samedi 3 août 2013

To baby or not to baby ? #2

Il y a trois ans et demi, je m'interrogeais sur la maternité et le désir d'enfants
Aujourd'hui, je ne m'interroge plus, car mon instinct a tranché pour moi : je n'en aurai pas.

À ce stade de mon récit à peine entamé, j'entends déjà s'élever les voix bien-pensantes avec leurs sempiternels chapelets de "Tu n'en sais rien ! Ça va venir ! Tu vas rencontrer quelqu'un avec qui tu en voudras !". J'en profite donc pour leur rabattre le caquet sans ménagement et leur rappeler que s'il y a bien une personne qui sait ce qui se passe dans ma tête et dans mes tripes, c'est moi. Et je ne donne à personne le droit de décider à ma place de ce que je dois faire ou non de ma vie (dans les limites de la légalité, cela va sans dire).

Ceci étant dit, permettez-moi d'expliquer aux bien-pensants (et à toute personne que cela pourrait intéresser) pourquoi, à l'aube de mes 36 ans, je pense en effet avoir définitivement fait le deuil d'une hypothétique chair de ma chair : d'une part, je ne ressens nullement l'envie ni le besoin de materner, et d'autre part, ma vie ne me permet pas dans l'état actuel des choses d'être responsable – humainement et matériellement – d'une tierce personne.
En outre, j'avoue avoir aussi peu d'affinités avec les enfants qu'avec les adultes, car je reste persuadée qu'il y a des cons partout, quel que soit leur âge. Si j'apprécie certaines personnes, j'ai néanmoins beaucoup de mal à apprécier les gens, et la hantise de me retrouver avec un sinistre individu sur les bras jusqu'à ce que la mort nous sépare a certainement eu raison de mes derniers doutes : j'ai vu et lu assez de scénarios catastrophe pour être absolument convaincue que rien – je dis bien rien – ne garantit à qui que ce soit que le chérubin tant attendu ne sera pas le Diable en personne (essayez "We need to talk about Kevin", pour voir).

Comprenons-nous bien : je n'ai rien contre les enfants dans l'absolu, il m'arrive même d'en aimer profondément certains (non, pas comme ça, bande de vicieux ! J'ai beau être Belge, je n'en suis pas moins saine de corps et d'esprit !) ; un certain nombre d'éléments, et pas des moindres, joue cependant en leur défaveur.

Mon pragmatisme, pour commencer.
Parce que, il ne faut pas se leurrer, les premières années de vie sont avant tout synonymes pour les parents de privations – de sommeil, de vie sociale, de libido. Et j'avoue que ce sont des choses auxquelles je tiens (tout comme je tiens à mes oreilles dont l'hypersensibilité ne se fera jamais au bruit généré par un enfant en bas âge).
Du reste, je suis à peu près certaine de très mal vivre la présence d'un être en devenir dans mon propre corps.

Vous trouvez ça égoïste ?
Soit.

Pour ma part, je trouve toujours aussi fondamentalement égoïste de mettre bas pour combler un besoin d'amour inconditionnel parce qu'arrivera forcément le jour où l'enfant, au risque de passer pour un ingrat, volera de ses propres ailes. Commencer sa vie avec sur ses frêles épaules le poids déjà immense d'une culpabilité future n'est pas un sort enviable à mes yeux.
Sans oublier l'état du monde qui, si vous voulez mon avis, n'est pas près de s'améliorer, et il me semble peu charitable de vouloir imposer ça à quelqu'un qui n'a rien demandé à personne.

En revanche, j'ai une admiration infinie pour les personnes qui font le choix – courageux – de l'adoption ou d'être famille d'accueil, car offrir à un enfant né sous de tristes auspices la possibilité d'évoluer dans un milieu aimant et structurant est selon moi le plus beau, le plus altruiste cadeau que l'on puisse faire à un être vivant (et ça vaut aussi pour les animaux domestiques).
J'espère d'ailleurs un jour avoir une vie assez stable pour pouvoir accueillir moi aussi temporairement un enfant ou un adolescent qui a eu moins de chance que moi...

