jeudi 8 janvier 2015

Je suis Catherine

J'ai hésité à écrire ce texte. Parce que le sujet est délicat et qu'il est probable qu'il soit mal interprété...

Donc voilà : cela faisait bien longtemps que je n'avais plus ouvert le Charlie Hebdo dont l'humour en dessous de la ceinture avait tendance à m'agacer. Ce canard m'indifférait tout au plus.
Il n'empêche que l'attaque d'hier m'a fortement choquée et émue, me laissant avec un profond sentiment d'injustice et d'incompréhension. Pas au point, cependant, de me dire aujourd'hui endeuillée, car je n'ai perdu ni "amis", ni "frères", ni "proches", comme j'ai pu le lire à de nombreuses reprises dans la presse ou sur les réseaux sociaux.

Évidemment, ces événements me touchent, et je me réjouis des élans de solidarité qui en ont découlé. Pourtant, la nature humaine étant ce qu'elle est, et pour avoir assisté à des élans très similaires lors des grèves de 1995 en France, des attentats du 11 septembre 2001 ou du second tour des Présidentielles françaises en 2002, je doute de leur pérennité. Avec un peu de chance, ils dureront quelques semaines, et les bons sentiments seront rangés à la cave avec les résolutions du Nouvel An en même temps que les panneaux annonçant les soldes.

À chacun ses deuils.
Je laisse celui des douze victimes d'hier à leur entourage et reste sur mon sentiment d'injustice et d'incompréhension.

La récupération politique, c'est moche.
La récupération émotionnelle ne l'est pas moins.

10 commentaires:

éric a dit…

La presse et les réseaux sociaux ont effectivement tendance à rivaliser de larmoyance plus ou moins sincère mais en ce cas précis et sans parler du fait que des dessinateurs quittent brusquement un paysage culturel auquel les français sont très attachés (la caricature), il me semble que si deuil collectif il y a, c'est celui (un peu prématuré cependant) de la liberté d'expression.
J'ai aussi fait mon petit billet sur le sujet et j'y rappelle que la liberté d'expression (la vraie cible des tueurs) est la première des libertés car elles conditionne toutes les autres.
Sinon, les deux articles les plus intéressants que j'ai lu sur le sujet (intéressant parce que différent) sont celui-ci (slate.fr) et celui-là (rue89).

Il y aura de toute façon un avant et un après mais bien malin qui pourra prédire la nature du changement.

Gridou a dit…

Je rejoins ton ressenti... A nous de le contredire, à nous de ne pas oublier l'importance de la liberté d'expression, d'évoluer et de refuser de porter des œillères, soldées ou pas ;-)

Je me rappelle ce premier concert de Nine Inch Nails à Werchter, où il a entre deux chansons rappelé l'incroyable liberté que nous avions de pouvoir le voir en concert, lui d'avoir le choix de pouvoir s'exprimer et nous d'avoir fait le choix de l'écouter...

(Rajout d'Alexandre : belle prose, Lily !)

Mademoiselle Catherine a dit…

éric: J'ai lu ton texte et n'ai vraiment rien à y ajouter. Clair, spirituel et intelligent, comme à ton habitude.

Quant à faire le deuil de la liberté d'expression, de parler, de rire, ça n'arrivera tout simplement pas. En tous cas, cela me semble très improbable en Europe en 2015, quand bien même nous soyons actuellement gouvernés par des politicien/nes fascisant/es (je parle pour la Belgique, là) (note que Marine Le Pen semble avoir gagné les Présidentielles 2017 mercredi matin).

La meilleure chose à faire est de célébrer la vie, entretenir l'humour de merde, rester libres et debout, faire ce que nous avons à faire, chacun/e à notre niveau.
Et lire des avis autres, comme ceux que tu as partagés dans ton commentaire, ou comme celui de Serge Coosemans qui, en plus d'être merveilleusement bien écrit, est délicieusement irrévérencieux.

Et éviter les amalgames aussi.
Aujourd'hui, par exemple, je pense très fort à ce petit gars dont le nom et la photo ont circulé sur internet alors qu'il était présumé innocent jusqu'à preuve du contraire et lui souhaite bien du courage pour s'en relever parce qu'internet n'oublie rien :(

Gridou: Pour ma part, je ne pense pas changer grand chose à ma façon de vivre: j'ai eu mon lot d'événements ayant fait office d'électrochocs récemment et me réveille à peine d'une période de léthargie qui n'a que trop duré.
Mais tu as raison (ou plutôt, le grand Trent a raison) de nous rappeler la chance que nous avons d'être libres. Restons-le !

(et tu remercieras Alexandre de ma part :))

Mademoiselle Catherine a dit…

D'autres articles que j'ai trouvés intéressants de par leur nuance: celui d'Arrêt sur images et celui-ci paru sur un site canadien.

éric a dit…

Intéressants effectivement. Ils vont nourrir un article en cours sur la "durée de vie" des émotions collectives, comme tu l'as justement signalé. :)

Mademoiselle Catherine a dit…

Y en a un peu plus, j'vous le mets quand même, mon p'tit monsieur ?
(celui-ci, je le trouve remarquable de justesse)

éric a dit…

Mettez, mettez ! :)



Mademoiselle Catherine a dit…

Et l'indispensable entretien avec Luz paru aux Inrocks ce matin qui est, à mon sens, le SEUL texte à garder sur le sujet!

éric a dit…

Et j'en rajoute une couche...
(attention : auto-pub inside)

Mademoiselle Catherine a dit…

Tu fais bien :)
Et pour résumer, je laisse la parole aux premiers intéressés...