mercredi 5 août 2015

Histoire vraie

Il y a un an, peu ou prou, alors que j'étais, en tant que festivalière dans un pourtant très sympathique endroit, dans un état d'ébriété guilleret, je repère deux gobelets orphelins par terre. Ceux-ci étant consignés, je me réjouis de la bonne affaire et m'abaisse pour les ramasser. C'est alors qu'un agent de sécurité m'attrape violemment par le bras en me disant que ces gobelets ne sont pas à moi (à qui étaient-il ? Le mystère reste entier).
S'en est suivie une pénible négociation, le bras toujours immobilisé, au cours de laquelle le ton est devenu de plus en plus graveleux. Et comme une petite nana toute menue face à un molosse est facilement impressionnable, surtout à deux heures du matin et avec un peu d'alcool dans le sang (d'autant plus si elle n'a, dans le fond, rien d'autre à se reprocher que de vouloir offrir une deuxième vie à des gobelets abandonnés), la petite nana en question a eu un bête réflexe d'autodéfense : envoyer au visage du grossier personnage les trois gouttes de bière qui restaient dans son verre.

C'était très con de ma part, je le reconnais.

En revanche, je pense sincèrement que ce geste stupide ne justifiait aucunement la sortie manu militari qui m'a été réservée par la suite : contrairement à ce qu'a semblé penser le vigile, je ne pense pour ma part à aucun moment avoir représenté un danger pour la sécurité du festival.
Voyant le type me soulever brutalement pour me sortir, plusieurs personnes sont d'ailleurs intervenues pour tenter de calmer la situation.
Autant pisser dans un violon...

J'ai donc été – littéralement – jetée dehors, avec interdiction totalement arbitraire de réintégrer le site, l'entreprise de sécurité (semblant posséder des compétences en psychiatrie) ayant décrété que je suis, je cite, "complètement borderline".
J'ai finalement pu rejoindre mes amis à l'intérieur, en larmes, en colère et profondément choquée, suite à un sursaut d'humanité du gorille qui a dû se rendre compte de son évident excès d'autorité.

Quand au lendemain du festival, j'ai eu l'audace de faire part de mon sentiment d'injustice auprès de l'organisateur, non content d'avoir mis 15 jours à me répondre, ce dernier m'a clairement fait comprendre qu'il n'en avait rien à foutre : "nous avons (...) pris le partis de séparer les 'métiers' et donc de ne pas intervenir dans les situations où la Sécu pense que c'est nécessaire [et] tu as eu de la chance de pouvoir revenir sur le site, certains 'sorteurs' n'auraient sans doute pas été aussi cléments".

Il n'a pas semblé estimer que le traitement qui m'a été réservé était extrêmement disproportionné quant au "crime" commis, et je déplore le fait qu'aucune personne liée à l'organisation ne soit intervenue.
Je comprends évidemment qu'un organisateur soit légalement tenu de faire appel à une entreprise de sécurité. Ce que je comprends moins, en revanche, c'est quand le dit organisateur semble trouver normal qu'un agent de sécurité provoque un festivalier à deux heures du matin pour une histoire de gobelets. Et quand il me rétorque le plus sérieusement du monde que j'ai eu "de la chance de pouvoir revenir sur le site", je ris jaune (avec un soupçon d'orange, pour la forme).

Par ailleurs, mon second mail, dans lequel je demande mi-sérieusement, mi-ironiquement ce que ça peut bien faire à un agent de sécurité qu'un festivalier ramasse des gobelets et, dans l'éventualité où ceci s'inscrirait effectivement dans ses attributions, ce qui justifie qu'il attrape brutalement par le bras le dit festivalier, est bien entendu resté lettre morte.

Je n'ai d'ailleurs jamais récupéré la caution des gobelets – ni des miens, ni de ceux que j'avais ramassés – puisque le tout m'a été purement et simplement confisqué par un agent de sécurité zélé qui a dû trouver très amusant de jouer au petit chef avec une nana de moins d'un mètre soixante pour 50 kg toute mouillée.

Moi, ça ne m'a pas fait rire du tout !

Fond sonore : Beastie Boys, "(You Gotta) Fight for Your Right (To Party!)".

6 commentaires:

éric a dit…

Tu devrais avoir honte d'avoir gaché de la bière de cette façon alors que des millions d'enfants ne boivent pas à leur soif ! :D

lalydo a dit…

C'est pitoyable... donner un peu de pouvoir à certaines personnes rend dingue :/

Mademoiselle Catherine a dit…

@éric : C'est pas pour trois gouttes de bière plate non plus...

@lalydo : Plus que pitoyable, je trouve ça surtout inquiétant. J'ai 38 ans et plus de 20 ans de sorties dans les pattes au cours desquelles je n'ai jamais eu de soucis, l'une des règles élémentaires pour une femme qui sort seule étant d'être toujours polie et cordiale avec les agents de sécurité. L'année dernière, pour la première fois de ma vie, j'ai failli à cette règle parce que je ne me suis pas sentie respectée, et j'en suis navrée (ce qui ne justifie en rien, selon moi, la tournure qu'ont pris les évènements).

éric a dit…

Ha... de la bière plate... c'est peut-être justement ça qui l'a énervé... Une bonne trappiste et tu t'en faisais un copain ! :)

Mademoiselle Catherine a dit…

Ah non, c'eut été trop d'honneur.

Cath aussi a dit…

Dès qu'on donne un rien de "pouvoir" à des hommes pour qui les métiers de la sécurité n'est sans doute pas un choix mais la seule possibilité sensée, voilà ce qui ce passe, des excès, du zèle, du petit chef qui profite...
Ca arrive aussi souvent aux guichets en tout genre.
Est ce que le mec voulait pas simplement récupérer à son compte les cautions des gobelets? ^^'