Fond sonore : The Mountain Goats, "No Children".

30 commentaires:

éric a dit…

Brillant. Juste brillant.

Et rien d'égoïste, au contraire.

Pour ce qui est de l'adoption, si j'ai le choix, je préfère un chien - ça vit moins longtemps - mais bon, chacun sa vie ! :D

Mademoiselle Catherine a dit…

Merci :)
Je préfère les chats, ceci dit.

Véro a dit…

Si très pas très sûre de vouloir des enfants, vaut mieux, en effet, éviter de voir -ou lire- l'histoire à Kevin !!! O_o

Ceci dit, tu as raison. C'est galère d'élever un enfant, on en a déjà un peu parlé, ce n'est pas parce que c'est la chair de ta chair que tu vas pondre la huitième merveille du monde on ne refile pas forcément nos meilleurs gènes... C'est une loterie. J'ai deux enfants,le premier est arrivé inopinément (mais nous le voulions) la deuxième, nous avons -à 33 ans- mis presque un an à la fabriquer, toutes les bonnes conditions étaient réunies, et pourtant.... Dur, dur !

Il y a des enfants qui s'élèvent tout seuls, ça suit bien, travaillent bien, ils s'ouvrent au monde... D'autres, ils sont un peu comme des vampires, ils te bouffent toute ton énergie.... Et peut-être que malgré toi tu te transformes en The mother's Kevin !!!! ;)

Bref, ce que tu dis n'est pas égoïste. L'égoïsme ce serait plutôt de faire un enfant pour de mauvaises raisons (retenir un homme, toucher des allocations...) Maïa a le même âge que toi ; j'avoue que ça m'a fait bizarre, même si je comprends, d'apprendre qu'elle s'est fait avorter il y a une paire de mois... Je dois faire partie des biens pensants ! (Ça veut dire quoi au juste)

Bises

éric a dit…

« ...qu'elle s'est fait avorter il y a une paire de mois... »

Si c'étaient des jumeaux, alors c'était une paire de moi !! :D

lalydo a dit…

Je ne vois rien d'égoïste à cette décision. On voit tellement d'incapables qui procréent à tout-va et ne rendent pas des enfants heureux, qu'il faut savoir s'écouter et ne pas répondre aux "besoins" de cette société.

Mademoiselle Catherine a dit…

@Véro: La question n'est pas d'avoir raison ou non, c'est surtout d'avoir le choix.
Hélas, comme le fait remarquer Elisabeth Badinter dès le chapitre premier de son brillant essai "Le conflit - la femme et la mère", [q]uelle drôle d'idée de ne pas avoir d'enfant et d'échapper à la norme ! Ceux là sont constamment sommés de s'expliquer alors qu'il ne viendrait à l'idée de personne de demander à une mère pourquoi elle l'est devenue (et d'exiger d'elle des raisons valables), fût-elle la plus infantile et irresponsable des femmes. En revanche, celle qui reste volontairement inféconde a peu de chances d'échapper aux soupirs de ses parents (auxquels elle interdit d'être grands-parents), à l'incompréhension de ses amies (qui aiment que l'on fasse comme elles) et à l'hostilité de la société et de l’État, par définition natalistes, qui ont de multiples petits moyens de vous punir de ne pas faire votre devoir. Il faut donc une volonté à toute épreuve et un sacré caractère pour se jouer de toutes ces pressions, voire d'une certaine stigmatisation.

Mon but ici n'est évidemment pas de minimiser le rôle de parent, qui est un travail à temps plein (et à vie) pour lequel j'ai immensément de respect : j'ai ressenti le besoin d'écrire cette note pour rappeler que les nullipares (surtout celles qui ont dépassé la barre fatidique des trente ans) ne sont pas des monstres !

