mardi 26 février 2013

Le poids des apparences

Ma dégaine de petite bourgeoise intello me joue parfois des tours, notamment auprès de gens moins bourgeois et moins intellos en apparence. Bien que je ne puisse pas complètement nier l'étiquette "intello", mon mode de vie n'a en revanche rien de bourgeois, et si je m'amuse la plupart du temps de ce genre de préjugés, il arrive néanmoins que ce catalogage (justifié ou non) me mette dans des situations très inconfortables.

D'une part, mon aspect petit bourgeois semble donner à certaines personnes le droit de juger de mon expérience avant même d'avoir la moindre idée de mon parcours : il est bien connu que les bourgeois grandissent dans un cocon protecteur les mettant à l'abri de tous les maux de la planète et que la maladie, les coups durs et autres accidents de la vie ne les touchent pas ; parce qu'ils sont "bien nés", l'inconscient collectif aime à les placer dans une évolution parfaitement linéaire où l'échec et le conflit n'existent pas.

D'autre part, le fait que je passe pour quelqu'un de plutôt réfléchi fait bien souvent oublier que mon humour est volontiers corrosif et teinté d'ironie, en conséquence de quoi, il m'arrive à l'occasion de faire figure de grande gueule aussi arrogante que malpolie.

Enfin, je suis une femme, cette petite chose douce et fragile au langage châtié et aux manières exquises.

Or, force m'est de constater aujourd'hui que ce que je pense être ma principale qualité est également mon pire défaut, à savoir mon franc-parler : j'ai beau avoir intégré avec le temps que toute vérité n'est pas bonne à dire et que, comme le disait si bien Coluche, l'important n'est pas de dire ce qu'on pense mais de penser ce qu'on dit, je me rends compte de façon très régulière que la franchise, surtout quand elle est "cash", résonne douloureusement aux oreilles de certains quand elle jaillit de la bouche d'une femme.
Alors qu'un homme pourra sans aucun problème employer les mêmes mots sur le même ton (sinon pire) sans pour autant passer pour le dernier des chieurs.

Une femme directe ou un tant soit peu autoritaire sera perçue comme une emmerdeuse dans le meilleur des cas ou, au pire, comme une mal baisée.
D'un homme, en revanche, on dira qu'il a de la poigne et du tempérament.
Pourtant, il me semble difficile pour un/e professionnel/le de gravir les échelons de la hiérarchie en se faisant aimer de tout le monde, et chaque défaut n'est jamais que la face cachée d'une qualité.
À l'inverse, un homme faisant preuve d'une grande sensibilité passera vite pour un pleurnichard tandis qu'une femme affichant exactement le même trait de caractère sera une bonne mère ou une belle âme.

J'en conclus donc que, aujourd'hui encore, certaines particularités sont perçues comme étant typiquement féminines ou masculines.
Et c'est bien dommage...

Fond sonore : Fink, "Honesty".

18 commentaires:

lalydo a dit…

Les préjugés ont la dent dure, surtout lorsqu'il s'agit de donner certain traits de caractère aux hommes ou aux femmes... sans se soucier de la personnalité avant tout.
Ne change rien de ton côté, c'est comme ça que l'on t'aime, hein! Petite bourgeoise, va ;)

Mademoiselle Catherine a dit…

Bah, il y a toujours des choses à changer dans sa façon d'être, et tant qu'à faire, j'aime autant faire en sorte que ça soit en mieux plutôt qu'en pire ;)

Merci, en tous cas, ça réchauffe le coeur ♥

Véro a dit…

Et est-ce que ça se voit le bon sens sur le physique ? ^_^

Bon eh bien tout ça est criant de vérité à mes yeux : l'image érronée, ou disons plutôt "facile", du petit bourgeois... car entre l'apparence et le vécu il y a une marge. Si on peut dire effectivement que le bourgois est élevé dans un cocon, il faut savoir qu'à l'intérieur ça peut être aussi très méchant, l'intérieur n'est par forcément ouaté, il peut y avoir de gros picots ! (je connais deux frères issus de la bourgeoisie agricole... ils sont dans un triste état, deux épaves alcoolisés !!!)

