lundi 8 avril 2013

Mauvais genre

Suite à une récente altercation ouvrant la voie à des élucubrations qui n'attendaient que ça pour quitter mon esprit par trop dédaléen, j'ai eu un début de réponse à mes interrogations en visionnant le court métrage "Procession, etc." réalisé en 1994 par Éric Ledune :

En effet, presque vingt ans plus tard, j'ai bien peur que les choses aient peu changé, car les cultures populaires semblent entretenir les représentations de genre largement sexuées : l'homme – viril et puissant – exhibe fièrement son sceptre, son arme ou sa trique, tandis que la femme, réduite à son seul appareil reproductif, demeure, au choix, une maman ou une putain (ou tout du moins une vile séductrice, quand elle n'est pas, au contraire, présentée comme une vieille fille).
Non contente d'être terriblement réductrice, cette obsession de l'utérus est en outre une insulte aux femmes qui, comme moi, n'ont pas eu la chance, l'envie, le temps ou tout simplement l'occasion de procréer, car j'ai encore l'immense naïveté de croire qu'une femme est bien plus que cela : tout comme ses petits camarades de sexe masculin, elle est d'abord un être humain.

Nous vivons hélas dans une société dominée par les apparences où les dames de fer sont des peaux de vache, les vrais mecs ne sont pas pédés et les vraies filles ont du shampoing.
Non, mais allô, quoi !

Je suis prête à danser la mazurka en tenue d’Ève sur la Grand-Place de Bruxelles le jour où l'on cessera de s'émouvoir devant un homme sage-femme, une ouvrière en bâtiment, un match de football féminin, un père au foyer, une réalisatrice qui remporte un prix important (Oscar, Palme ou autre), un homme qui tricote, et j'en passe, car à mes yeux, tout cela est aussi normal que le mariage et l'adoption pour tous, le changement de sexe et toute autre initiative contribuant au bien-être des uns et des autres.

Si tant de clichés ont la peau dure, c'est parce que cela ne fait pas si longtemps qu'hommes et femmes sont égaux aux yeux des lois et que ces dernières n'avancent pas toujours main dans la main avec les mentalités.
C'est donc à nous, et à nous tou/tes, que revient la lourde tâche de les faire évoluer...

Fond sonore : Ten Years After, "I'd Love To Change The World".

10 commentaires:

lalydo a dit…

Je suis entièrement d'accord avec ta dernière phrase. Le chemin est encore long mais il ne tient qu'à nous de le faire évoluer :-)

Mademoiselle Catherine a dit…

...en ne se laissant pas marcher sur les pieds!

Véro a dit…

Eh bien, en ce qui me concerne, même une femme qui tricote ça m'épate ! ^_^

Je plaisante.

Je suis ENTIEREMENT d'accord avec toi. Je mène une vie très traditionnelle, je me suis mariée et j'ai des enfants, pour autant je ne considère pas ça comme "normal" et il me semble que nous devons tous pourvoir suivre notre propre chemin sans être jugée, sans avoir à se cantoner à des rôles.

Tu as raison aussi de dire que cette volonté d'égalité est peut-être encore trop récent pour que l'évolution soit significative. Deux exemples qui me viennent en tête :

Mon fils a un copain issu d'une famille très catho -ils ont participé aux manifs anti-mariage gay- et je ne peux m'empêcher de penser, au vu de leur mentalité, que bientôt ils vont devoir vivre en communauté bien fermée tant leur forme de pensée s'éloigne de celles des autres (laïcs, jeunes générations, etc). Les choses bougent quand même...

Et puis il y a une petite expérience perso : Je me suis pris la tête ce week-end avec mon homme que j'ai traité ouvertement de despote (et donc je ne me suis pas laissée marcher sur les pieds ^_^ ) Le fait est qu'il n'a en apparence rien d'un macho (nous partageons les taches et tout et tout) mais au fond, tout au fond ç'en est un... quand je regarde un peu autour de moi... C'est à croire que le sentiment de supériorité, le besoin de dominer, etc. est naturel chez l'homme et que d'une façon ou d'une autre il faut que ça ressorte !

Bref, bref, bref... il y a du boulot !

PS : Je suis prête à danser la mazurka en tenue d’Ève sur la Grand-Place de Bruxelles J'y étais ce week-end, j'aurais bien voulu voir ça ! ^_^

éric a dit…

Véro : ce besoin de dominer n'est pas inné mais acquis : c'est la différence dans l'éducation des filles et des garçons qui en est la cause majeure (il y a aussi une partie qui est dûe au caractère de chacun/chacune).
L'éducation est vraiment la première chose à revoir parce qu'une mentalité, une fois acquise, a peu de chances (ou de risques) d'évoluer sensiblement.