Nous avons la chance de vivre à une époque où la maternité est un choix, un droit, pas un devoir imposé par la loi (quand bien même il le serait parfois culturellement) ou par l'absence de moyens de contraception. Or, je constate bien souvent que si l'on n'a pas de "bonnes raisons" de ne pas être mère (comme de sérieux problèmes de santé, par exemple), les gens se permettent de juger, d'insister, parfois très lourdement. Que de fois n'ai-je pas entendu "Ça viendra !" à l'annonce de mon désir de ne pas avoir d'enfants. C'est très énervant à la fin, et surtout totalement absurde - est-ce que je passe mon temps à demander avec insistance aux gens qui n'ont pas de chat pourquoi il n'ont a pas, quand bien même il y seraient allergiques ? C'est du même niveau, je trouve.

Tout comme je respecte les choix d'autrui (parfois difficilement, j'avoue), j'attends d'eux qu'ils respectent les miens. Et je constate que ce n'est pas gagné.

@lalydo: Et les "incapables" en question ont bien souvent moins de comptes à rendre que celles et ceux qui ne procréent pas, j'en ai bien peur...

Polly Prissy Pants a dit…

Ta décision est justement tout le contraire de l'égoïsme et je la respecte profondément. Nos parcours de vie sont très différents et c'est, par conséquent, tout à fait logique que nous menions tous des existences différentes. Et c'est tant mieux! Pourquoi vouloir imposer UNE idée de la femme épanouie? Le principal n'est-il pas de vivre en harmonie et en paix avec ses convictions, ses envies et ses besoins? Et ceux-ci sont fatalement et heureusement différents pour chacun d'entre nous. Ne te laisse jamais dire que tu es une mauvaise personne juste parce que tu as parfaitement assumé ce que tu ressentais au plus profond de toi. Tu étais, tu es et tu resteras (on dirait du Cabrel ^^) une belle personne quoi que tu décides. Et c'est pour ça que je t'aime et te respecte.

Mademoiselle Catherine a dit…

Moi aussi, je t'aime, Polly Petit Pois ♥
Et ça me réjouira (et rassurera) toujours autant de savoir que des personnes comme toi font des enfants !

Polly Prissy Pants a dit…

♥♥♥
Il faudra d'ailleurs que je te présente quand même ma progéniture un jour...

Jérôme a dit…

Tu peux aussi dire qu'aucun homme n'a jamais voulu de toi pour autre chose qu'un quick-sex hygiénique (en tout cas pas pour une relation amoureuse durable), je pense que c'est une explication toute aussi plausible que ta longue et pénible justification.

Alida a dit…

ben moi j'ai 17 ans de vie commune avec mon homme et non ! nous ne voulons pas d'enfant rien à voir donc avec le fait qu'un homme reste ou non ! de nouveau nous, femme sans désire d'enfant, devont nous justifier ! souvent me viens l'envie de dire que je ne peux pas en avoir juste pour ne pas entendre toute ses remarques stupides

Mademoiselle Catherine a dit…

@Polly Petit Pois: Synchronisons nos agendas !

@Monsieur Delvaux (voyez-vous ça: vous êtes connu comme le loup blanc!): N'est-ce pas vous qui écriviez il y a quelques instants sur facebook "si on publie ses opinions sur la question, on accepte alors le débat en retour (et donc les opinions différentes)."
Et bien commencez donc par faire preuve d'un peu de courtoisie et peut-être aurai-je l'amabilité de débattre avec vous. Votre entrée en la matière, alors que vous ne me connaissez ni d’Ève ni d'Adam, est cependant de piètre qualité, j'en ai bien peur.

@Alida: N'entrons pas de le jeu de ce monsieur réactionnaire, veux-tu ? ;)

Anonyme a dit…

@Mlle Catherine :
Dans la liste de tes arguments il en manque peut-être un de taille :
L'existence de phénomène comme Jérome. La probabilité de se retrouver un jour géniteur d'un semblable parviendrait à convaincre quiconque (homme et femme) à prendre soins de ne jamais procréer.