Pour ce qui est du franc parler, que dire sinon que tu as raison sur toute la ligne... Ne change rien non plus à la part d'homme qu'il y a en toi... ^_^

Les tests de Gridou a dit…

D'où que l'on vienne et où que l'on aille, on est catalogué... Les gens jugent très facilement, se persuadent de choses dont ils n'ont pas forcément connaissance et laissent parler l'envie/la jalousie/l'ignorance de l'autre plutôt que l'ouverture d'esprit. Et on en arrive à remettre en doute une formidable qualité qui est celle du franc-parler... Or je pense que c'est un don magnifique qu'il faut juste quelque peu tailer, comme un diamant, pour que les paroles ne blessent pas mais cependant scintillent comme des vérités.
J'aime énormément cette phrase de Coluche, j'en prends bonne note et je t'embrasse au passage, 'petite chose douce et fragile au langage châtié et aux manières exquises'.

Mademoiselle Catherine a dit…

@Véro: Entre ce dont les gens ont l'air, ce que les gens font et ce que les gens sont, il y a bien souvent des écarts (parfois immenses).
Sans oublier, comme le dit si bien Bernard Weber, que "entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre."
Et nous avons tous autant que nous sommes nos fêlures.
D'ailleurs, il est intéressant de constater ce qui nous touche particulièrement dans les échanges (au niveau du ton ou des mots employés, du sujet abordé), car dans beaucoup de cas, les émotions ressenties, surtout si elles sont fortes, nous renvoient vers des blessures d'amour propre parfois très anciennes.

(oufti, comme j'ai déjà bien assimilé mes cours de communication :D)

@Gridou: Chaque rapport humain comporte une part de jugement et, comme tu le soulignes, il convient d'avoir un minimum d'ouverture d'esprit pour passer outre et permettre à l'autre de confirmer ou démentir notre première impression.
Quant à tailler le diamant (j'aime beaucoup ta métaphore) pour le rendre moins grossier, c'est un travail qui demande une attention de chaque instant, car nous devons aussi de nous adapter à différentes situations: par exemple, je ne parle pas avec mon supérieur ou avec le boulanger comme je parle avec mes amis.

Anonyme a dit…

Suis pas tout à fait d'accord avec le franc parler, vision trop manichéenne d'une qualité relationnelle humaine je nuancerai en disant que certaines personnes sont plus franches que d'autres mais il y aura toujours une situation où tu sera obligée de transiger ... pour une raison ou une autre .. Je dirai que l'humain est une formidable "calculette" à optimiser sa vie et ce depuis sa plus tendre enfance ;-) donc dire des vérités pas d'autres, les déformer, mentir pour telles ou telles raisons, manipuler ... etc fait partie intégrante de la nature humaine (la limite étant bien sur la pathologie)et vivre de façon sereine selon moi c'est accepter quelque peu ses petits travers, ne pas en abuser et savoir que l'on a une part d'ombre consciente ou inconsciente ... faire preuve de d'humilité envers soit mème...
Bon sinon trève de plaisanterie : moi la bourgeoise ça m'excite, je l'aime élevée au grain en plein paturage, la cuisse légère avec des certitudes plein la tète et catho si possible que je puisse la faire basculer dans le doute et le péché avant de ruiner son corps lors d'une nuit de vice ... ;-D... la bourgeoise ça détend ;-D.
Niko

Mademoiselle Catherine a dit…

Les relations humaines sont effectivement faites de compromis (appelle ça des "calculs" si tu préfères), et il est bon de se rappeler que dans mes petites bafouilles, je m'amuse volontiers à grossir certains traits... avec de vrais morceaux de mauvaise foi dedans, parfois ;)

(et il convient également de garder à l'esprit qu'un mensonge n'est pas forcément mauvais :D)

Véro a dit…

@Mademoiselle Catherine. Il es pas mal ce Bernard ^_^ Ô combien il a raison !

Pourtant... Parler franchement est quelque chose qui me tient énormément à coeur. Mais j'ai suffisamment d'expérience que pour savoir que ça ne se pratique pas sans casse ! Même en faisant attention à la façon dont on dit les choses (avec un minimum de réserves), le plus souvent les gens le prennent mal, et c’est ça qui est dommage !