Mademoiselle Catherine a dit…

Voilà !
Comme le signale très pertinemment éric, l'éducation est à la base de TOUT, et je n'en rate pas une pour le rappeler (en fin de texte, que je recopie ici):

"(...) nous vivons à une époque où bien trop de parents croulent sous le poids de leurs responsabilités (quand ils ne sont pas purement et simplement démissionnaires), et le système éducatif n'offre guère plus d'espoir : les cours d'éducation civique et sexuelle (tout comme l'enseignement artistique) ont été relégués au rang des dispensables, au profit des langues vivantes ou mortes et sciences plus ou moins exactes, jugées, elles, d'utilité publique. (...)

Je crois que, paradoxalement, la meilleure chose à faire est d'avoir beaucoup d'enfants et de prendre le temps de leur inculquer des valeurs telles que le respect de soi et d'autrui plutôt que l'esprit de compétition, comme c'est trop souvent le cas à l'école."

Trois ans après avoir écrit ces lignes, je n'ai pas changé d'opinion (quand bien même je n'ai toujours pas d'enfant/s) et commence en outre à réfléchir concrètement à des façons de faire bouger certaines choses, modestement, à mon échelle. En tous cas, je m'efforce de ne pas rester les bras croisés.
En ce sens, ma formation m'est réellement positive, car elle me met en contact avec des personnes de milieux très différents ayant chacune un bagage culturel et social qui lui est propre. Bien que cela soit parfois déstabilisant (et pas toujours très agréable), ça fait pourtant travailler mon cœur et mon esprit d'être bousculée de la sorte.

Véro a dit…

Hey... moi aussi je peux faire preuve de mauvaise foi... Non mais ! Et puis de provoc... Pour autant, TOUT mettre sur le compte de l'éducation... NON.

Ce copain catho dont je parle, il faut l'écouter, c'est fou comme il a bien appris ses leçons, ses cellules en sont tellement imprégnées qu'on croirait qu'il parle avec son sang et ses tripes !!! Alors oui, la domination, à première vue c'est acquis, c'est logique... mais, je ne sais pas, plus j'observe et plus le doute s'installe (il faut croire que les questions n'amènent pas de réponses mais d'autres questions...). Est-il possible que depuis tant d'années, de siècles rien ne change, que l'homme (de manière générale) reste animé par un besoin d'avoir le dessus ? N'y aurait-il pas là-dedans aussi une forme de réflèxe ? Bon peut-être que chez les femmes c'est pareil, mais qu'elles l'ont étouffé depuis la nuit des temps... je trouve que ça fait long, non ?! ^_^

Véro a dit…

En ce sens, ma formation m'est réellement positive, car elle me met en contact avec des personnes de milieux très différents ayant chacune un bagage culturel et social qui lui est propre

Tu as raison. C'est très salutaire.

Mademoiselle Catherine a dit…

On n'efface pas des siècles de conditionnement en quelques décennies. Donc, oui, je reste convaincue que l'éducation est la seule solution viable sur le long terme.
Encore faudrait-il déjà arriver à se mettre d'accord entre "sous-groupes" parce que tant qu'il restera des femmes pour cracher sur d'autres femmes (comme les féministes abolitionnistes qui condamnent sans autre forme de procès des travailleuses du sexe, pour citer un exemple que je maitrise à peu près), on tourne en rond.
Et ce besoin de domination, que ce soit par la force ou la pensée, est présent dans toutes les sphères de la société (autre exemple: les islamistes dont les discours et les actes extrémistes font énormément de tort aux communautés musulmanes).

Comme je le disais déjà ici, "aucune idéologie radicale ne servira jamais une cause, aussi noble fût-elle. Au contraire, elle ne peut que marquer davantage les différences à force de manichéisme bon marché, et il serait grand temps que certaines personnes s'en rendent compte.
Je ne dis pas que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais un minimum de clairvoyance serait la bienvenue, et bien des militant/es feraient mieux d'ôter leurs œillères plutôt que de dépenser une énergie considérable dans des combats que je juge obsolètes."

Ce serait tout de même bien qu'un jour, les gens se rendent compte (et acceptent) que personne n'est supérieur ou inférieur aux autres, mais que nous sommes tous différents.
Ce n'est hélas pas demain la veille.

Véro a dit…

De toute façon, je te rejoins, je suis à fond pour l'éducation... En supposant qu'il y ait deux gramme d'inné dans la domination, on ne peut rien y faire... ^_^

Mademoiselle Catherine a dit…

Inné, acquis, on s'en fout un peu, tant qu'il y a du respect :)