Mademoiselle Catherine a dit…

Jérôme Delvaux, Kevin Khatchadourian, même combat !
Merci !

Véro a dit…

Je dis que tu as raison par rapport à ton raisonnement, à l’importance de pouvoir choisir (choix d’autant plus difficiles que les jugements persistent). Après, je ne permettrais pas de dire que tu as tort ou raison dans ton choix personnel… Juste si ça peut « rassurer », les craintes que tu as émises ne sont pas du vent ;)

La société vend une imagine idyllique de la famille, la réalité est bien plus variée, il y a des familles épanouies, d’autres qui ne surmontent jamais les difficultés qui se présentent ; les enfants sont des pierres brutes –avec des propriétés propres à chaque pierre- les parents sont les polisseurs, tu vois ce que ça peut donner quand le polisseur n’est pas à la hauteur –manque de motivation ou manque de solidité- et les pierres trop dures ou trop molles ! ;) On dit toujours que la réalité dépasse la fiction, l’histoire de Kevin est peut-être, tout compte fait, assez banale ! C’est terrible, mais les psychopathes ce n’est pas ce qui manque dans ce monde…

Donc, oui, aujourd’hui nous avons le choix, il faut saisir cette chance. Le choix, c’est ce dont parle Maïa dans sa petite histoire en bande dessinée. Voici le lien : http ://martinwinckler.com/spip.php ?article1128

Quant à Badinter, sur ce même blog de Martin Winckler –que je trouve très intéressant- il y a une critique de son livre. La critique provient d’une femme faisant partie d’un mouvement radical, et qui dit radical, pour moi dit : méfiance ! Mais d’une part Winckler l’a publié -1 bon point- d’autre part la critique –son point de vue- est intéressante et parfaitement respectueuse. Le lien si : http ://martinwinckler.com/spip.php ?article1000




Véro a dit…

J'oubliais, Maïa ne signe pas son texte, mais impossible de se tromper sur la provenance :D

Mademoiselle Catherine a dit…

Le webzine de Martin Winckler fait partie de mes indispensables!

Par contre, c'est assez gênant comme le texte de Selina Kyle, en plus d'être franchement orienté (quand on crée un mouvement appelé "Groupe Radical des Excitées de la Naissance Naturelle", c'est qu'on est... radicale ^-^), isole de leur contexte les réflexions de Badinter qui, dans ce livre, n'ont vraiment de sens et de portée qu'intégrées au chapitre dont ils sont issus (ça vaut d'ailleurs pour à peu près tous les essais; même moi, il arrive régulièrement que des gens jugent mes propos en les sortant de leur contexte, me faisant dire par cette occasion des choses que je n'ai jamais exprimées ainsi). L'usage des guillemets est également très maladroit, car il fait croire à tort que Badinter aurait pu écrire "avoir des enfants c’est nul parce que ça empêche les femmes de gagner autant que les mecs".
Et à Emmanuelle M qui intervient en fin d'article et a lu le livre parce que le titre lui a fait penser qu'on y parle de ses petites soucis de mère de famille, j'ai juste envie de répondre: des livres sur les petits soucis des mères de famille, il y en a des pelletées!

Pour une fois qu'un livre aborde la question de l'infertilité volontaire (dans nos contrées, on peut actuellement compter ces publications sur les doigts d'une main), laissez ce livre à leur cible: celles et ceux que ça touche et qui s'intéressent à la question!

On en revient au jugement, à cette espèce de mur invisible entre celles "qui en ont" et celles "qui n'en ont pas", et, comme j'ai déjà pu le dire, je trouve extrêmement dommages et dommageables les radicalismes Pour/Contre.

