaires:

Les tests de Gridou a dit…

Tu as tellement raison de refuser d'emblée le stress... Parce que si on l'accepte, c'est très très difficile de faire machine arrière. Et pour le connaître quotidiennement à mon travail, je suis chaque jour un peu plus certaine qu'il ne sert absolument à rien, si ce n'est enrichir les sociétés pharmaceutiques à long ou court terme.

Mon parcours professionnel ne peut t'aider en aucune sorte quant à tes recherches mais je te souhaite le meilleur ! Tu as un tas de qualités, puisses-tu les utiliser de manière épanouissante.

Mademoiselle Catherine a dit…

C'est un cercle vicieux : plus on en fait, plus on nous en demande jusqu'au jour où c'est perçu comme étant "normal" au point de se prendre des remarques quand on a l'audace de lever le pied.
Et paradoxalement, j'ai l'impression que ceux qui se reposent sur le travail des autres ne sont que rarement inquiétés...

Les tests de Gridou a dit…

Je pense que l'humanité est paradoxale... Raison pour laquelle je ne regarde plus dans l'assiette de mes voisins de travail mais je vais plus non plus picorer dedans pour les alléger. Pas déconner !

J'avais lu il y a quelques années un article très intéressant sur le monde du travail, article qui disait qu'en gros nous les humains n'avons rien compris et sommes de gros nigauds à penser que le sacrifice au travail engendre une quelconque résurrection ailleurs...

Anonyme a dit…

En France il existe des bilans de compétences à se faire financer par l'organisme qui s'occupe du chomage à voir si en Belgique idem ?
j'en ai entendu parler mais pas expérimenté perso mais ça me parait ètre un départ pour faire le point et voir la concordance et la cohérence de tes aspirations par rapport à la réalite du monde du travail.
bonne chance et surtout ne perd pas confiance en toi.
Niko

Mademoiselle Catherine a dit…

@Gridou: En effet, l'humanité est paradoxale, et moi la première ;)
Mais tu as raison de manger dans ton assiette: les comparaisons entre employés ne peuvent mener à rien de bon.
Quant au sacrifice au travail, je crois en avoir dit tout le mal que je pense...

@Niko: J'avais justement failli parler des bilans de compétences dans ma note - tu vas voir comme on reste dans les paradoxes - qui sont réservés
1) aux personnes très peu qualifiées
2) aux personnes surqualifiées

Je m'étais d'ailleurs inscrite sur liste d'attente pour en passer un, mais le ton de la secrétaire au téléphone m'a fait fuir: elle était totalement incompétente, ce qui ne pousse pas vraiment à leur faire confiance.

Pour ne pas faciliter les choses (voyez comme j'ai le goût du défi!), mon profil professionnel n'entre dans aucune case, comme bon nombre de profils issus du socioculturel, mais je ne me décourage pas et croise les doigts pour la suite (dont je reparlerai quand elle sera confirmée...).

Merci, en tous cas, pour vos encouragements!

Mademoiselle Catherine a dit…

(sinon, je viens de retomber sur cette publication "visionnaire", car annonciatrice de mon ras-le-bol professionnel, et c'est étrange de me relire plus de deux ans plus tard sans avoir changé d'avis un iota...)

Wakajawaka a dit…

J'aimerai pouvoir donner des conseils, mais :
- Pour une fois le fait de ne pas être une femme et de ne pas "vivre ces situations de l'intérieur" me met un peu hors cadre. Mes réponses ne seraient que théoriques donc : abstention.

- Ce que je pourrais avoir à dire sur ces questions (pour bien les connaître) risquerait de ne vraiment pas te remonter le moral.

Je n'aurais donc qu'on seul conseil : fuis la PNL et ses gourous (tous grands zélateurs du Peter Principle) comme la peste !
Mais ça, je crois qu'il n'était guère utile de te le conseiller ;)

En bref : je ne peux que te souhaiter bon courage, et beaucoup de chance !

(Ou, plus que de la chance : du relationnel. Avoir de l'entregent est bien plus efficace que la chance pour trouver du travail).

Mademoiselle Catherine a dit…

Si je pense - peut-être très naïvement - ne pas avoir subi de préjudice du simple fait que je suis une femme (au contraire, je crois avoir bien souvent bénéficié d'une "discrimination positive"), j'avoue néanmoins avoir réfléchi à la lecture de cet article anglais, car il est vrai (et, somme toute, d'une logique implacable) que l'absence d'ambition freine l'évolution professionnelle.

