mardi 14 mai 2013

Le dire et le faire

Les émanations de certains cerveaux reptiliens n'ont de cesse de me laisser pantoise : prenons l'exemple de ces quelques mâles que je qualifierais de légèrement primaires (histoire de porter moi aussi un jugement hâtif) et dont le regard sur moi a instantanément changé lorsqu'ils ont appris à leur plus grande surprise que la petite bourgeoise intellectuelle s'intéresse à la pornographie – et s'y connaît bien mieux qu'eux en la matière. Apparemment, cette information les a tellement pris de court qu'il leur a fallu une bonne quinzaine de jours pour la digérer avant de revenir à la charge à un moment auquel je n'y pensais même plus.

Il faut dire que certains raccourcis me laissent parfois dubitative, aussi aimerais-je que vous m'aidiez à comprendre pourquoi, par exemple, l'esprit de certains associe irrémédiablement une personne qui s'intéresse aux questions liées à la sexualité – et à plus forte raison à la pornographie – à un/e obsédé/e sexuel/le ?

Comme j'ai pu le signaler par le passé, le fait que certains sujets nous captivent ne fait pas de nous de fervents pratiquants. Ainsi peut-on être le plus grand amateur de football qui soit sans avoir jamais tapé dans un ballon, ou un insatiable mélomane sans maîtriser d'instrument de musique.
De la même manière, mon intérêt pour le cinéma pornographique ne fait pas de moi une gourgandine en chaleur : le porno m'intéresse en tant que genre cinématographique à part entière, car j'aime observer, pour mieux les comprendre, les mécanismes du désir tout comme j'aime à me pencher sur les mécanismes de toute émotion provoquée par un film.

Ces interrogations sont d'autant plus présentes que je suis moi-même passée derrière la caméra depuis peu pour apprendre les bases de la production audiovisuelle, ce qui ne fait pas de moi une réalisatrice en herbe, n'en déplaise à quelques uns de mes petits camarades. Quand bien même ce serait le cas, je ne suis d'ailleurs pas sûre de pouvoir exceller dans ce genre bien particulier.

En revanche, je suis absolument certaine que si jamais je devais me lancer dans la production de films pour adultes, ces derniers ne risquent pas de séduire les cerveaux reptiliens...


Fond sonore : Monte Cazazza, "Sex Is No Emergency".

4 commentaires:

éric a dit…

Plus difficile à faire évoluer qu'un cerveau reptilien, il y a le beauf' de base et son serre-veau dinosaurien qui ne raisonne que par association, non pas d'idées - à l'impossible nul n'est tenu - mais de concepts globaux comme ceux présents sur les cubes de bois pour enfants et censés leur apprendre soit les couleurs soit les animaux.

Par exemple :

voiture -> garçon
poupée -> fille
missile balistique -> garçon
tarte aux pommes -> fille
rocco -> garçon
tricot -> fille

etc...

Attend un peu avant de leur avouer que tu regardes aussi le football portugais ! :D

Mademoiselle Catherine a dit…

éric, tu tombes à point nommé: j'avais quelque scrupule à utiliser l'expression "beauf' de base" alors que c'est bien de cela qu'il s'agit. Enfin... plutôt "caillera" du dimanche, à vrai dire. Avec une mention spéciale pour celui qui a recommencé à m'adresser la parole après avoir décrété il y a quelques mois que, je cite, "cette fille n'a rien à dire", à l'instant où il a appris que je m'y connais un peu en cinéma porno (en tous cas mieux que lui).
Depuis, il ne se passe pas un jour sans petite remarque ou regard graveleux puisque, bien entendu, s'il m'arrive de regarder du porno, c'est que j'en ai forcément fait et que je connais plein de gens dans le milieu - tout comme lui qui est fan de films de gangsters passe évidemment ses week-ends à braquer des banques et à claquer la bise à Al Pacino.

Quant au football, ça ne risque pas: il n'y a pas de grand championnat international cette année (la condition sine qua non pour apprécier un match du Portugal quand on n'a pas la télé) ;)

Véro a dit…

J'aimerais-je que vous m'aidiez à comprendre pourquoi, par exemple, l'esprit de certains associe irrémédiablement une personne qui s'intéresse aux questions liées à la sexualité – et à plus forte raison à la pornographie – à un/e obsédé/e sexuel/le ?

Peux pas t'aider... Peut-être que la sexualité, en fin de compte, reste simplement un tabou... et si tu t'y intéresse c'est que t'es branchée sur la "chose"... The Thing !!! Faut-il aller chercher les beaufs pour ça ?!

PS : j'aime bien l'expression "serre-veau" :)

Mademoiselle Catherine a dit…

On nage d'ailleurs en plein paradoxe (et en pleine hypocrisie) puisque d'une part, le sujet n'a jamais été aussi omniprésent et que d'autre part, la représentation dite "frontale" de la sexualité (organes génitaux réalistes, scènes de sexe non simulées, etc.) reste totalement taboue parce que très mal réglementée, voire prohibée.
Et, c'est bien connu, l'interdiction crée d'immenses frustrations, la honte et/ou la colère en étant bien souvent le résultat.

Je pense en outre que c'est aussi une question de langage, car il reste beaucoup d'oreilles défaillantes pour entendre "cul" quand on parle de sexualité ou "éjac' faciale" quand on parle de porno, quand bien même on ne parlerait pas du tout, mais alors du tout de ce genre de scènes.