Je ne demande à personne de suivre mon exemple, je demande juste une chose qui me semble parfaitement légitime, à savoir un minimum de RESPECT et le droit d'être vue, perçue comme une femme à part entière, et pas une demie-femme qui aurait raté sa vie.

Quant à l'image idyllique de la famille, c'est parfois une idylle de façade, avec madame qui reste à la maison pour s'occuper des enfants et faire le ménage et monsieur qui va trainer sa crise de la quarantaine de bar en bar, espérant séduire de la petite jeune.
Si c'est pour me retrouver dans pareille mascarade, j'aime autant m'abstenir, en effet: je préfère l'esprit d'avant-garde à celui d'avant-guerre ;)

waldorf a dit…

va falloir passer ton lectorat au lance flamme…
:D


ps : laisse le gugus jouer tout seul, il se fatiguera…

Mademoiselle Catherine a dit…

C'est bien ce que je fais, et j'admire et remercie Véro d'avoir élégamment ignoré l'intervention du grossier merle pour reprendre le fil des commentaires :)

htk a dit…

Ce genre de coming-out manque sur le net. Fb devrait ajouter "Je veux me reproduire: oui/non" Ca éviterait de perdre du temps.

Véro a dit…

Ah bin c’est pas l’envie qui me manquait de faire une remarque ;)

Idylle de façade ? C’est un pléonasme… ;) « Madame qui reste à la maison pour s’occuper des enfants et faire le ménage et monsieur qui va trainer sa crise de la quarantaine de bar en bar, espérant séduire de la petite jeune... » c’est n’est pas une mascarade c’est une grosse « belle » caricature, Mademoiselle Catherine ;) Mais bon, si je suis bien placée pour savoir que ça existe –j’ai des exemples dans ma famille- je sais aussi que, heureusement, ce n’est pas une généralité ! (En même temps « généralité » signifie qui a appartient au plus grand nombre, si plus de 50 % des hommes écument les bars à la recherche de petites jeunes passé les quarante ans, logiquement, nous pourrions parler d généralité, tout est question de chiffres !!! ;)-

A propos de Badinter… bon, ce n’était pas une bonne idée de te proposer le lien vers la critique de Selina Kyle… quand j’ai commencé par apprendre qu’elle était la fondatrice d’une association appelée « Groupe Radical des Excitées de la naissance naturelle » -rien que ça- je me suis dit qu’il lui manquait une case et je me suis attendu au pire… et puis non, 75% de ses remarques j’aurais pu les avoir –en sortant peut-être certaines phrases du contexte, je ne sais pas ?!- Si elle admet –en apparence- l’intérêt du livre de Badinter, je cite : « J’essaie de le lire avec un peu de recul et assez d’ouverture d’esprit, convaincue que ce qu’elle écrit porte aussi des éléments importants pour ce qui est de la libération féminine, c’est à dire le droit d’une femme de s’affranchir de certains courants de pensée moralisateurs pour pouvoir exister pleinement », son vécu et son ressenti étant différents, elle se trouve en désaccord avec une partie, voir une bonne partie ?!

