mardi 29 avril 2014

Les quinze minutes de gloire

"In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes (À l'avenir, tout le monde sera mondialement connu pendant 15 minutes)".
Cette phrase attribuée à Andy Warhol dans les années soixante était effectivement visionnaire étant donné que n'importe quel crétin peut aujourd'hui s'autoproclamer photographe, écrivain, graphiste, vidéaste ou autre pour peu qu'il possède un compte Instagram, un blog, Photoshop ou un iPhone.

Suis-je la seule à trouver cela malhonnête ?

À une époque où des actrices du petit écran demandent 32 000 $ (t.r.e.n.t.e. d.e.u.x. m.i.l.l.e.s. d.o.l.l.a.r.s !) à leurs fans pour tourner un clip vidéo afin de, je cite, passer plus de temps ensemble, il me semble que bon nombre d'individus ont – en plus d'avoir perdu la tête – perdu de vue la notion d'art et d'artisanat puisque tout le monde peut s'improviser "artiste" ou "artisan" : il suffit d'un tutoriel déniché sur YouTube pour (s'imaginer) savoir faire tout, et surtout n'importe quoi.

Ces photographes, stylistes, graphistes, auteurs, musiciens, vidéastes et autres "artistes" amateurs au savoir-faire souvent très limité semblent ne pas se rendre compte que leur nombre de plus en plus important fait réellement du tort aux professionnels et représentent une concurrence très déloyale : s'il est vrai que tout travail mérite salaire, il serait sans doute de bon ton de ne pas confondre "métier" et "hobby".
Or, la rémunération demandée par un amateur reste largement inférieure à celle d'un professionnel. Professionnel qui, dans beaucoup de cas, ne possède "que" son métier comme moyen de subsistance et compte sur son savoir-faire pratiqué de longue date pour payer ses factures et ses taxes, quand il ne cherche pas, tout simplement, à sortir du chômage.
Si d'aucuns se réjouissent de cette guerre des tarifs (et bien souvent, il est demandé aux artistes de travailler gratuitement et/ou dans des conditions exécrables), je déplore pour ma part la baisse flagrante de qualité induisant non seulement un nivellement par le bas, mais aussi une absence de considération pour les métiers artistiques (qui sont de vrais métiers, quoi qu'on en dise).

Qu'internet ait permis à tout un chacun d'avoir une vitrine sur le monde et d'ainsi élargir son réseau est sans conteste une très bonne chose.
Ce qui l'est moins, c'est que bon nombre de ces vitrines, telles Etsy ou les plate-formes de crowdfunding, sont désormais prises d'assaut par une horde d'incompétents nommés hipsters.

On les reconnaît à leur coupe de cheveux savamment négligée, leur moustache (pour les garçons), leur bandeau dans les cheveux (pour les filles), leurs lunettes sans verres correcteurs, leur vélo, leur smartphone, leurs vêtements et intérieur vintage, ainsi qu'à leur petit air supérieur dès qu'il s'agit de parler d'art et de culture puisque, bien entendu, ils "travaillent" dans le secteur.
Alors que si l'on creuse un peu, ils sont en fait étudiants ou chômeurs et que peu d'entre eux se donnent réellement les moyens de leurs ambitions.

Cela pourrait s'arrêter là, mais ces digital natives maîtrisent tellement bien les réseaux sociaux et l'art de se vendre qu'ils mettent dans l'ombre des personnes de talent dont l'immense défaut est d'être moins au fait des subtilités de la communication moderne. Et si, au lieu de promouvoir leurs propres réalisations de qualité médiocre, les hipsters mettaient leurs (réels) talents de communication au service d'artistes qui gagnent à être connus (et qui, accessoirement, aimeraient pouvoir manger autre chose que leurs ongles) ?

Je me dis qu'il y a là une idée à creuser...

7 commentaires:

Anonyme a dit…

noyer le talent dans un flot de grand n'importe quoi n'a pas attendu les hipsters (dont le ridicule m'amuse pas mal...). Les médias de masse font çà encore bien mieux (puisque eux sont de véritables professionnels !^^)

ps: Pffff, qué difficile celle-là !! ;)

éric a dit…

Je crois que cette incompétence encombrante est la caractéristique générale du monde du travail et pas seulement celle du secteur artistique.

Ce qui ne console pas, je suis d'accord. :)

Mademoiselle Catherine a dit…

Merci Olivier :)
Les médias de masse, comme leur nom l'indique, s'adressent à "la masse". Et cette masse ne s'intéresse pas à la culture (dois-je rappeler que les Belges passent la moitié de leur temps libre devant la télévision?) (et pas arte, je peux te l'assurer!).
Le secteur culturel est très minoritaire en termes d'emplois. Il y a toujours eu beaucoup d'appelés pour peu d'élus, et c'est de pire en pire avec l'arrivée croissante de ces jeunes parvenus qui se la pètent et veulent bien travailler gratos ou presque.
Ça ne rend vraiment pas service aux personnes qui ont bien voulu se donner les moyens d'évoluer avec sérieux dans leur métier (par opposition à ceux qui le font en dilettante tout en se prenant eux-même très au sérieux).

éric: Ce n'est pas faux. On appelle ça le Principe de Peter.

Les tests de Gridou a dit…

Des années que je m'insurge contre le Botanique qui prend des pseudo-bénévoles ravis de crâner avec leur pass et tellement fiers d'exhiber leurs photos sur le net...

Mais comme dit Eric, c'est un problème de société, tout au gratuit alors que tout coûte un bras... Et que tout travail devrait mériter salaire.

Va-t-en comprendre, moi je n'essaie même plus !

Mademoiselle Catherine a dit…

Si les pass et les photos sur le net payaient les factures, ça se saurait !

Caroline Poisson a dit…

Merci pour ce texte, ça fait du bien :)

Mademoiselle Catherine a dit…

La preuve que le crowdfunding, ça devient n'importe quoi...
(bien que cela me fasse beaucoup rire et que, dans le fond, je me réjouis sincèrement pour le mec)