En ce qui me concerne, je dis tout le temps que ce n'est pas parce que j'exprime une idée, un avis, qui me paraît « vrai » que je vais avoir FORCEMENT raison...

Dans l’autre sens, quand quelqu'un me dit une "vérité" qui peut se révéler blessante, j’ai pour principe de commencer par essayer de comprendre quelles sont ses motivations (je dis toujours que ce qui compte ce sont les intentions). Si je connais suffisamment l'individu pour savoir qu'il me veut du bien (pas de méchanceté ou n’importe quel autre sentiment tout pourri), alors une fois le coup encaissé (parce qu'on n'est pas fait de marbre) eh bien je réfléchis à ce que je peux en tirer... Déjà, me poser la question le plus honnêtement et objectivement possible : a-t-il raison ou tort ? et puis... eh bien, agir en conséquence.

Voilà, il s'agit là d'une ligne de conduite, mais pour toutes les raisons que tu donnes, c'est trèèèèèèès compliqué...

(je viens d'effacer quelques exemples personnels illustrant à quel point tout ça est compliqué... c'est envahissant et ça sert à rien ^_^)

Mademoiselle Catherine a dit…

On en revient finalement toujours à la sérénité s'accepter les choses que l'on ne peut changer, au courage de changer les choses que l'on peut, et à la sagesse d'en connaitre la différence ;)

Anonyme a dit…

1-0 pour Marc Aurèle ;-)
Niko

Adrien a dit…

" Une femme directe ou un tant soit peu autoritaire sera perçue comme une emmerdeuse dans le meilleur des cas ou, au pire, comme une mal baisée."

Oui mais il y a l'art et la manière. Comme Grégoire le disait dans ses euphorismes. "Certains pensent que pour avoir du caractère il faut avoir mauvais caractère, comme s'il suffisait d'avoir mauvaise haleine pour avoir du souffle" . Généralement, avec votre caractère on doit se taper un package : vulgarité, antipathie, air hautain. Ce qui altère considérablement ce que tu prétends être une qualité ;)

Mademoiselle Catherine a dit…

@Niko: Je dois être sotte, car je ne comprends pas l'allusion...

@Adrien: Serais-tu en train de sous-entendre que la vulgarité, l'antipathie et l'air hautain sont des caractéristiques typiquement féminines et/ou qu'elles sont plus acceptables chez la gent masculine?
(sinon, j'admets volontiers avoir sale caractère, mais comme je suis en bas de l'échelle sociale, je me dis que l'honneur est sauf :D)

Anonyme a dit…

sotte ?? je ne crois pas, non ;-)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pri%C3%A8re_de_la_S%C3%A9r%C3%A9nit%C3%A9
Niko

Mademoiselle Catherine a dit…

Et bien, j'ignorais qu'elle était attribuée à Marc Aurèle.

Adrien a dit…

La vulgarité, l'antipathie et l'air hautain sont à la base des caractéristiques davantage masculines. Et justement, tu fais bien de souligner ce point, le mélange des genres en France à lobotomisé la cervelle de tous. Aujourd'hui, la féminité tend à disparaitre parce que beaucoup trop de nanas se comportent comme des hommes. De leur côté, de plus en plus d'hommes ont renoncé à leur paire de couilles. Des hommes asexués et des femmes hypersexuées (qui savent très bien reprendre leur rôle de femme en fonction de l'opportunité des situations) à croire que l'unicité est un salut. Heureusement que bientôt je m'en vais dans un endroit ou la densité de connerie au mètre carré est moins forte que dans ce pays.

éric a dit…

@Adrien : bon voyage sans retour !
Quand tous les "vrais hommes" auront quitté "ce pays de lobotomisés", on aura enfin plus de paix au mètre carré. :)

Mademoiselle Catherine a dit…

@Adrien: Tu prêches à convertie, là!

@éric: Les "vrais hommes"... même si ce sont des femmes ;)

Adrien a dit…

C'est dingue comme les "biens-pensants" sont téléguidés aux ondes, même pas besoin de siffler ils sont déjà la. Des fois tu siffles pas pour eux, ils sont quand même à côté...ou que tu sois. Je vais peut-être m'acheter une fusée finalement...