Véro a dit…

Personnellement je trouve que le livre n’est pas seulement utile et intéressant pour les nullipares mais aussi pour les femmes qui sont déjà dans le bain. Badinter défend la variété des désirs et des styles de vie féminins, la possibilité de concilier son rôle de mère et ses désirs de femme (youpi !!!), le fait qu’être une femme ne doit pas se résumer au fait d’être mère, l’ambivalence de l’amour maternel et la possibilité de l’exprimer… Et je suis 100% pour... Là où je suis d’accord avec Selina Kyle est que les pressions que subissent les femmes ne s’arrêtent pas à son rôle de mère. Je cite : « On a l’impression aussi que la seule chose qui pèse sur les femmes, c’est un modèle de mère parfaite à laquelle il faudrait se conformer. Franchement, le modèle de working woman parfaite, qui ne refuse jamais un surplus de travail, toujours disponible, il est pas pesant, même sans mômes ? Celui de la femme féline, toujours sexuellement attractive, toujours mince, au corps ferme et musclé, sexy même quand elle est enceinte. Je constate aussi que les femmes sont toujours prêtes à se dénigrer entre elles : celle qui voit dans la maternité l’essence de la féminité et la "Childless" qui voit dans la maternité quelque chose de désexualisant, donc une perte d’identité féminine. D’un côté comme de l’autre, même quand on veut nier l’appartenance à un genre, on met en avant un modèle de femme parfaite... Le "conflit" nait de la possibilité du choix, comme dans bien d’autres aspects de nos vies, et des répercussions autant sur notre équilibre que sur les gens qui nous entourent. Une saine interrogation, un balancement, une décision, avec ses plus et ses moins... Moi, ça me gonfle qu’on parle de domination masculine sans cesse, là où les hommes subissent aussi plein de choses, là où les femmes ont des influences fortes sur certaines sphères de la société (et la sphère économique n’est pas celle que je garderais comme ultime référence au degré de liberté de l’individu...). Là où ce qu’il faut préserver, c’est la liberté de choix, la possibilité de faire ce qu’on veut.

Quelle idée de parler « d’hystériques » quand on raisonne comme ça, non ?

Dans un article, Badinter conclu comme ceci : « La majorité des Françaises concilie la maternité et la vie professionnelle, elles sont nombreuses à travailler à temps plein quand elles ont un enfant. Elles résistent au modèle de mère parfaite, mais pour combien de temps ? D’autant qu’on assiste à un règlement de comptes entre générations. Certaines filles disent à leurs mères : «Je ne serai pas comme toi à courir entre le travail et les enfants, toujours pressée, et stressée, heurtée au plafond de verre».

Il y a incontestablement un retour vers la maternité, je ne sais pas si c’est une bonne chose… si cela représentait seulement une alternative à la crise économique –il y a pas de boulot, je serais donc mère parfaite !!!- c’est pas top. Mais je pense que l’idée de choix fait clairement son chemin… A défaut de pouvoir tout faire et tout avoir en même temps –c’est limite inhumain- faisons ce que nous savons faire de mieux, faisons les choix qui nous correspondent le mieux et il n’y a strictement aucune raison que cela fasse de nous des demi-femmes… Nous restons TOUTES des femmes à part entière !

Et rater sa vie… ça veut dire quoi d’abord ??? Non mais Allo… qui a envie d’acheter une Rolex ?! ;)

Tu es une femme formidable... ce n'est pas donné à tout le monde ;)

Mademoiselle Catherine a dit…

@htk: MySpace proposait cette option en son temps ("certainement", "peut-être un jour", "je ne veux pas d'enfants"). Je ne sais pas si des couples se sont rencontrés sur ce critère-là, mais ça pourrait être intéressant de creuser un peu...

@Véro: A propos de l'idylle de façade, j'ai bien précisé que c'est parfois le cas. Loin de moi l'idée de vouloir généraliser, j'ai d'ailleurs autour de moi assez d'exemples de couples sains (avec ou sans enfants) pour ne pas avoir à caricaturer.
Mais bon, comme tu le dis, ça existe, et ça me fera toujours autant ricaner que des soi-disant bons parents ou bons époux (au sens judéo-chrétien du terme) se permettent de juger autrui ou d'interpréter les propos des autres comme ça les arrange pour se sentir un peu moins coupables de leurs propres écarts de conduite.

Le texte de Selina Kyle, quant à lui, est effectivement intéressant et réfléchi. Le but de Badinter n'était cependant pas de rédiger un essai sur les working women ou les femmes "félines", car il y aurait de la matière pour des bibliothèques entières.
Là où je rejoins l'auteure que tu cites, c'est dans le fait que les femmes sont effectivement (souvent, pas toujours !) prêtes à se dénigrer entre elles.
A qui la faute ? A une faible estime de soi, pour commencer, et à une pression sociale (et, surtout, médiatique) qui existe bel et bien. On en revient finalement à l'éternel problème qu'une femme qui évolue dans un milieu professionnel traditionnellement masculin fera toujours figure d'exception si elle réussi tout en étant la preuve qu'elle n'a rien à faire là si elle échoue.