D'une certaine manière, cela me donne du courage pour la suite, car je me prépare à un grand saut dans l'inconnu où il me faudra faire preuve d'un minimum d'allant si je ne veux pas me faire bouffer par un milieu principalement masculin (sans garantie aucune, mais je serai fixée très vite - croisons les doigts!).

Et merci pour ton conseil que j'appliquerai avec véhémence, tout en gardant à l'esprit que la chance ne nous tombe pas toute cuite dans le bec: c'est à nous de la provoquer!

Véro a dit…

Pour avoir travaillé dans une grosse boîte de transport, et si j'en crois ce que me raconte régulièrement ma soeur à propos de son boulot, on voit beaucoup de stress provoqué non pas par les exigences des patrons -pas seulement- mais aussi par le m'en-foutisme des collègues. Ma soeur par exemple est quelqu'un de dure à la tâche mais ce qu'elle ne supporte plus et qui la stresse complètement c'est de récupérer continuellement le boulot des autres qui se débinent à la moindre occasion ou qui profitent de leur situation hiérarchique pour rendre les autres corvéables. L'organisation du travail en est constamment affecté et paradoxalement, pour combattre cette situation elle est devenue syndicaliste !!!

Quant à moi le stress provient principalement de l'évolution très/trop rapide des technologies, ça ne me passionne pas du tout et c'est devenu un peu comme si je passais mon temps à lire des manuels d'utilisation. Beurk ! Bientôt tu passeras plus de temps en formations qu'à travailler...

Bref, le stress du travail se loge un peu partout, sauf à avoir la chance d'exercer un métier qui est plus une passion qu'un travail tu n'y échappes pas... pourtant faut bien cotiser, sinon on fait comment pour aider ceux qui sont dans la muise ?!on sort les planches à billet ? (le problème que rencontre la société aujourd'hui c'est qu'il n'y a plus assez de monde pour cotiser par rapport aux besoins de solidarité (maladie, chômage, retraite, aides en tout genre...). Travailler n'est plus seulement une façon de gagner ta croûte... (les gouvernements d'ici et là gaspilleraient moins l'argent des contribuables ce serait pas mal aussi, mais c'est une autre question)

Je te souhaite aussi bonne chance, mais plus que de trouver un boulot, je te souhaite de trouver une façon agréable d'être rémunérée ! ^_^

Mademoiselle Catherine a dit…

Bien sûr, c'est tout un ensemble de paramètres qui génère le stress sur le lieu de travail, et je me demande parfois si ce ne sont pas ceux qui en font le moins qui sont le moins inquiétés.


Quant au métier-passion, j'avoue en être revenue: j'ai eu la chance de pouvoir travailler dans un secteur qui me permettait d'allier les deux, mais au final, cela a eu raison du plaisir totalement gratuit que je pouvais éprouver puisqu'il y avait "contrainte" (avec des guillemets, car je ne l'ai pas forcément ressenti comme tel). En revanche, j'avais fini par avoir l'impression d'être au boulot 24h sur 24 parce que j'avais atteint un stade où le moindre film ou concert que je voyais pouvait faire l'objet d'un projet pour mon travail. C'est là que j'ai su qu'il était temps de freiner.

Sinon, j'avais proposé ceci aux gouvernements, mais j'ai bien peur que ce ne soit tombé dans l'oreille d'un sourd ;)

Véro a dit…

Je le crains... ^_^

C'est-à-dire j'ai rencontré des gens, des médecins, une avocate, un architecte, mon père, -entrepreneur- qui se donnaient à fond dans leur boulot. Un boulot qui n'était pas perçu comme tel ! ce qui ne les empêchait pas d'être parfois stressés pour différentes raisons, surcharge de travail, clients chiants, etc. mais bon, je sais qu'ils l'assument dans la mesure où ils aiment ça. Mais je comprends ce que tu veux dire, mon père aurait aimé que je fasse du dessin mais pour les raisons que tu évoques je n'ai pas voulu. Mais honnêtement après coup je ne sais pas si j'ai eu raison ?!!!

Oui, je m'en souviens ^_^ Ce matin j'entendais parler des dépenses astronomiques sans queu ni tête du sénat en France...