Mais je m'égare sans doute un peu...

Au vu des réactions majoritairement positives que cette note à pu engendrer, je me dis que l'idée du choix fait son chemin, et de plus en plus de personnes semblent prêtes à assumer les leurs, ce qui est une bonne chose en soi.
J'ai donc bon espoir que les mentalités évoluent :)

Véro a dit…

Bin, c'est un peu pour ça que je te proposais ce lien vers la critique de Selina Kyle, car même une femme pro-maternité qu'on imagine complètement fermée et au jugement facile parle de choix !

Peut-être qu'il y a aujourd'hui plus d'étonnement face aux choix de tout un chacun que de jugement véritable... qui sait. Donc oui, il y a espoir :D

Quant à ceux qui restent fermés et qui aiment pratiquer l'insulte il n'y a qu'une solution : laisser glisser !

Mademoiselle Catherine a dit…

Peut-être qu'il y a aujourd'hui plus d'étonnement face aux choix de tout un chacun que de jugement véritable.

Je le crois aussi, car une fois qu'on assume ses choix et qu'on arrive à les expliquer, même maladroitement, je pense que ça laisse peu de place au jugement.
Et tant pis pour les esprits étriqués qui - par confort, par peur ou par bêtise, va savoir - refusent de comprendre et de respecter les décisions des autres, surtout quand celles-ci sont éminemment personnelles.

Et puis, c'est tellement enrichissant de chercher à comprendre pourquoi certains choix d'autrui nous interpellent... et ça demande de savoir se remettre en question, ce qui semble ne pas être donné à tout le monde.

Anonyme a dit…

Beau texte. Personnel et courageux. Je suis un homme et, avec les moyens qui sont les miens, je peux très bien comprendre votre désir de ne pas avoir d'enfant(s).

éric a dit…

Il faut prendre en compte également, pour appréhender le pourquoi de la bêtise ou de la méchanceté de certains hommes vis à vis des femmes sans désir d'enfant, le fait que les hommes sont à la fois (par éducation) des pragmatiques, des techiciens et des jaloux.

Ils estiment donc, d'une part, que c'est dommage d'avoir un utérus, des ovaires, tout ça de base et de ne pas s'en servir.
C'est un peu du gâchis.

D'autre part, vu qu'ils sont incapables d'être enceints, s'ils en veulent ils se retrouvent totalement soumis aux capacités des femmes d'en faire et sont donc dans l'obligation de contraindre ces dernières à pondre.

Je pense que lorsque les hommes seront à leur tour capable de se faire squatter pendant neuf mois, la question du choix leur semblera alors pertinente. :)

En attendant, courage !

Mademoiselle Catherine a dit…

Merci, Anonyme.

Et merci, éric, pour cette intervention pleine de bon sens!

P.S. Mon utérus me sert à héberger mon D.I.U. (comment ça, ça ne compte pas ?! :D)

Louise a dit…

Je lis de plus en plus de billets du même type sur la blogosphère féminine. Et souvent, les arguments des "not to baby" sont les mêmes. Certains me semblent pertinents (privations pour les parents les premières années, frein dans la carrière de la femme...), d'autres me laissent dubitatives.

Ainsi, l'argument consistant à dire "le monde va mal donc c'est égoïste de l'imposer à un être qui n'a rien demandé" revient systématiquement et je le trouve pour le moins discutable, voire surprenant. Certes, le monde est dur et parfois cruel, c'est ainsi et de tous temps, depuis les origines. Par contre, penser que l'état du monde se détériore est, je pense, illusoire. N'importe qui qui a étudié un peu l'histoire sait que les siècles qui nous ont précédés étaient au moins (si pas bien plus !) durs que notre XXIe siècle. Notre monde n'est pas un monde de Bisounours, est-ce pour autant que la vie n'est pas le bien le plus précieux ? Personnellement, malgré les difficultés et les souffrances que je peux rencontrer, loin de blâmer mes parents, je pourrais les remercier tous les jours pour la vie qu'ils m'ont donnée.

Autre chose. Lorsqu'une femme approche de la quarantaine et n'a ni situation professionnelle ni relation amoureuse stable, a-t-elle vraiment le choix d'avoir ou non des enfants ? Attention, je ne remets nullement en cause tes intentions ni ne cherche à t'en prêter. Simplement, je m'interroge sur la part de choix délibéré et celle liée aux "aléas de la vie" dans un décision de ce genre (ou de n'importe quel "genre" d'ailleurs).

En ce qui me concerne, à 26 ans, j'ignore encore si je souhaite un/des enfant(s) ou pas. Si je n'en ai pas, je pense que ce sera soit parce que je n'ai pas rencontré LA personne (dans ce cas, il ne s'agira malheureusement pas d'un choix), soit parce que je fais le choix de vivre uniquement pour moi (consacrer mon argent et mon temps uniquement pour me faire plaisir, voyager surtout !). Dans ce cas, ce sera un choix égoïste mais, personnellement, je ne vois pas en quoi ce serait blâmable tant que je ne fais de tort à personne...

Mademoiselle Catherine a dit…

Lorsqu'une femme approche de la quarantaine et n'a ni situation professionnelle ni relation amoureuse stable, a-t-elle vraiment le choix d'avoir ou non des enfants ?

En ce qui me concerne, la question ne s'est jamais posée sérieusement puisque je n'ai jamais ressenti de réel désir d'enfants. Et je doute sincèrement qu'une "situation" y change quoi que ce soit puisque la raison principale pour laquelle je n'en veux pas est que... je n'en veux pas.
Et oui, parfois, c'est aussi simple que ça, mais ça ne suffit généralement pas.

Le soucis est que la phrase "Je ne veux pas être mère" (dans laquelle certains entendent volontiers "Je n'aime pas les enfants") cède très, très souvent la place à tout un tas de questions auxquelles la nullipare est sommée de répondre, alors que la raison principale est peut-être aussi simple que celle qui pousse ou non les gens à faire du parachute, aimer telle ou telle œuvre d'art ou apprécier un mets bien précis: on le "sent" ou on ne le "sent pas".

Contrairement à ce que pourraient penser certain/es lecteurs/lectrices, cette note n'a rien d'un plaidoyer pour la vie sans enfants (ou, pire, contre la famille) mais est plus pragmatiquement une façon pour moi de regrouper une bonne fois pour toutes les raisons qui me poussent, moi, à ne pas vouloir d'enfant/s (et l'état du monde, très honnêtement, est vraiment la plus insignifiante de toutes).

Je n'ai d'ailleurs écrit nulle part que les enfants sont des crevards, ou que faire des enfants devrait être interdit. Je ne fais que parler de moi (et ça tombe bien parce que c'est mon blog), et visiblement, ça parle aussi à beaucoup d'autres personnes, car je pense que mon discours reste modéré au vu de certains textes militants "childfree" (qui m'exaspèrent tout autant que les militants pro-maternité).

Le fait est que je n'ai pas l'âme d'une militante et aimerais cependant qu'on me laisse le droit d'avoir le choix sans avoir sans cesse à justifier ceux-ci (ce que je suis pourtant en train de faire en ce moment même).

Et dans le fond, ce que je trouve vraiment dommage dans le débat qui a suivi la publication de cette note, c'est que personne n'a relevé, dans ses commentaires, le dernier paragraphe concernant l'adoption et les familles d'accueil, deux démarches pour lesquelles j'ai immensément de respect...